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BEAUTÉ

Luxe, calme et volupté

19 Janvier 2010 par Julie Pujol

Une psychanalyste, un philosophe et une styliste décodent pour nous ces 3 tendances de la beauté.

 

Luxe


Depuis quelques années, les cosmétiques affichent fièrement des prix de plus en plus élevés. Pour preuve, les marques proposent aujourd'hui des crèmes star à 100, 200 voire 300 euros, composées de pierres précieuses, d'essences rares, d'extraits de végétaux cueillis dans des contrées lointaines. Pour Lucille Braud, du cabinet Peclers, « ces crèmes luxueuses sont semblables à un bijou que les femmes portent à même la peau ». Toutefois, il semble que la tendance s'essouffle. Crise oblige, le luxe se cherche une autre expression. « On parle aujourd'hui du less and better (moins et mieux) qui conjugue minimalisme et excellence », analyse la spécialiste. L'hyperluxe n'est plus, le nouveau chic se tourne vers des valeurs de simplicité.

Calme


Pour Vannina Micheli-Rechtman, psychiatre et psychanalyste, la question de la beauté qui hante nos sociétés contemporaines rejoint le narcissisme au sens psychanalytique. « Nous sommes passés au cours de l'histoire d'une perception de la beauté qui serait “don de Dieu”, héritée du Moyen-Âge, à une obligation, voire un impératif. » Mais si les cosmétiques répondent à de fortes attentes d'embellissement, ils ont peu à peu acquis une autre fonction, celle de nous apaiser. Les crèmes de beauté se font « douces », « réconfortantes », « consolatrices », objets réparateurs et protecteurs (des méfaits du grand méchant monde : pollution, soleil et agressions de toutes sortes). « L'industrie cosmétique joue sur l'immense stress qui règne dans notre société ! » conclut Vannina Micheli-Rechtman.

Volupté


Pour encore plus de réconfort, nos onguents doivent être voluptueux. Texture mousse, gelée fondante ou crème fouettée, parfums poudrés et délicats. Ils font de l'instant salle de bain un pur moment de plaisir. « D'une texture plus douce, le produit cosmétique devient comme un auto-soin sensuel* », décrypte le philosophe Bernard Andrieu. Un geste qui viendrait combler « le deuil impossible de la peau maternelle ».
*D'après sa contribution à l'Observatoire Nivea CNRS, juin 2009.


Nos spécialistes
Styliste beauté, Lucille Braud traque les phénomènes marketing et sociétaux qui font la mode de demain.
Vannina Micheli-Rechtman vient de publier « La psychanalyse face à ses détracteurs » aux éditions Aubier.
Philosophe, Bernard Andrieu s'intéresse particulièrement à l'épistémologie et aux « cultes du corps ». Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont un « Dictionnaire du corps dans les sciences sociales » aux éditions du CNRS, 2008.


Shopping :


1 - Gel crème Hydra Zen Neurocalm, Lancôme, 53,80 € (en parfumeries).




2 - Parfum Lalique flacon Cascade collection cristal. Édition limitée 2010, prix sur demande (boutiques Lalique).







3 - Base de teint à l'Or Pur 24 carats, 54 €, Guerlain (en parfumeries).












4 - Crème de shampooing ressourçante, Phyto, 9,90 € (en pharmacies).











5 - Huile mousse de massage, Shu Uemura, 35 € (au Printemps, Galeries Lafayette et chez Sephora).













Le mythe de Narcisse


Dans l'Antiquité, les mythes n'avaient pas seulement une fonction explicative : ils servaient également de mises en garde. Parmi les nombreux mythes liés à la beauté, l'un des plus complexes et des plus intéressants reste celui de Narcisse. Selon l'auteur latin Ovide, ce très beau jeune homme était l'objet du désir de toutes les nymphes, dont Écho qui, pour avoir irrité la déesse Héra, avait été condamnée à ne plus jamais pouvoir parler la première et devait se contenter de répéter les dernières paroles de ses interlocuteurs. Néanmoins, cruel et vaniteux, Narcisse repoussait systématiquement toutes leurs avances. L'une d'entre elles, vexée de ce mépris, pria Némésis, déesse de la vengeance divine qui se charge de punir les orgueil-leux, de le condamner à s'éprendre de sa propre personne. Elle fut exaucée : apercevant son reflet dans une rivière, Narcisse fut fasciné par son image et, ne pouvant s'en écarter, il finit par mourir. Écho, folle de douleur, dépérit à son tour : seule sa voix subsista. Bien qu'ils lui aient infligé une terrible punition, les dieux souhaitaient perpétuer le souvenir de la remarquable beauté du jeune homme : ils firent pousser sur le lieu de son décès des fleurs auxquelles ils donnèrent son nom.
Maureen Chavinier

 

 

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