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Photo © Emma (agence Angels) photographiée par Stéphane de Bourgies

BIEN-ÊTRE

Le grand bon bio

25 Décembre 2008 par Julie Pujol

Retour aux sources ou effet marketing, préoccupation citoyenne ou peur de la malbouffe, les produits bio ont la cote. Mais au fait, sont-ils vraiment meilleurs pour notre santé ?

 

Il ne faut pas confondre « naturel » et « bio ». Un produit peut être naturel sans être produit selon les critères de l'agriculture biologique !


Si c'est bio, c'est forcément bon...


C'est en tout cas ce que nous sommes nombreux à penser (ou à espérer ?) ! Il n'y a pas vraiment d'arguments scientifiques pour étayer cette affirmation. Mais il est vrai que les études sont peu nombreuses.
L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a effectué une synthèse des publications des 20 dernières années*. Après en avoir éliminé de nombreuses pour cause de non-conformité, elle arrive à la conclusion… qu'il est difficile de conclure étant donné le peu de données disponibles. Il apparaît en fait que, sur le plan nutritionnel, des facteurs tels que la variété, la race, la saison ou le climat sont souvent plus déterminants que ceux liés au mode d'agriculture.


Le bio, c'est quoi ?


Le terme « biologique » ne renvoie pas 
à une variété de produits, mais à un mode de production respectueux de l'environnement et des animaux. Un cahier des charges fixe des exigences particulières, telles que :
- L'interdiction des produits chimiques 
et des OGM.
- La rotation des cultures.
- Le respect du cycle naturel de maturation des plantes.
- L'élevage en plein air des animaux.


Quels avantages santé ?


L'une des rares études indépendantes 
existantes**, menée par le Pr Henri Joyeux, chirurgien cancérologue, a comparé 22 aliments issus de l'agriculture bio et 22 de l'agriculture conventionnelle. Même s'il est difficile de démêler les résultats (les produits bio, par exemple, contiendraient plus de magnésium, mais moins de fer que les produits non bio), le rapport suggère une supériorité globale du bio en terme de sécurité sanitaire et de profil nutritionnel (pour les vitamines, minéraux, antioxydants, acides gras et, dans le cas de la viande, pour une moindre teneur en graisses). « Mais, souligne l'auteur, notre étude ne peut pas dire si les différences observées se traduisent dans l'organisme par une plus forte concentration de ces nutriments et donc par un avantage en terme de santé. »


Vachement chouette


Des yaourts bio et une bonne dose d'humour pour faire passer le message.
Un site à visiter rien que pour le plaisir : www.les2vaches.com


Et les pesticides ?


Récemment, l'INSERM publiait une étude sur la hausse des cancers en France. Parmi les causes « avérées ou probables » étaient cités les pesticides***. Avec le bio, on serait donc rassurés puisque le mode de production le garantit sans pesticides. Mais quid de la contagion via le champ voisin qui, lui, n'est pas bio ? Il peut en effet exister des contaminations annexes.
Les causes : l'historique de la parcelle (a-t-elle été précédemment cultivée par un agriculteur non-bio ?), ou la pollution environnementale.


Dans la jungle 
des labels


Il existe de nombreux labels en France 
et en Europe qui appliquent des cahiers des charges plus ou moins exigeants. 
Difficile de s'y retrouver. La situation devrait s'éclaircir au 1er janvier 2009 
avec la mise en place d'un nouveau label européen. Pas si sûr. Dans la réalité les logos nationaux ou privés pourront continuer à être apposés à côté de cette certification européenne. Seul un 
produit fini contenant au moins 95  % 
d'ingrédients biologiques pourra 
en bénéficier. Néanmoins, des voix 
s'élèvent pour le contester. 
Des associations écologiques le trouvent moins exigeant que la certification française AB et s'insurgent contre la possibilité pour un produit de contenir des traces d'OGM à hauteur de 0,9  %.


Le bio est-il risqué ?


En terme de sécurité sanitaire, les études citées plus haut penchent légèrement en faveur du bio : moins de nitrates, moins de résidus de pesticides chimiques. Moins de métaux lourds également. Mais l'agriculture biologique comporte ses propres faiblesses que pointe l'Afssa. L'essentiel des médicaments phytothérapiques ou homéopathiques utilisés pour soigner les animaux n'auraient pas prouvé leur innocuité. L'agence demande aussi que certains pesticides d'origine naturelle fassent l'objet d'une évaluation toxicologique. On note également, dans l'étude menée par le Pr Henri Joyeux, que les poulets élevés en libre parcours auraient plus de chance d'être contaminés par la dioxine que ceux élevés en batterie.


Le test vérité


Nous avons soumis à Isabelle Lauras*, diététicienne, la composition de 
nouveaux biscuits bio. Verdict : 
« Ce produit contient de l'huile de palme qui est un ingrédient très riche en acides gras saturés. Si ce produit est bio, il n'est pas pour autant meilleur d'un point de vue nutritionnel. » La preuve qu'il vaut mieux éviter l'amalgame !

*Son dernier livre : Petits pots maison pour bébé, aux éditions Leduc.s.


Alors que penser...


La question nécessiterait de nouvelles études. En attendant, bio ou non bio, l'essentiel est de suivre un régime global équilibré. Dans « la guerre des nutriments », sachez qu'outre la teneur de chaque aliment c'est aussi et surtout la façon de les conserver et de les cuisiner qui influe sur notre santé. Par ailleurs, si l'on ne peut toujours pas affirmer que le bio est meilleur pour nous, on sait qu'il l'est pour la nature.


* Afssa, juillet 2003.
** Projet ABARAC, avec le centre de recherche en cancérologie de Montpellier et de l'INSERM, 2000.
*** Expertise de l'INSERM, octobre 2008.




 

 

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