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DÉBATS

Dépistage du sida : un retard français ?

01 Mai 2009 par Christian Saout
Président de la Conférence nationale de santé et président du Collectif interassociatif sur la santé, Christian Saout propose de mettre en place le dépistage systématique du virus sans tarder.

 

Chaque cas de séropositivité fait l'objet d'un recensement par l'Institut national de veille sanitaire.

Ce choix devait à l'origine permettre à la France d'adapter sa politique de lutte contre le sida aux populations les plus exposées. Le résultat est mitigé. Malgré les efforts entrepris, nous assistons chaque année à la découverte de plus de 6 000 cas de séropositivité, concernant pour une part des séroconversions récentes et pour une autre part des contaminations anciennes. S'agit-il d'un seuil incompressible et n'y aurait-il plus rien à faire qu'à assister les bras ballants à ce triste comptage ? Certainement pas. Nous pouvons faire beaucoup mieux en matière de dépistage. Ce ne doit pas être très difficile : 20 % des personnes séropositives en France ignorent leur statut sérologique. Soit environ 30 000 personnes auxquelles ne parvient pas, faute de diagnostic, un message de santé publique en faveur de l'utilisation d'un préservatif pour elles-mêmes et pour autrui. Il faut donc amener vers le dépistage le plus grand nombre possible de nos concitoyens qui s'en tiennent éloignés, par méconnaissance ou par peur. Secouons-nous !

 

À quand le dépistage systématique ?

Rien n'a été fait pour appliquer les recommandations du Conseil national du sida, adoptées il y a près de deux ans maintenant, en faveur de la proposition de dépistage systématique aux populations les plus exposées. Pire, plutôt que de transcrire ces recommandations dans des documents à destination des professionnels de santé, nos pouvoirs publics ont jugé bon de se hâter avec lenteur en demandant un nouvel avis à la Haute autorité de santé ! C'est dans ce contexte d'abandon qu'intervient la publication d'un rapport d'experts, coordonné par le professeur Yéni, qui souligne la nécessité de passer à la proposition systématique du dépistage en population générale. Attendrons-nous encore deux ans pour le faire ? Ce serait irresponsable. Pour deux raisons. Tout d'abord parce que la proposition systématique de dépistage fonctionne bien : les femmes enceintes l'acceptent à 90 %. Il est donc inutile de rendre le dépistage obligatoire. Ensuite parce que nous disposons en France de traitements qui donnent des résultats. Une étude récente montre que l'espérance de vie des personnes séropositives traitées est, à quelques années près, voisine de celle des personnes séronégatives. Il faut donc donner un signal clair aux médecins pour qu'ils proposent systématiquement le dépistage. Nous économiserons des vies, précieuses, et nous améliorerons la santé publique !

 

Développer les tests rapides

Au-delà de la stratégie, nos outils de dépistage n'ont guère évolué. Partout dans le monde se développe le dépistage rapide. Le résultat du test est disponible en 20 minutes au lieu de deux jours. Quitte à procéder ensuite à un test de confirmation. Il faut généraliser ces techniques dans notre pays pour ne pas décourager plus longtemps ceux qui viennent au dépistage et pour attirer durablement ceux qui n'y viennent pas. Qu'attendons-nous ? Que l'achat sur Internet de tests rapides se généralise et engendre des catastrophes ?

 

Accompagner l'annonce du résultat

Car c'est ici le troisième défi de la modernisation du dépistage en France : mieux accompagner la délivrance du résultat. Sans doute n'a-t-on plus le temps de pratiquer ce que l'on appelle le conseil pré-test. Soit. En revanche, il ne faut pas abandonner le conseil lors de la remise du résultat. Et si les médecins n'en ont pas le temps, il faut autoriser les biologistes ou d'autres professionnels de santé à le faire, quitte à les former et à les rémunérer pour cet acte de santé publique. Le projet de loi Hôpital, patients, santé, territoires prévoit une réforme de la biologie et le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale affirmera un principe général de coopération entre les professionnels de santé. Allez, encore un peu de courage !

 

 

Séropo, jamais seul !

De nombreuses associations vous 
accueillent. L'une d'entre elles a mis en place un site d'échanges sur Internet. En quelques semaines, 1 000 personnes
 se sont inscrites. Pour les rejoindre : www.seronet.fr.

 

 

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