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DÉBATS
La médecine en Grèce d'Hippocrate à l'école d'Alexandrie
25 Mars 2011 par Yvan Brohard
Dès le Ve siècle avant notre ère, Hippocrate pose les fondements d'une médecine humaniste.
Yvan Brohard est chargé de mission à l'Université Paris Descartes
pour la conception et la réalisation des expositions Art et Science :
• Maternités, un monde d'amour et de tendresse, Paris, 2009.
• Trois artistes à l'écoute du corps, Paris, avril 2010.
• Le visage dans tous ses états, Paris, octobre 2010.
pour la conception et la réalisation des expositions Art et Science :
• Maternités, un monde d'amour et de tendresse, Paris, 2009.
• Trois artistes à l'écoute du corps, Paris, avril 2010.
• Le visage dans tous ses états, Paris, octobre 2010.
Deux écoles dominent alors en Grèce : celle de Cnide et celle de Cos mais s'opposent. À Cnide, l'approche est empirique ; elle se base sur des descriptions cliniques et propose des solutions thérapeutiques multiples. Se caractérisant par un pragmatisme indéniable, elle se révèle cependant incapable d'établir un système. À Cos, on se réclame de l'ascendance d'Asclépios, mais aussi d'Héraclès (cf. numéro précédent). À travers la vie et les théories d'Hippocrate, son plus célèbre représentant, on peut apprécier l'influence décisive qu'elle eut sur l'histoire des sciences médicales.
Hippocrate et la doctrine des humeurs
Hippocrate est né autour de 460 avant Jésus-Christ dans le cénacle des Asclépiades de Cos, caste héréditaire de prêtres thérapeutes, détenteurs d'un savoir médical transmis de génération en génération. Il reçoit une formation éclectique mais approfondie, se frottant à la géométrie, la grammaire, l'histoire, autant qu'aux exercices du corps. Toutefois ses domaines de prédilection sont la morale et surtout la médecine. Sa vie est marquée par de nombreux voyages, qui lui permettent d'écouter, d'observer, d'examiner, de comparer puis de consigner méthodiquement le fruit de ses réflexions. Ils sont un paramètre essentiel à l'édification de son système. La Collection hippocratique regroupe des traités extrêmement variés, des manuels à l'usage des praticiens, des cours, de simples notes parfois, consacrés à des méthodes cliniques et thérapeutiques, à des domaines tels que l'anatomie ou la physiologie. Si l'anatomie, qui n'est pas encore reconnue comme une science fondamentale de la médecine, reste secondaire chez Hippocrate, la physiologie est pour lui un terrain de prédilection. C'est dans le traité De la nature de l'homme qu'il expose sa fameuse doctrine des humeurs selon laquelle le corps humain est baigné par quatre fluides (les humeurs) : le sang, la bile jaune, le phlegme et la bile noire (ou mélancolie). C'est du degré d'équilibre des humeurs (isonomie), mais aussi des relations entretenues par l'homme avec son milieu, que dépendent les notions de santé ou de maladie.
Pour lui, les causes des maladies sont naturelles, une constatation fondamentale dans la mesure où elle élimine totalement toute explication «magique». La maladie, selon ses observations, se développe par paliers, la plupart du temps en trois phases : l'incubation, c'est-à-dire le moment où une humeur se manifeste en excès dans un endroit du corps, la fièvre, réaction naturelle s'exprimant par une sensation de chaleur, l'élimination, là encore naturelle, parfois aidée par l'intervention du médecin.
Le triangle d'Hippocrate : le médecin, le malade et la maladie
Quant à l'art de guérir, il se base sur l'acte essentiel qu'est la consultation, qui permet de réunir le maximum d'informations sur la personne, son milieu, les symptômes qu'il ressent et leur évolution ; aussi sur quelques préceptes que le médecin se doit de toujours respecter : c'est la nature qui contient les secrets de la guérison et le médecin est là pour l'écouter, la comprendre, la seconder. Une hygiène de vie est en outre essentielle, basée sur un régime alimentaire variant selon les saisons. Le fameux Serment que doivent encore aujourd'hui prêter ceux qui deviennent médecins, est l'un des textes composant le Corpus hippocratique. Il contient déjà tous les éléments de l'éthique médicale occidentale, en particulier les notions de secret professionnel, le refus d'accomplir des actes dangereux, le respect de l'intimité du patient et surtout le fait de placer comme priorité absolue l'intérêt du malade. On peut y voir la volonté d'Hippocrate de faire triompher une déontologie à toute épreuve, basée sur le «triangle» formé par le médecin, son malade, sa maladie spécifique, mais également d'affirmer sa conception humaniste : «Là, où il y a amour de l'homme, il y a l'amour de l'art».
Après Hippocrate, de nouvelles écoles
La disparition du maître entraîne un vide et provoque à nouveau la division des courants de pensée. Platon au milieu du IVe siècle, développe une notion selon laquelle la «machine humaine» est régie par trois entités immatérielles situées, l'une dans le cerveau (il s'agit de l'âme, immortelle), les deux autres dans le foie et dans le coeur. Pour Aristote (384-322), son élève, qui exercera une influence considérable en Occident jusqu'à la fin du Moyen Âge, le coeur occupe une place majeure ; il est le siège de l'âme et la source de la chaleur qui met en forme la matière, transforme l'air inspiré (pneuma) qui, en circulant peut être perçu à travers les battements du pouls. C'est alors qu'Alexandre, roi de Macédoine, conquiert en quelques années la Grèce et fait d'Alexandrie la capitale d'un nouvel empire. L'école d'Alexandrie, école de médecine «dogmatique» qui permet pour la première fois la dissection de corps humains, s'organise en une structure qu'on qualifierait aujourd'hui d'universitaire, incarnée par des enseignants prestigieux. Son chef de file, Hérophile (né vers 340), permet à la discipline anatomique, jusque-là quelque peu négligée, d'accomplir des pas de géant. Erasistrate, à sa suite, se révèle un chercheur exceptionnel. Il prolonge les travaux de son maître, développe l'anatomie, est le premier à constater la présence de sang dans les artères. En réaction à l'intellectualisme des «dogmatiques», se crée après lui, une école «empirique», pour laquelle l'important n'est pas ce qui provoque la maladie, mais ce qui est capable de la supprimer. Alexandrie est incendiée par les Romains en 47 avant Jésus-Christ. La bataille d'Actium, quelques années plus tard, est le symbole d'une domination qui dès lors s'établit en Italie, une Italie déjà ouverte depuis des années aux apports de la médecine grecque.
Une histoire de la médecine ou le souffle d'Hippocrate, parue aux éditions La Martinière, par Axel Kahn,
Patrick Berche, Jean Claude Ameisen et Yvan Brohard.
Le corps en mouvement
Cette exposition qui regroupera une centaine d'oeuvres classiques, contemporaines, photos et films a pour ambition d'associer l'Art et la Science et d'affirmer que le mouvement donne à l'Homme son entière dimension. Un mouvement qui souligne également la beauté de la femme, et qui a contribué à son émancipation.
Du 7 au 24 avril 2011,
Réfectoire des Cordeliers, 15, rue de l'École-de-médecine, Paris 6e.
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