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DÉBATS
Kafka en Bourgogne
24 Mars 2009 par Olivier Mariotte
Hubert Brigand, vice-président du conseil général de Côte-d'Or, est particulièrement préoccupé. « Personne ne prend en compte une situation locale qui se dégrade profondément. Après une fusion en 2000 avec l'hôpital de Montbard, l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH)** veut fermer les services actifs de Châtillon-sur-Seine.» Gérard Eme, le maire d'Aisey-sur-Seine, acquiesce, conscient que ses concitoyens seront alors à une heure de tout hôpital si cette fermeture survenait. Pourtant ces élus locaux ne sont pas des forcenés du maintien d'un centre hospitalier dans cette ville de 7 000 habitants. Ils comprennent parfaitement qu'un plan rationnel de soins puisse être discuté et une réallocation des moyens se faire même en fermant des activités hospitalières. « Le problème n'est pas de garder l'hôpital mais de garder une qualité de soin dans une communauté de communes qui s'étend sur près de 70 km de diamètre et dans laquelle il reste environ 15 médecins généralistes pour 21000 personnes. Et encore… Dans 5 ans beaucoup seront partis à la retraite et il est extrêmement difficile de trouver des remplaçants. »

Rappel des faits
En juin 2008, le gynécologue et le pédiatre de la maternité annoncent leur départ. Sans remplaçants. La direction de l'hôpital décide alors de suspendre cette activité. Las, au même moment, un des deux chirurgiens annonce également qu'il part. Hubert Brigand dans les deux cas se mobilise, trouve des remplaçants mais ceux-ci ne sont pas retenus par les médecins de l'hôpital. Bilan tiré par l'Agence régionale d'hospitalisation : « Il faut fermer ces activités. » Sénateur de Côte-d'Or et médecin, Alain Houpert ne décolère pas : « Toutes les solutions intelligentes doivent être analysées ! De la télémédecine à une structure d'urgence de qualité basée au coeur de la communauté de communes, rien ne doit être ignoré. »
Un cas unique en France ? Non...
Châtillon-sur-Seine est l'exemple même de l'inexorable dégringolade de l'accès aux soins dans un nombre croissant de régions françaises. « Le territoire national est mité », dit Martial Olivier-Koehret, président du syndicat MG France (syndicat des médecins généralites). « Et on recrute de moins en moins de spécialistes dans les facultés de médecine », surenchérit Jean-François Rey, président de l'Union des médecins spécialistes. Ajoutez à cela des médecins débordés qui ont du mal à prendre en compte les implications régionales des politiques nationales…
2009 sera LA grande année de la santé
Au niveau national, pas moins de 4 projets de loi seront discutés au Parlement et, au premier chef, le projet « Hôpital, Patients, Santé et Territoires », dit HPST. C'est justement cette loi qui doit pouvoir répondre aux problèmes difficiles que rencontrent Hubert Brigand et Gérard Eme. Cette loi doit permettre à chaque région de gérer plus directement sa politique de santé en créant une ARS (Agence régionale de santé). Elle doit aussi permettre aux hôpitaux d'être mieux organisés et aux médecins d'exercer de façon plus rationnelle en fonction des besoins de la population.
L'ARS : Agence régionale de santé
Elle devra gouverner la santé au niveau de la région et veiller à ce que le niveau de santé local soit en accord avec les décisions nationales. Là, deux conceptions s'affrontent car le directeur de l'ARS aura tous les pouvoirs. Sera-t-il un gouverneur ou un préfet sanitaire prenant ses ordres directement de l'organisation centrale siégeant au ministère ? Où trouvera-t-il l'énergie, l'autonomie et la diplomatie pour faire de sa région un pôle de santé harmonieux, créant des solutions nouvelles comme les maisons de santé, les services d'urgences décentralisés pour permettre aux citoyens de bénéficier des soins auxquels ils ont droit en fonction de leurs besoins ?
La réforme en France
Exercice périlleux, HPST devient la cible de tous les lobbies. Certains professionnels hospitaliers demandent son ajournement, d'autres voudraient, comme les médecins libéraux, compter plus fortement dans la nouvelle politique locale. Car la réforme concernera la santé mais aussi le secteur médico-social, créant une salutaire continuité entre la prévention, le soin et la prise en charge sociale du handicap ou de la pathologie chronique. Continuité vitale : la population vieillissant, les maladies chroniques coûteront toujours de plus en plus cher.
Quand tout cela s'appliquera-t-il ?
Les discussions au Parlement ont débuté le 10 février et la loi sera votée au plus tard en avril. Mais il faudra deux ans pour que les ARS prennent pleinement leur rôle. Les candidats aux postes tant recherchés de directeur d'ARS devront compter sur un stage intensif de formation. Puis il conviendra de mettre la loi en application, de négocier les modifications de statuts des personnels venant de mondes différents… Un parcours du combattant !
Tous entrepreneurs dans la santé ?
Je ne fais qu'un voeu : que chaque région soit dotée d'un directeur d'ARS qui pense comme un entrepreneur, proche des préoccupations du terrain, capable de créer les conditions de contrats novateurs avec les professionnels, écoutant les besoins des associations de malades et des citoyens. Un simplificateur, un rassembleur d'énergies, sensible à la bonne information et capable de penser la santé comme une opportunité pour sa région et non comme une somme de dépenses. Et qu'il rencontre des professionnels de santé désireux d'améliorer la qualité et la permanence des soins et des citoyens responsables… Car si la réforme échoue, il restera peu de solutions de soins pour les 165 habitants d'Aisey-sur-Seine.* Olivier Mariotte, est médecin. Il a créé nile, une agence conseil en Affaires Publiques dédiée aux acteurs de santé.
** L'ARH, c'est quoi ?
Les ARH gèrent les hôpitaux. Elles mettent en oeuvre la politique hospitalière définie par le gouvernement. Elles analysent et coordonnent l'activité des établissements de santé publics et privés, elles déterminent leurs ressources et contrôlent leur fonctionnement.
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