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Tri d'embryons, jusqu'où peut-on aller ?
12 Janvier 2010 par Rubrique dirigée par Pierre Le coz Agrégé de philosophie, Pierre Le Coz est vice-président du Comité consultatif national d'éthique.
Des enfants dans le monde naissent avec des maladies génétiques. Aujourd'hui, des tests sont capables de les déceler sur l'embryon. Un espoir pour les couples, qui a pour nom le « diagnostic préimplantatoire » (DPI).
Myopathie de Duchenne, mucoviscidose, amyotrophie spinale, dystrophie myotonique de Steinert, chorée de Huntington… Nombreuses sont les maladies génétiques graves, parfois mortelles, que les couples peuvent transmettre à leur enfant. Si l'un des conjoints est porteur de l'anomalie génétique (ou s'il existe des cas récurrents dans sa famille), le couple peut demander à bénéficier d'une fécondation in vitro (technique de procréation médicalement assistée où l'ovule et le sperme sont mis en contact en dehors de l'appareil reproductif féminin, ce sont les fameux bébés-éprouvette) et d'un diagnostic préimplantatoire, le DPI, autorisé en France depuis 1994.
Quand les embryons ont atteint le stade de 8 cellules, le généticien prélève sur chacun d'eux une ou deux cellules en vue de procéder à l'analyse génétique. Si l'un de ces embryons est non porteur de l'affection génétique, il est implanté dans l'utérus de la femme dans l'espoir de permettre la naissance d'un enfant indemne de la maladie génétique. Les autres embryons sont soit détruits, soit conservés pour une implantation ultérieure.
Le DPI suscite des questions éthiques, des fantasmes aussi. Certains imaginent une généralisation de cette méthode d'analyse et de tri embryonnaire. Ils y voient un procédé révolutionnaire qui permettrait aux femmes d'avoir une grossesse paisible, en étant certaines que leur bébé serait en bonne santé. Tout le monde en viendrait, peu à peu, à concevoir des enfants par cette méthode. Ainsi, nous nous acheminerions vers une société où ils seraient présélectionnés en fonction de leur qualité génétique. En un mot, une société eugéniste…
Selon le Comité consultatif national d'éthique, qui vient de rendre un avis (avis n° 107, novembre 2009, Les problèmes éthiques liés aux diagnostics anténatals : prénatal et préimplantatoire) sur cette question, l'eugénisme n'est pas d'actualité. Assurément, ce serait le cas si la puissance publique incitait les couples à recourir à un test génétique pour les contraindre à concevoir des enfants normaux. Si une telle pression existait, elle mettrait l'État hors la loi. En effet, l'eugénisme est considéré comme un crime passible de trente ans de réclusion et de 750 000 € d'amende. Le Comité consultatif national d'éthique s'est gardé de verser dans quelque complaisance catastrophiste qui diabolise le DPI. Peut-on sérieusement croire que, d'ici quelques années, les couples cesseront de procréer naturellement et préféreront utiliser le DPI pour avoir des enfants parfaits, affranchis de tout gène défectueux ? Un tel scénario relève du fantasme quand on y regarde de près.
En France, une cinquantaine d'enfants seulement naissent chaque année par DPI. Cela représente un chiffre dérisoire comparé aux 800 000 naissances annuelles. Le DPI est un parcours difficile qui nécessite une fécondation in vitro (FIV). Cela suppose un prélèvement d'ovocytes, un geste intrusif pénible, qui plus est assorti d'un taux d'échec important. Comme lors d'une conception naturelle, il n'y a guère plus que 20 % de chances que l'embryon s'implante dans la paroi utérine. On doit tenir compte des risques induits par la stimulation ovarienne autant que des incertitudes quant à l'innocuité de la FIV, principalement en termes de fertilité. Les maladies graves ne sont pas toutes d'origine génétique. En analysant l'embryon, on peut certes éviter que l'enfant soit atteint d'une maladie d'origine génétique mais il existe d'autres anomalies sévères que l'on découvre souvent à l'échographie et qui n'ont pas d'origine génétique avérée.
