Accueil du site > Débats éthique > Égalité hommes-femmes un moteur de progrès social en Europe

DÉBATS
Égalité hommes-femmes un moteur de progrès social en Europe
13 Juillet 2010 par Par Ségolène Pruvot*
Aujourd'hui, les femmes ont accédé à presque tous les domaines de la vie publique, politique et professionnelle. Mais la persistance d'inégalités démontre qu'établir une société juste reste un défi, défi qu'une approche européenne est capable de relever.
*Ségolène Pruvot dirige les travaux sur l'égalité pour l'association Alternatives européennes. Les thèmes de la représentation politique, de l'engagement citoyen et de la justice sociale sont au centre de ses activités.L'égalité hommes-femmes, une reconnaissance tardive
Même si, dès 1791, dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges réclame la reconnaissance pour les femmes de droits égaux à ceux proclamés pour les hommes, son appel reste lettre morte. Les lois révolutionnaires consacrent la suprématie du citoyen homme, seul habilité à voter et diriger. En 1804, le code Napoléon consacre l'incapacité juridique de la femme mariée, considérée comme mineure. Règle qui ne sera modifiée que très progressivement au cours des XIXe et XXe siècles. L'accès des femmes à certains droits sociaux, tels que l'éducation, se développe au cours du XIXe siècle. Mais ce n'est qu'à l'issue de longues revendications et de changements sociaux, accélérés par les deux guerres mondiales, qu'elles accèdent à l'égalité des droits politiques et civiques. En France, les femmes obtiennent le droit de vote et d'éligibilité en 1944 et l'adoption du principe d'égalité des droits entre hommes et femmes est inscrit dans le préambule de la Constitution française depuis 1946. C'était il y a 64 ans seulement.
Quand le privé devient politique
Dans les années 70, les mouvements pour les droits des femmes font entendre de nouvelles revendications, liées à la sexualité et au droit de disposer librement de leur corps. En appelant à la légalisation de l'avortement et à l'accès à la contraception, ils démontrent que certains domaines relèvent de choix de société. Ils sont donc du domaine politique et peuvent être modifiés si la société évolue. C'est grâce à ces acquis qu'existent aujourd'hui les actions d'accompagnement et d'information sur la sexualité, la grossesse, la maternité et l'avortement comme celles du planning familial. La possibilité de poursuites judiciaires en cas de viol et de violences conjugales y trouve aussi sa source.
Les droits humains au centre des revendications pour l'égalité
L'histoire de l'égalité hommes-femmes ne peut en aucun cas être restreinte aux périodes citées précédemment. Elle est issue d'un processus long, marqué par l'implication de nombreux hommes et femmes pour lesquels l'égalité des êtres humains était une évidence. Cette conjonction entre égalité et droits humains est illustrée par la proximité des mouvements d'émancipation des femmes et des mouvements pour l'abolition de l'esclavage au XIXe siècle et la proximité des mouvements pour l'égalité hommes-femmes avec ceux pour la reconnaissance des droits des individus et couples homosexuels dans les années 70. L'égalité hommes-femmes n'est pas une question nationale, c'est une question qui dépasse les frontières. La journée internationale des femmes fêtait son 100e anniversaire le 8 mars 2010. Cette journée est née en 1910 d'une idée lancée à Copenhague par la journaliste allemande Clara Zetkin devant une assemblée composée de femmes de 17 pays. Reconnue par les Nations unies en 1977, la journée des femmes est aujourd'hui devenue un moment privilégié pour évaluer l'état des lieux de l'égalité partout dans le monde.

