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Photo © Stéphane de Bourgies

DÉBATS

Beaucoup de bruit pour (presque) rien ?

13 Octobre 2011 par Valérie Sebag

Après bien des débats, la nouvelle loi relative à la bioéthique a été adoptée. Le 7 juillet dernier. Le sénateur écologiste Jean Desessard y voit une occasion manquée de faire évoluer notre société alors que, pour le professeur d'éthique médicale Emmanuel Hirsch, il s'agit d'une loi courageuse.

 

L'assistance maternelle à la procréation (AMP)

C'est certainement dans ce domaine que la réforme était la plus attendue. Les dispositions nouvelles, si elles marquent quelques avancées, ne bouleversent en rien les grands principes. La condition de stabilité, qui imposait aux couples d'être mariés ou d'apporter la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans, est supprimée. La technique de la vitrification, qui consiste en la congélation ultra-rapide des ovocytes, est désormais autorisée. Nettement plus efficace que la technique de congélation lente, elle devrait permettre le stockage d'ovocytes (cellules reproductrices féminines) «pour soi-même», mais aussi en vue du don. Toujours à propos du don, mais cette fois du don de gamètes en général, le donneur, ou la donneuse, «peut ne pas avoir procréé». Il est donc aujourd'hui possible de faire un «don d'engendrement», selon l'expression de la sociologue Irène Théry, sans avoir déjà procréé pour soi. En contrepartie de ce geste, la loi propose à celui qui l'effectuera «le recueil et la conservation d'une partie de ses gamètes ou de ses tissus germinaux en vue d'une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d'une assistance médicale à la procréation» dans les conditions prévues par la loi. Pour le reste, le texte consiste essentiellement en la confirmation des principes issus des lois précédentes. Ainsi, «l'homme et la femme» formant le couple ne peuvent recourir à l'AMP que dans la mesure où «le caractère pathologique de l'infertilité» a été «médicalement diagnostiqué», ce qui exclut les couples de même sexe et les femmes célibataires. Le transfert d'embryon post-mortem, autorisé en première lecture, reste interdit. Le principe, si controversé, d'anonymat des dons de gamètes est maintenu, cela en dépit de la tentative du projet gouvernemental qui prévoyait de permettre à l'enfant né d'un don de gamètes d'accéder à l'identité du donneur, sous réserve de l'accord de ce dernier. La gestation pour autrui reste interdite sans dérogation possible. La recherche sur les embryons surnuméraires reste admise par dérogation (Pause Santé numéro12).  

La transplantation d'organes

Au-delà du secteur de l'AMP, certaines innovations méritent d'être soulignées, notamment en matière de dons d'organes entre personnes vivantes. Tout d'abord, le cercle des personnes autorisées à faire un tel don est étendu à «toute personne pouvant apporter la preuve d'un lien affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur». Ensuite, le don croisé d'organes est autorisé en cas d'incompatibilité entre un malade et son donneur potentiel. Le receveur pourra alors bénéficier du don d'une autre personne elle-même incompatible avec le receveur au bénéfice duquel elle s'était d'abord engagée.  

La médecine prédictive et la recherche sur l'embryon

En ce qui concerne la médecine prédictive, lorsqu'à l'occasion d'un examen génétique, une personne se voit révéler l'existence d'une anomalie grave susceptible d'affecter les membres de sa famille et pour laquelle un traitement peut être proposé, elle est tenue d'en informer les membres de sa famille. Cette procédure, datant de la loi de 2004, qui n'avait pu être mise en oeuvre en raison de la complexité de sa procédure, se trouve modifiée dans le sens de la simplification. Enfin aucune avancée en ce qui concerne la recherche sur l'embryon qui demeure interdite sauf dérogations. La loi du 7 juillet prévoit son propre réexamen dans un délai de sept ans.


3 questions à Emmanuel Hirsch


 
Professeur d'éthique médicale à la faculté de médecine, université de Paris XI,
il vient de coordonner la publication du Traité de bioéthique aux éditions Érès.


La loi nouvelle n'apporte pas les grands changements attendus par certains. La taxeriez-vous de sage ou de frileuse?

L'approche bioéthique justifie un minutieux travail d'élaboration et donc une extrême prudence, il n'est pas simple d'accorder des points de vue bien souvent divergents. La France a su construire depuis la législation de 1994 une pensée de la bioéthique qui intègre nos valeurs et les grands principes inspirés par la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il convient donc de préserver les équilibres sans pour autant entraver la recherche dans ses tentatives d'améliorer nos capacités d'intervention visant à atténuer les fléaux des maladies graves ou des grands handicaps. Il nous faut de la sagesse car les possibilités que permet d'envisager la science ne sont pas toujours compatibles avec les principes démocratiques. Ainsi, la mesure observée par nos parlementaires n'est en rien l'expression d'une frilosité. À certains égards, elle me paraît même un acte de courage!  

Quel est pour vous le principal apport du texte ?

La transplantation d'organes bénéficiera de l'extension du don en dehors d'un cercle familial jusqu'alors limitatif. À ce propos, je pense que la loi à elle seule n'apporte pas les préconisations qui inciteraient certains professionnels à témoigner plus de sollicitude et de compassion dans une pratique désormais routinière. Le don de sang de cordon et de placenta est désormais reconnu comme une ressource thérapeutique, ce qui ne manquera pas de renforcer les dispositifs de conservation indispensables à cette approche biomédicale prometteuse. La recherche sur l'embryon et les cellules embryonnaires au coeur de tant de discordes est toujours assortie de son statut dérogatoire, mais les conditions de dérogations se libéralisent. Il ne s'agit pas tant de nouveaux apports que d'évolutions inéluctables. Car la science comme la société évoluent chaque jour à la fois dans l'acquisition des connaissances et dans l'acceptabilité des nouvelles pratiques.  

Quels voeux formez-vous concernant l'évolution du droit de la biomédecine ?

Je ne suis pas assez naïf pour penser que, dans les années à venir, nous gagnerons en conscience éthique, en exigence de rigueur dans l'évaluation de nos projets de recherche au regard de leur impact. La science relève de logiques complexes où prédominent des enjeux de compétition internationale et de profits financiers. Lorsque certains avancent des arguments humanitaires et le souci du bien commun pour justifier d'avancées parfois contestables, je constate à quel point nous sommes dépourvus d'instances d'analyse et de régulation efficaces pour contribuer aux clarifications qui éviteraient leurs mascarades. Donc je me satisfais de l'instrument, aussi précaire soit-il, que constitue cette législation relative à la bioéthique. Elle nous permet de comprendre que certaines valeurs sont engagées et qu'y renoncer touche au sens même de la vie démocratique.


 

 

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