Le DPI a une conséquence négative qui est l'élimination des embryons porteurs d'une maladie génétique. Cette contrepartie désavantageuse est soulignée par ceux qui considèrent l'embryon comme un être humain à part entière, voulu par Dieu. Ils se montrent méfiants, parfois réticents, condamnant le DPI comme l'oeuvre du diable. Pourtant, cette ombre au tableau ne doit pas nous faire oublier l'aspect positif de cette sélection pré-conceptionnelle. Le DPI permet à des couples de retrouver un projet d'enfant, alors que leur passé familial ou le handicap sévère d'un premier-né les aurait conduit à y renoncer. Ils souffrent à l'idée de transmettre à leur enfant une grave maladie héréditaire et cette souffrance requiert de la société une réponse empreinte d'humanité.
Depuis quelques années, nous voyons fleurir ici ou là, à l'étranger, des offres de bébé à la carte. Certains États tolèrent sur leur sol que des généticiens procèdent à des DPI pour convenance personnelle*. Des couples demandent qu'on analyse leur embryon avant implantation maternelle, alors même qu'ils ne présentent pas de risque connu de transmettre une maladie génétique à leur bébé. Quel est leur motif ? Choisir son sexe. Cette offre est connue sous le nom de « family balancing ». À un couple qui a eu deux enfants du même sexe, on permettra de choisir le sexe du troisième pour « équilibrer la famille ». En France, cette pratique est interdite. On considère que le médecin n'est pas tenu d'assouvir tous les désirs et d'apaiser toutes les souffrances psychiques. Il n'est pas le Messie. En outre, choisir les caractéristiques physiques de l'enfant comme on choisit un mobilier sur catalogue, n'est-ce pas le transformer en un objet qui obéit à la commande et à la programmation ? Il arrive aussi que certains couples sourds désirent que l'on sélectionne un embryon porteur d'une surdité génétique pour être sûrs que l'enfant sera sourd, comme eux. Ici, le DPI serait motivé par le souci d'une meilleure intégration de l'enfant dans sa communauté. Le Comité consultatif national d'éthique est très réservé à l'égard de toute extension du DPI. Il estime que la seule finalité éthique incontestable du DPI est de permettre à des couples d'avoir un enfant épargné d'une grave maladie héréditaire. Les garde-fous législatifs actuels tels que les critères de gravité et d'incurabilité n'appellent pas de remise en cause. Ils ont apporté la preuve de leur capacité de régulation des demandes sociales.
Il s'agit d'une forme très particulière du DPI qu'on appelle familièrement la pratique du « bébé-médicament ». Selon le Comité consultatif national d'éthique « permettre qu'un enfant désiré représente un espoir de guérison pour son aîné est un objectif acceptable s'il est second ». Cependant, cette possibilité extrême devrait être uniquement réservée aux couples ayant un enfant atteint d'une maladie entraînant la mort. La plus grande prudence s'impose face au risque d'instrumentalisation de l'enfant conçu dans de telles conditions. Il est nécessaire de s'interroger sur le poids qui pèserait sur lui, notamment en cas d'échec de la greffe. Il faut garder présent à l'esprit qu'un enfant ne sera jamais un médicament. Même améliorée, cette technique devrait demeurer une solution par défaut, dont il est à souhaiter qu'elle soit transitoire. Le développement des banques de sang de cordon est la piste majeure pour trouver rapidement une autre solution que le « bébé médicament ».
* Parmi les pays qui autorisent cette pratique, citons Israël, l'Égypte, la Thaïlande, la République turque de Chypre du nord ainsi que certaines cliniques privées des États-Unis.
www.ccne-ethique.fr
2 questions au professeur René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart. On lui doit la naissance de Valentin le 13 novembre 2000, premier bébé français ayant bénéficié du DPI.
Dans son dernier avis, le Comité consultatif national d'éthique pointe le manque de moyens pour le DPI. Est-ce votre sentiment ?
