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Photo D.R.

DÉBATS

Violences conjugales, parler, agir, prévenir

27 Avril 2010 par Julie Pujol

La lutte contre les violences faites aux femmes est « grande cause nationale en 2010 ». Pause Santé ouvre le premier volet de ce dossier.

 

67 % des auteurs d'homicide sur leur conjointe sont cadres.

Discours de François Fillon le 25 novembre 2009 à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. De gauche à droite, Xavier Darcos, Nadine Morano, François Fillon, Michèle Alliot-Marie.
© Chamussy/SIPA




Selon une enquête de l'Observatoire national de la délinquance, le nombre de violences conjugales est passé, entre 2006 et 2008, de 978 000 à 1 480 000. Que ce soit le nombre de femmes victimes de violences dans le couple qui ait augmenté ou qu'elles parviennent à mieux s'exprimer, ce chiffre est une honte et le faire baisser, une urgence. Aujourd'hui, tous les 2,3 jours, une femme meurt des blessures infligées par son conjoint, ce qui représente près de 20 % des homicides commis chaque année en France. Le risque pour une femme de se faire agresser est plus élevé dans son foyer que dans la rue. Le gouvernement a décidé de mettre en place des mesures de protection, dont la principale consisterait à équiper les agresseurs d'un bracelet de surveillance et leurs victimes d'un GPS réagissant par une alarme lorsque la personne portant ce bracelet entre dans son périmètre de sécurité. Un portable d'urgence, spécialement conçu pour alerter la police, est également à l'essai.

L'épineuse question des lois

Parmi les prochaines améliorations, la loi devrait bientôt inclure une procédure d'éviction du foyer pour le compagnon violent. Non plus seulement pour le mari comme c'était le cas jusqu'à présent, mais aussi pour un conjoint pacsé ou un concubin de fait. Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), s'en félicite. «Cette mesure vient réparer une aberration, nous espérons qu'elle sera utile à l'avenir.» Le Premier ministre, François Fillon, a également annoncé la création d'un délit de violences psychologiques pour les situations «qui ne laissent pas de traces à l'oeil nu, mais mutilent tout autant». Malgré la nécessité d'une telle mesure, Evelyne Reguig, de l'association Viff SOS Femmes, demande comment, au-delà de l'effet d'annonce, ces décisions pourront véritablement s'appliquer. «Comment définir la violence psychologique ? Selon quel critère ? Si l'homme confisque les allocations familiales, cela sera-t-il considéré comme tel ?» Même en ce qui concerne les violences physiques, Marie, 33 ans, témoigne d'un problème dans la reconnaissance du délit. «Je suis allée au commissariat parce que mon mari m'avait frappée. J'étais dans une grande détresse, mais les policiers ne pouvaient rien faire sans certificat médical. J'ai dû rentrer chez moi.»

Centre d'hébergement pour femmes battues de l'association «Coeur de femmes».
© Florence Durand/SIPA






Les réponses de la médecine

Il y a dix ans, le rapport Henrion indiquait déjà la nécessité de mieux former les médecins à la prise en charge de femmes victimes de violences. Une enquête effectuée auprès de 917 praticiens établit que 76 % d'entre eux n'ont généralement d'autre réponse que la prescription d'anxiolytiques. Pourtant, selon Evelyne Reguig, la situation progresse lentement. «Quand une femme arrive aux urgences couverte de bleus, on commence à lui demander ce qui s'est passé.» Du côté des victimes, la réaction conseillée après avoir subi une agression est de faire constater ses blessures par un médecin qui établira le certificat médical nécessaire. Il pourra également engager une procédure d'hospitalisation pour éloigner la personne de son compagnon dangereux.

Le 25 novembre 2006, manifestation pour la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes à l'initiative du Collectif national pour les droits des femmes.
© Meigneux/SIPA









Les réponses de la justice

On peut porter plainte dans n'importe quel commissariat et, comme le note Evelyne Reguig, «des consignes ont été données pour l'accueil des victimes». Françoise Brié invite cependant à prendre préalablement conseil auprès d'une association. Si l'on ne souhaite pas engager de procédure judiciaire, il reste possible de signaler les violences subies en déposant une main courante à la police ou à la gendarmerie. Enfin, pour les femmes qui souhaitent quitter le domicile, il existe des services d'hébergement, tels que celui dirigé par Evelyne Reguig à Villeurbanne. «Venir chez nous offre aux femmes le temps de faire une pause et de régler des questions administratives et financières», explique-t-elle.


près d'une française sur dix est victime de violences.