Après avoir été ministre de la Santé et la première femme présidente au Parlement européen, Simone Veil a été élue à la place laissée vacante par Pierre Messmer à l'Académie française le 18 mars 2010. © PHILIPPE WOJAZER/AP/SIPA
Les comparaisons des situations nationales stimulent les changements
Le rapport de la Commission européenne sur l'égalité entre les hommes et les femmes en 20101 souligne que partout «les progrès sont lents, et des disparités subsistent pour ce qui est du taux d'emploi, du salaire, du temps de travail, de l'occupation de postes à responsabilités, de la prise en charge des tâches ménagères et des personnes dépendantes et du risque de pauvreté». Il ajoute que «la suppression des inégalités tenaces entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la société est un travail de longue haleine, car elle suppose des changements structurels et comportementaux et une redéfinition des rôles respectifs des femmes et des hommes». Dans chaque pays européen, des mesures variées sont mises en place pour lutter contre les inégalités hommes-femmes, parfois avec des orientations similaires. Avant que la France ne fasse de la lutte contre la violence faite aux femmes la grande cause de 2010, le gouvernement de José Luis Zapatero en Espagne avait renforcé l'arsenal juridique pour lutter contre les violences conjugales et les discriminations fondées sur le sexe. Priorité qu'il a relayée au niveau européen en prenant la présidence tournante de l'Union européenne en janvier 2010. L'Europe offre un terrain privilégié pour comparer les situations nationales et évaluer les marges de progression. Les mères françaises, par exemple, sont plus nombreuses que leurs homologues allemandes à reprendre le travail après une maternité, mais les parents suédois ont tous deux accès à un congé parental rémunéré à 80 % du salaire, dont deux mois au moins sont réservés au père. Position privilégiée en Europe ! C'est de cette opportunité que s'est saisie Gisèle Halimi en lançant la Clause de l'Européenne la plus favorisée. Cette initiative collective recense les lois les plus favorables à l'égalité dans les pays européens et invite les institutions nationales des autres pays à les adopter. Cette clause a été adoptée sous forme de résolution à l'Assemblée nationale française le 23 février 2010. Un signal favorable lancé aux institutions et aux autres pays de l'Union pour approfondir un travail commun à ce sujet.
L'Europe, un moteur de progrès social ?
Les institutions européennes ont très tôt fait de l'égalité une de leurs priorités. Dès 1957, le principe de l'égalité salariale entre les hommes et les femmes fait partie des traités. Après 1975 se mettent en place de nombreuses dispositions favorables à l'égalité : législation sur le congé maternité, égalité salariale, lutte contre les violences faites aux femmes. Aujourd'hui, la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne reconnaît qu'«est interdite toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle». Elle a force obligatoire partout en Europe depuis 2009. Par ailleurs, les incitations à agir pour l'égalité se renforcent. En février 2010, les députés européens ont appelé à l'accès à l'avortement à Chypre, Malte, en Pologne et en Irlande – où il est encore illégal – en adoptant une résolution qui «insiste sur le fait que les femmes doivent avoir le contrôle de leurs droits sexuels et reproductifs, notamment grâce à un accès aisé à la contraception et à l'avortement». Au même moment s'étalaient dans les rues de Paris, Berlin, Londres et Rome, les affiches d'une campagne pour l'égalité salariale.
L'égalité, pour le bénéfice de tous et toutes
Le 5 mars 2010, Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, commissaire en charge de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, a annoncé l'adoption d'une Charte des femmes, engagement de l'Union en faveur de l'égalité hommes-femmes. Lors de l'annonce, elle a tenu à signaler qu'elle souhaitait que tous s'engagent, hommes et femmes, pour mener à bien ces objectifs. Elle soulignait aussi que la Charte ne pourrait être effective qu'assortie d'actions concrètes relayées par tous. Construire l'égalité hommes-femmes ne sera possible que si tous perçoivent l'opportunité de progrès social qu'elle représente. Le respect de l'autre et des droits de la personne humaine est une motivation majeure. Plus pragmatiquement, la possibilité de trouver un meilleur équilibre entre le travail et la vie privée en est une autre. De nombreuses femmes aspirent à plus de temps libre et à plus d'opportunités professionnelles, de nombreux hommes sont prêts à assumer une partie plus importante des tâches ménagères en contrepartie d'un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle qui leur permette de créer des liens différents avec leurs compagnes ou leurs enfants. Les conditions sont peut-être réunies pour un nouveau pacte social en Europe, fondé sur la suppression durable des inégalités.