On peut en effet déplorer l'insuffisance des moyens mis en oeuvre pour la prise en charge des couples à qui nous sommes contraints d'imposer des délais d'attente de plus en plus longs. La France ne compte que trois centres qui pratiquent la fécondation in vitro avec DPI. Nous ne sommes pas assez nombreux. Je me trouve régulièrement en face d'un couple à qui je suis contraint d'annoncer que je ne peux l'accepter en DPI avant un an et demi. Il faudrait que je puisse investir du temps et impliquer un professionnel dans un travail d'analyse. Le développement d'un test pour une famille nécessite en effet de 3 à 6 mois. Quand on sait qu'il existe un risque d'échec plus élevé que le taux de réussite, le fait de ne pouvoir traiter une demande que 18 mois plus tard pose un grave problème d'éthique. Il faut envisager sérieusement sous peine d'un arrêt, de renforcer le personnel des centres existants qui travaillent tous les jours de la semaine, d'augmenter le nombre de centres agréés et de créer des centres privés à but non lucratif.
Pensez-vous, à l'instar du Comité d'éthique, que le terme d'eugénisme n'est pas adapté pour qualifier le DPI ?
Oui car selon moi, le DPI ne s'inscrit pas dans une politique eugéniste. Il ne vise pas à améliorer l'espèce humaine en essayant d'éradiquer une mutation génétique. Son but est de permettre la naissance d'un enfant dont la vie sera comparable à celle des autres. L'eugénisme est une politique sans libre choix, ce qui n'est pas le cas du DPI. Peut-on décemment brandir le terme d'eugénisme à la face de couples qui souhaitent avoir un bébé indemne d'une maladie génétique ? Il m'est arrivé de recevoir des parents dont les 3 enfants avaient été emportés par une maladie génétique. On comprend leur inquiétude. Ils ne veulent pas un enfant parfait. Ils désirent un enfant, tout simplement.
2 questions à Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique oncologique à l'institut Curie de Paris, professeur à l'université Paris Descartes, membre du Comité consultatif national d'éthique.
Si un cancer est d'origine génétique, peut-on accepter une demande de DPI ?
Il n'y a pas lieu, pour une majorité de prédispositions au cancer, d'accepter une demande de DPI. C'est seulement à propos de certains cancers héréditaires qu'une demande peut être recevable. Dans ce cas, on doit bien dissocier ce qui est de l'ordre d'une simple susceptibilité d'origine multifactorielle de ce qui relève d'une prédisposition génétique où un seul gène est impliqué. Et parmi ces maladies « monogéniques », il faut prendre en compte l'importance du risque ou des risques tumoraux, l'âge de survenue et les capacités de traitement ou de prévention et leur retentissement sur la qualité de vie. Déjà des DPI sont réalisés pour certaines formes héréditaires de cancer survenant dans l'enfance. Pour des formes héréditaires de cancer du sein, il existe de rares situations familiales où une demande pourrait être recevable du fait de la gravité de la prédisposition.
Les décisions peuvent-elles s'appuyer sur des règles générales ?
Non. Les situations doivent toujours se traiter au cas par cas. Il existe des familles présentant la même mutation, dont le risque est beaucoup plus faible. Des efforts importants sont réalisés pour aller vers davantage de précision dans la prévision de l'expression de la maladie, mais nous sommes encore loin de disposer de certitudes, pour autant que cela soit possible un jour. En tout état de cause, c'est la gravité de la maladie, et non son origine ou sa nature (ici les formes héréditaires de cancer), qui importe dans la recevabilité des demandes.
L'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et la Suisse interdisent le DPI. En France, la loi de bioéthique du 6 août 2004 l'autorise lorsqu'un couple, « du fait de sa situation familiale, a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (article L 213 164 du code de la santé publique).
En 2007, Paul Serhal (université du collège de Londres) a obtenu de la part de la Haute autorité britannique en fertilisation et embryologie humaines (HFEA) l'autorisation de pratiquer un DPI préimplantatoire en vue de sélectionner des embryons non porteurs du gène responsable de l'hypercholestérolémie. Il répondait ainsi à la demande des parents de deux enfants dont l'un est atteint de la maladie. Dans sa forme sévère, elle entraîne des taux très élevés de cholestérol vers l'âge de 5 ans, taux qui peuvent entraîner la mort si l'enfant reçoit les gènes malades de la part de ses deux parents. S'il ne reçoit le gène défectueux que de la part d'un de ses parents, l'hypercholestérolémie est contrôlable par les médicaments et un régime approprié.