Refuser la violence

Mais malgré des progrès au niveau législatif et dans la prise en charge, un problème important demeure. À peine 10 % des femmes victimes de violences conjugales déposent une plainte, ce qui est deux fois moins que pour les autres agressions. En cause un sentiment, pourtant bien injustifié, de honte et de culpabilité. «Comme si elles pensaient être dans une position de vulnérabilité qu'elles n'auraient pas dû accepter», analyse Liliane Daligand, psychiatre et expert près la cour d'appel de Lyon1. «Elles trouvent à leur conjoint des excuses pour se convaincre qu'il les aime et qu'elles réussiront à le changer.» Nombreuses sont celles qui ajoutent combien leur partenaire se montre gentil après un accès de violence, et le pardon succède aux coups. Des coups qui pourtant, immanquablement, reviendront. Le plus souvent, les hommes violents reproduisent un schéma, celui de blessures qu'ils ont eux-mêmes reçues dans leur enfance. À quoi s'ajoutent divers facteurs : alcoolisme, jalousie, désir de toute-puissance, et des situations déclenchantes : séparation, perte d'emploi, grossesse… Dans tous les cas, ces hommes sont, selon Liliane Daligand, des infirmes de la parole, «la violence vient à la place des mots.»

Quelque 200 personnes se sont rassemblées le 9 août 2003 place Colette à Paris pour rendre hommage à l'actrice Marie Trintignant et à toutes les femmes victimes de violence conjugale, déposant fleurs et messages et arborant des rubans blancs.
© Portail/SIPA




Prévenir et éduquer

Pour se libérer de ce cercle vicieux qui n'est pas une fatalité, la femme doit parler à sa famille, à ses amis. Et parce que la prévention est essentielle, des campagnes d'affichage et des spots télévisés mettent le sujet au coeur des questions de société. Enfin, dans les écoles, des associations effectuent un travail de sensibilisation. «Pour faire cesser cette violence, insiste Françoise Brié, nous devons nous interroger sur ses causes et éduquer les plus jeunes.»


1. Elle est également professeur de médecine légale et auteur de Violences conjugales en guise d'amour, aux éditions Albin Michel.



B., 42 ans : « Ne jamais tolérer une première gifle. »

J'étais mariée avec un homme issu d'une grande famille bourgeoise, nous vivions dans une belle maison. Cela a commencé par un alcoolisme mondain, il sortait beaucoup tandis que je restais avec les enfants, puis il a commencé à crier et à me frapper quand il rentrait le soir. Après un certain temps, j'ai pris un autre appartement, mais il m'a retrouvée. Quand il a commencé à s'en prendre à ma fille, j'ai fait appel à une association qui nous a accueillies en foyer. Nous nous y sommes cachées. J'ai dû disparaître du jour au lendemain, couper tous les ponts, j'avais perdu mon identité, tous mes repères. Lorsque j'ai déménagé quelque temps plus tard, savez-vous ce qui m'a fait vraiment plaisir ? C'est de pouvoir mettre à nouveau mon nom sur la boîte aux lettres. Aujourd'hui, je commence à me reconstruire, la vie reprend. Il ne faut pas hésiter à partir, même si c'est difficile. Surtout quand l'entourage ne comprend pas ou pense que l'on exagère, comme cela a été le cas pour moi. Je veux surtout dire aux femmes qu'elles ne doivent pas tolérer une première gifle ni croire que les choses s'arrangeront, car elles ne feront qu'empirer.


Vous êtes témoin ou victime de violence


• Violences conjugales info 
Tél. : 3919 (prix d'un appel local).

• SOS viol femmes information 
Tél. : 0800 05 95 95 (appel gratuit).

• En cas d'urgence
17 pour la police,
15 pour le Samu,
112 pour l'Europe.

• Fédération nationale solidarité femmes 
www.solidaritefemmes.asso.fr

• VIFF-SOS femmes 
156, cours de Tolstoï, Villeurbanne
Tél. : 04 78 85 76 47.

www.stop-violences-femmes.gouv.fr

 

 

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