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DÉBATS

Le développement durable est-il la religion des temps modernes ?

16 Juin 2009 par Annik Bianchini
« Il a ses églises, ses grands prêtres, son catéchisme. » C'est en ces termes provocants que Sylvie Brunel, géographe et Professeur à l'université Paris IV, nous interpelle. Son dernier ouvrage jette un pavé dans la mare. Nous l'avons rencontrée.

 

 

Pause Santé : Dans votre ouvrage, vous critiquez parfois sévèrement le développement durable. Que lui reprochez-vous ?
Sylvie Brunel : Je ne critique pas le développement durable en tant que tel. Un développement qui permette de concilier des préoccupations économiques (produire), sociales (répartir), environnementales (préserver) ne peut être que bénéfique. Mais si le concept est tout à fait utile et positif, je déplore qu'il ne soit décliné que dans sa composante environnementale. Pour résumer, on va se focaliser sur des produits prétendument verts mais oublier de payer correctement les caissières.

PS : À qui profite-t-il vraiment ?
SB : Le capitalisme adore l'écologie : « Green is gold ». La « Planète » a bon dos. Les gens sont culpabilisés en permanence par des institutions dont la finalité n'est pas seulement de changer les comportements, mais aussi de susciter soit l'achat de nouveaux produits souvent coûteux (chaudières, voitures, ampoules), soit le don. Dans un monde de plus en plus inégalitaire, où l'État ne cesse de reculer socialement, le concept de développement durable est confisqué par les riches, contre les pauvres. Le capitalisme social du XIXe siècle a été remplacé par un capitalisme purement financier, dont l'écologie n'est qu'une variable d'ajustement. Invoquer le développement durable permet de conserver ses parts de marchés.

PS : Qui sont les exclus ?
SB : Les pauvres en général, au Nord comme au Sud. Ceux qui n'ont pas les moyens de vivre en centre ville pour pouvoir se déplacer à vélo, d'acheter bio, de changer leurs vieilles voitures polluantes. Tel qu'il est pratiqué, le développement durable est élitiste, une mode d'urbains nantis qui méprisent le reste du monde. C'est particulièrement vrai en Afrique où, au nom d'un prétendu paradis perdu, les superficies protégées ne cessent de s'étendre. Je déteste le côté élitiste du développement durable («Nous seuls savons, les autres sont des nuisibles ou des parasites.»), régressif («C'était mieux avant.»), discriminant («Seuls ceux qui agissent bien sont dignes de considération, les autres doivent être tenus à distance, voire éliminés.»). C'est ce que je qualifie de syndrome de Tarzan : la conviction des riches occidentaux qu'ils ont tous les droits au nom de la Planète.

PS : Vous parlez de l'Afrique comme du « laboratoire du développement durable ». Qu'entendez-vous par là ?
SB : On prône en permanence le recyclage, la lutte contre le gaspillage, le do it yourself (faire son pain, ses conserves, réutiliser les couches et les mouchoirs), la limitation des déplacements au nom de l'empreinte écologique. Toutes choses auxquelles les Africains, et surtout les Africaines, qui triment du matin au soir, sont astreints depuis très longtemps en raison de leur pauvreté. La simplicité volontaire, c'est très bien, encore faut-il que ce soit un choix et non une obligation.

PS : Quelles sont les solutions ?
SB : Agir est nécessaire pour permettre demain à dix milliards d'hommes de vivre ensemble sur la même planète. Les progrès déjà enregistrés dans les modes de production propres, la lutte contre le gaspillage et la prise en compte du cycle de vie des produits, comme de leur bilan environnemental, sont de véritables avancées qu'il faut encourager. Mais il faut aussi favoriser à tous les niveaux la coopération internationale et la mise en oeuvre de brevets publics, accessibles à tous les pays dans tous les secteurs : agriculture, industrie, transports, construction, etc. Des solutions pratiques, peu coûteuses, existent. Je crois beaucoup à ce qu'on appelle les SEL (systèmes d'échanges locaux), où l'on propose aux autres ce que l'on sait faire en leur demandant de vous apporter leurs compétences. Aider en acceptant la différence… le vrai développement durable passe par là !

 

 

Sylvie Brunel  est l'ancienne présidente d'Action contre la Faim.
Ses 2 derniers ouvrages parus sont : À qui profite le développement durable ? (Larousse, 2008), Nourrir le monde, vaincre la faim (Larousse, 2009).



 

 

« Nulle apocalypse ne nous menace si, comme nous avons toujours su le faire par le passé, nous sommes capables de coopérer pour apporter des réponses humanistes aux questions essentielles [...] : nourrir, protéger, soigner 10 milliards d'hommes […].


« Notre avenir à tous »

« Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs», c'est en 1987, devant les Nations Unies, que la commission dite Brundtland a défini pour la première fois le concept de développement durable. Pour y parvenir, il est nécessaire d'améliorer la qualité de l'environnement, des ressources naturelles, de réduire les différences de niveau de vie des populations dans le monde…

 

 

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