Une technique sophistiquée
Quand les embryons ont atteint le stade de 8 cellules, le généticien prélève sur chacun d'eux une ou deux cellules en vue de procéder à l'analyse génétique. Si l'un de ces embryons est non porteur de l'affection génétique, il est implanté dans l'utérus de la femme dans l'espoir de permettre la naissance d'un enfant indemne de la maladie génétique. Les autres embryons sont soit détruits, soit conservés pour une implantation ultérieure.
Vers une société eugéniste ?
Le DPI suscite des questions éthiques, des fantasmes aussi. Certains imaginent une généralisation de cette méthode d'analyse et de tri embryonnaire. Ils y voient un procédé révolutionnaire qui permettrait aux femmes d'avoir une grossesse paisible, en étant certaines que leur bébé serait en bonne santé. Tout le monde en viendrait, peu à peu, à concevoir des enfants par cette méthode. Ainsi, nous nous acheminerions vers une société où ils seraient présélectionnés en fonction de leur qualité génétique. En un mot, une société eugéniste…
La tentation de diabolisation
Selon le Comité consultatif national d'éthique, qui vient de rendre un avis (avis n° 107, novembre 2009, Les problèmes éthiques liés aux diagnostics anténatals : prénatal et préimplantatoire) sur cette question, l'eugénisme n'est pas d'actualité. Assurément, ce serait le cas si la puissance publique incitait les couples à recourir à un test génétique pour les contraindre à concevoir des enfants normaux. Si une telle pression existait, elle mettrait l'État hors la loi. En effet, l'eugénisme est considéré comme un crime passible de trente ans de réclusion et de 750 000 € d'amende. Le Comité consultatif national d'éthique s'est gardé de verser dans quelque complaisance catastrophiste qui diabolise le DPI. Peut-on sérieusement croire que, d'ici quelques années, les couples cesseront de procréer naturellement et préféreront utiliser le DPI pour avoir des enfants parfaits, affranchis de tout gène défectueux ? Un tel scénario relève du fantasme quand on y regarde de près.
La réalité du DPI
En France, une cinquantaine d'enfants seulement naissent chaque année par DPI. Cela représente un chiffre dérisoire comparé aux 800 000 naissances annuelles. Le DPI est un parcours difficile qui nécessite une fécondation in vitro (FIV). Cela suppose un prélèvement d'ovocytes, un geste intrusif pénible, qui plus est assorti d'un taux d'échec important. Comme lors d'une conception naturelle, il n'y a guère plus que 20 % de chances que l'embryon s'implante dans la paroi utérine. On doit tenir compte des risques induits par la stimulation ovarienne autant que des incertitudes quant à l'innocuité de la FIV, principalement en termes de fertilité. Les maladies graves ne sont pas toutes d'origine génétique. En analysant l'embryon, on peut certes éviter que l'enfant soit atteint d'une maladie d'origine génétique mais il existe d'autres anomalies sévères que l'on découvre souvent à l'échographie et qui n'ont pas d'origine génétique avérée.
Un projet d'enfant
Le DPI a une conséquence négative qui est l'élimination des embryons porteurs d'une maladie génétique. Cette contrepartie désavantageuse est soulignée par ceux qui considèrent l'embryon comme un être humain à part entière, voulu par Dieu. Ils se montrent méfiants, parfois réticents, condamnant le DPI comme l'oeuvre du diable. Pourtant, cette ombre au tableau ne doit pas nous faire oublier l'aspect positif de cette sélection pré-conceptionnelle. Le DPI permet à des couples de retrouver un projet d'enfant, alors que leur passé familial ou le handicap sévère d'un premier-né les aurait conduit à y renoncer. Ils souffrent à l'idée de transmettre à leur enfant une grave maladie héréditaire et cette souffrance requiert de la société une réponse empreinte d'humanité.