Sources :
1. Rapport de la Commission au Conseil, au Parlement européen, Comité économique et social européen et au Comité des régions - L'égalité entre les femmes et les hommes – 2010
Les chiffres
Les femmes gagnent en moyenne 18 % de moins à poste égal que les hommes. Elles occupent souvent des postes à temps partiel et sont plus concernées par le chômage. Elles ne représentent que 10 % des membres des conseils d'administration des sociétés européennes de premier ordre, 3 % les dirigent. En 2010 elles représentent 24 %* des parlements nationaux (47 % en Suède contre 28 % au Portugal et 19 % en France). Au sein des gouvernements, en moyenne, 26 % des ministres sont des femmes. En Finlande, elles sont 60 %, 53 % en Espagne contre 21 % en France. Cette dernière figure en 17e position sur 27 derrière la Grèce, la Pologne, le Portugal et l'Italie. À la maison, les femmes réalisent 80 % des tâches ménagères.
* Fondation Robert Schuman, Questions d'Europe n° 160.
Plus d'infos
• Rapport sur l'égalité hommes-femmes 2010, commission européenne.
http://eur-lex.europa.eu
• Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
www.europarl.europa.eu
• Résolution du Parlement européen, 10 février 2010 : égalité entre les femmes et les hommes au sein de l'Union européenne.
www.europarl.europa.eu
• Statistiques : Fondation Robert Schuman – Questions d'Europe n° 160.
www.robert-schuman.eu
• Comparatif sur le droit à l'avortement en Europe.
www.touteleurope.fr
• Campagne européenne pour l'égalité salariale entre les femmes et les hommes.
ec.europa.eu
• Vidéo : Cercle des Européens, sur la violence faite aux femmes en Europe.
www.ceuropeens.org
Le droit des femmes en Europe
L'ouvrage La clause de l'Européenne la plus favorisée, le meilleur de l'Europe pour les femmes, publié en 2008, résulte d'une initiative menée par Gisèle Halimi. Il recense les dispositions législatives qui protègent les droits des femmes sur le choix de donner la vie (éducation, contraception, avortement), la famille et le congé parental, les violences conjugales et le travail. Parmi les lois les plus favorables aux femmes en Europe, les dispositions hollandaises sont jugées les plus favorables pour «l'accès à la contraception direct, libre et gratuit. L'État assure l'information, la disponibilité et la gratuité pour les mineures et les femmes adultes». Les dispositions lituaniennes sont jugées plus favorables «pour les dispositions relatives au harcèlement conjointement dans le code du travail et dans la loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes».En Savoir plus
• Choisir la cause des femmes
La clause de l'Européenne la plus favorisée, éditions Des Femmes, Antoinette Fouque.
• Brève sur France-Info
www.france-info.com (chronique : c'est en France, c'est en Europe).
LIENS
- www.france-info.com
- http://eur-lex.europa.eu
- www.europarl.europa.eu
- www.europarl.europa.eu
- www.robert-schuman.eu
- www.touteleurope.fr
- ec.europa.eu
- www.ceuropeens.org
Partager
| | Ce site respecte les principes de la charte HONcode. Vérifiez ici. |
- Fabriquons-nous des étonnements !
- La jalousie ou le symptôme amoureux
- Loi sur le médicament rencontre avec Christian Lajoux
- Sida, bientôt la fin de la pandémie ?
- Taxer les sodas, une mesure injuste et inefficace
- L'angoisse, vérité du désir
- Beaucoup de bruit pour (presque) rien ?
- La médecine romaine avant Galien
- La philo, ça guérit quoi ?
- Conflits ou liens d'intérêts, attention à ne pas les confondre !
- IVG, un droit à protéger
- Médicaments, que disent les sondages?
- 54321