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DÉBATS

Loi sur le médicament rencontre avec Christian Lajoux

15 Décembre 2011 par Olivier Mariotte

Le 20 septembre dernier, le président des Entreprises du médicament (Leem) était l'invité du café nile*, le lieu de débat citoyen sur la santé. Des politiques, des journalistes, des patients, l'ont interrogé. Extraits.

 

L'année 2011 a été chargée sur le plan des réformes liées au système de santé, projet de loi de renforcement de la sécurité sanitaire, loi du financement de la Sécurité sociale pour l'année 2012 (à l'heure où cet article est rédigé, les débats sont toujours en cours, ndlr).

Quels sont vos commentaires ?  

Christian Lajoux : Je souscris totalement aux mesures touchant à la sécurité sanitaire et à la protection des patients ainsi qu'à la transparence des liens d'intérêts entre les experts. En revanche, comment ne pas être en désaccord avec les mesures qui visent à réduire l'accès au médicament et notamment les modes de fonctionnement de la commission de transparence. Je m'étonne aussi de voir apparaître des mesures sans rapport avec la sécurité du médicament comme la mise en place de nouvelles taxes. On ne veut plus des industriels dans la formation médicale des médecins (Développement personnel continu) mais on veut bien de leur argent avec la mise en place d'une nouvelle taxe sur le chiffre d'affaires.  

Vous avez fait, il y a peu, une campagne de publicité dans la presse. Pourquoi ?

C. L. : Cette campagne a permis de faire connaître notre position à l'ensemble de la population : oui à la sécurité sanitaire, non aux mesures d'opportunité risquant de compromettre l'attractivité et la compétitivité de la France. Il est primordial de ne pas fragiliser en période de crise un secteur porteur de croissance. Je rappelle que l'industrie du médicament emploie plus de 100 000 collaborateurs directs en France et que l'effort de recherche se chiffre à 5 milliards d'euros par an.  

Certains industriels ont critiqué la position du Leem dans l'affaire Mediator, qualifiant son attitude de floue.

C. L. : Mi-juillet, nous avons eu une réunion avec les adhérents, je n'ai pas entendu une seule critique. J'aimerais rappeler que, le 18 novembre 2010, le Leem prenait ses distances avec le laboratoire Servier et que nous avons décidé de suspendre Servier de toutes ses activités au sein du Leem à l'unanimité moins deux voix à la suite du rapport de l'Igas le 18 janvier. Nous n'avons été ni flous ni ambigus mais scrupuleux et rigoureux et nous avons affirmé notre volonté de participer à la reconstruction du système de santé. Je voudrais ajouter que nous venons de créer un comité de déontovigilance baptisé Codeem. Composé de personnalités (8 sur 11) n'appartenant pas à l'industrie, son rôle sera de faire respecter les règles et les comportements éthiques de la profession, de procéder à une veille technologique du secteur des médicaments. En outre, il sera doté d'un pouvoir de sanction. Chacun de ses membres devra produire une déclaration d'intérêt.  

Vous avez fait remarquer le silence de la profession médicale dans l'affaire du Mediator, silence qui a sans doute un rapport avec la prescription hors AMM. Quel rôle doit jouer le Leem pour réduire ces prescriptions hors AMM ?

C. L. : Le Leem doit rester dans ses champs de légitimité. Le temps n'est plus où les industriels voulaient faire du chiffre par tous les moyens. Nous prônons le bon et le juste usage du médicament.  

La campagne électorale a commencé. Quelles sont vos propositions en matière de politique du médicament ?

C. L. : Il faut relancer le secteur de la recherche, en particulier la collaboration entre les secteurs de la recherche publique et de la recherche privée. Il faut réindustrialiser la France en fabriquant des génériques sur notre territoire, il faut développer les biotechnologies.   

Nile*, dirigée par Olivier Mariotte, est une agence conseil en Affaires Publiques dédiée aux acteurs de santé (www.nile-consulting.eu).


L'essentiel de la loi

Le projet a été adopté par l'Assemblée nationale et le Sénat. Celui-ci a néanmoins proposé plusieurs amendements. La commission paritaire mixte n'ayant pas réussi à trancher, la loi va donc être soumise au vote des 2 assemblées. En cas d'échec, ce sont les députés qui auront le dernier mot.   


> Les laboratoires pharmaceutiques devront déclarer toute convention passée avec des médecins, des associations, des sociétés savantes et la presse spécialisée.  

> L'agence chargée de la sécurité sanitaire, l'Afssaps, va changer de nom. Elle bénéficiera d'un nouveau mode de financement assuré par l'État qui percevra des taxes de l'industrie. Les sénateurs préconisent la possibilité pour l'Agence d'imposer des amendes administratives aux entreprises qui ne respectent pas les obligations de transparence.  

> Pour être remboursé, le médicament devra démontrer qu'il est au moins aussi efficace que le médicament de référence. Aucun médicament dont le service médical rendu est insuffisant ne pourra faire l'objet d'un remboursement.  

> La notification des effets indésirables sera simplifiée, elle sera accessible au patient grâce à un numéro vert.  

> Les visites médicales des laboratoires aux médecins dans les hôpitaux seront collectives et non plus individuelles. La formation médicale des médecins sera financée en partie par un prélèvement sur l'industrie pharmaceutique.

 

 

 

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