Les extensions du DPI
Depuis quelques années, nous voyons fleurir ici ou là, à l'étranger, des offres de bébé à la carte. Certains États tolèrent sur leur sol que des généticiens procèdent à des DPI pour convenance personnelle*. Des couples demandent qu'on analyse leur embryon avant implantation maternelle, alors même qu'ils ne présentent pas de risque connu de transmettre une maladie génétique à leur bébé. Quel est leur motif ? Choisir son sexe. Cette offre est connue sous le nom de « family balancing ». À un couple qui a eu deux enfants du même sexe, on permettra de choisir le sexe du troisième pour « équilibrer la famille ». En France, cette pratique est interdite. On considère que le médecin n'est pas tenu d'assouvir tous les désirs et d'apaiser toutes les souffrances psychiques. Il n'est pas le Messie. En outre, choisir les caractéristiques physiques de l'enfant comme on choisit un mobilier sur catalogue, n'est-ce pas le transformer en un objet qui obéit à la commande et à la programmation ? Il arrive aussi que certains couples sourds désirent que l'on sélectionne un embryon porteur d'une surdité génétique pour être sûrs que l'enfant sera sourd, comme eux. Ici, le DPI serait motivé par le souci d'une meilleure intégration de l'enfant dans sa communauté. Le Comité consultatif national d'éthique est très réservé à l'égard de toute extension du DPI. Il estime que la seule finalité éthique incontestable du DPI est de permettre à des couples d'avoir un enfant épargné d'une grave maladie héréditaire. Les garde-fous législatifs actuels tels que les critères de gravité et d'incurabilité n'appellent pas de remise en cause. Ils ont apporté la preuve de leur capacité de régulation des demandes sociales.
Le DPI et « le bébé médicament »
Il s'agit d'une forme très particulière du DPI qu'on appelle familièrement la pratique du « bébé-médicament ». Selon le Comité consultatif national d'éthique « permettre qu'un enfant désiré représente un espoir de guérison pour son aîné est un objectif acceptable s'il est second ». Cependant, cette possibilité extrême devrait être uniquement réservée aux couples ayant un enfant atteint d'une maladie entraînant la mort. La plus grande prudence s'impose face au risque d'instrumentalisation de l'enfant conçu dans de telles conditions. Il est nécessaire de s'interroger sur le poids qui pèserait sur lui, notamment en cas d'échec de la greffe. Il faut garder présent à l'esprit qu'un enfant ne sera jamais un médicament. Même améliorée, cette technique devrait demeurer une solution par défaut, dont il est à souhaiter qu'elle soit transitoire. Le développement des banques de sang de cordon est la piste majeure pour trouver rapidement une autre solution que le « bébé médicament ».
* Parmi les pays qui autorisent cette pratique, citons Israël, l'Égypte, la Thaïlande, la République turque de Chypre du nord ainsi que certaines cliniques privées des États-Unis.
www.ccne-ethique.fr
DES MOYENS INSUFFISANTS
Crédit photo : © Isabelle Simon/SIPA
2 questions au professeur René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart. On lui doit la naissance de Valentin le 13 novembre 2000, premier bébé français ayant bénéficié du DPI.Dans son dernier avis, le Comité consultatif national d'éthique pointe le manque de moyens pour le DPI. Est-ce votre sentiment ?
On peut en effet déplorer l'insuffisance des moyens mis en oeuvre pour la prise en charge des couples à qui nous sommes contraints d'imposer des délais d'attente de plus en plus longs. La France ne compte que trois centres qui pratiquent la fécondation in vitro avec DPI. Nous ne sommes pas assez nombreux. Je me trouve régulièrement en face d'un couple à qui je suis contraint d'annoncer que je ne peux l'accepter en DPI avant un an et demi. Il faudrait que je puisse investir du temps et impliquer un professionnel dans un travail d'analyse. Le développement d'un test pour une famille nécessite en effet de 3 à 6 mois. Quand on sait qu'il existe un risque d'échec plus élevé que le taux de réussite, le fait de ne pouvoir traiter une demande que 18 mois plus tard pose un grave problème d'éthique. Il faut envisager sérieusement sous peine d'un arrêt, de renforcer le personnel des centres existants qui travaillent tous les jours de la semaine, d'augmenter le nombre de centres agréés et de créer des centres privés à but non lucratif.
Pensez-vous, à l'instar du Comité d'éthique, que le terme d'eugénisme n'est pas adapté pour qualifier le DPI ?
Oui car selon moi, le DPI ne s'inscrit pas dans une politique eugéniste. Il ne vise pas à améliorer l'espèce humaine en essayant d'éradiquer une mutation génétique. Son but est de permettre la naissance d'un enfant dont la vie sera comparable à celle des autres. L'eugénisme est une politique sans libre choix, ce qui n'est pas le cas du DPI. Peut-on décemment brandir le terme d'eugénisme à la face de couples qui souhaitent avoir un bébé indemne d'une maladie génétique ? Il m'est arrivé de recevoir des parents dont les 3 enfants avaient été emportés par une maladie génétique. On comprend leur inquiétude. Ils ne veulent pas un enfant parfait. Ils désirent un enfant, tout simplement.
Cancer et DPI
Crédit photo : © DR
2 questions à Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique oncologique à l'institut Curie de Paris, professeur à l'université Paris Descartes, membre du Comité consultatif national d'éthique.Si un cancer est d'origine génétique, peut-on accepter une demande de DPI ?
Il n'y a pas lieu, pour une majorité de prédispositions au cancer, d'accepter une demande de DPI. C'est seulement à propos de certains cancers héréditaires qu'une demande peut être recevable. Dans ce cas, on doit bien dissocier ce qui est de l'ordre d'une simple susceptibilité d'origine multifactorielle de ce qui relève d'une prédisposition génétique où un seul gène est impliqué. Et parmi ces maladies « monogéniques », il faut prendre en compte l'importance du risque ou des risques tumoraux, l'âge de survenue et les capacités de traitement ou de prévention et leur retentissement sur la qualité de vie. Déjà des DPI sont réalisés pour certaines formes héréditaires de cancer survenant dans l'enfance. Pour des formes héréditaires de cancer du sein, il existe de rares situations familiales où une demande pourrait être recevable du fait de la gravité de la prédisposition.
Les décisions peuvent-elles s'appuyer sur des règles générales ?
Non. Les situations doivent toujours se traiter au cas par cas. Il existe des familles présentant la même mutation, dont le risque est beaucoup plus faible. Des efforts importants sont réalisés pour aller vers davantage de précision dans la prévision de l'expression de la maladie, mais nous sommes encore loin de disposer de certitudes, pour autant que cela soit possible un jour. En tout état de cause, c'est la gravité de la maladie, et non son origine ou sa nature (ici les formes héréditaires de cancer), qui importe dans la recevabilité des demandes.
Les lois en Europe
L'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et la Suisse interdisent le DPI. En France, la loi de bioéthique du 6 août 2004 l'autorise lorsqu'un couple, « du fait de sa situation familiale, a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (article L 213 164 du code de la santé publique).
Un DPI contre l'hypercholestérolémie
En 2007, Paul Serhal (université du collège de Londres) a obtenu de la part de la Haute autorité britannique en fertilisation et embryologie humaines (HFEA) l'autorisation de pratiquer un DPI préimplantatoire en vue de sélectionner des embryons non porteurs du gène responsable de l'hypercholestérolémie. Il répondait ainsi à la demande des parents de deux enfants dont l'un est atteint de la maladie. Dans sa forme sévère, elle entraîne des taux très élevés de cholestérol vers l'âge de 5 ans, taux qui peuvent entraîner la mort si l'enfant reçoit les gènes malades de la part de ses deux parents. S'il ne reçoit le gène défectueux que de la part d'un de ses parents, l'hypercholestérolémie est contrôlable par les médicaments et un régime approprié.
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