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Photo © Stéphane de Bourgies (www.bourgies.com)
PSYCHO
Révélation Tardive
08 Juin 2010 par Propos recueillis par Rica Étienne
La question de l'homosexualité se réduit souvent à des clichés et des stéréotypes. Et si ce désir ignoré nous atteignait brutalement ? C'est l'histoire d'Arnaud.
J'étais marié, j'avais 34 ans, trois enfants et je filais le parfait amour avec Alice, ma femme. Nous nous aimions, nous nous désirions, tout se passait merveilleusement. À cette époque, Alice ne cessait de me pousser à aller chez son coiffeur, qui était une célébrité locale. Un jour, elle ne me laissa plus le choix et prit rendez-vous pour moi. J'ignorais que mon destin allait basculer au moment où je franchirais la porte de ce salon de coiffure. Quand j'entrai, quand je le vis, mon coeur s'accéléra, mes jambes vacillèrent. Et tandis qu'il me coupait les cheveux, mille idées folles et voluptueuses me traversaient l'esprit, des envies de l'étreindre, de m'abandonner avec lui. Avant ce jour, jamais au grand jamais un homme, fût-il beau, n'avait fait naître en moi le moindre fantasme sexuel.
J'avais rencontré Alice à 19 ans pendant des vacances au ski. J'avais été très attiré par elle. Brillante, intelligente, cultivée, elle possédait un je-ne-sais-quoi de fragile que je trouvais très séduisant. Tout en elle me charmait. Très vite, nous n'avons pu nous passer l'un de l'autre. Avec le temps, notre flirt est devenu une union merveilleuse et solide. Et là brusquement, surgissait cet homme, très beau, lui-même marié et père de deux enfants, et qui avait par ailleurs, comme je l'apprendrais par la suite, un jeune amant. Quand je suis rentré à la maison Alice m'a demandé comment j'avais trouvé Lucas et je n'ai rien pu lui répondre d'autre que : «Je suis tombé amoureux !» Vous imaginez sa surprise. Elle est passée par toutes les phases du doute, du déni, répétant sans cesse : «mais enfin Arnaud, tu n'aimes pas les hommes !» pendant que je me tenais devant elle, ardent, plein de désir et de certitude.
Malgré le regard social et la pression morale d'une petite ville de province d'il y a 25 ans, j'avais le sentiment que je devais vivre cette expérience unique. J'ai rassuré Alice, ma vie serait avec elle, mais je ne pouvais passer à côté de cet amour. Alice, qui je pense était secrètement amoureuse de Lucas, a accepté. Restait à convaincre cet homme, car mon coup de foudre pour lui compliquait singulièrement sa vie qui ne manquait déjà pas de complexité. Après un mois, il a cédé à mes avances. Et notre relation fut riche, sensuelle et finalement très peu sexuelle. Pendant six mois, j'ai été le roi du monde. Je passais des bras de mon amant aux bras d'Alice, j'avais le sentiment d'un accomplissement total, tout en moi trouvait une réponse. Pour eux, bien sûr, c'était plus difficile. Cette aventure a duré un an. Contrairement à ce que j'avais pensé au début, il ne s'agissait pas d'une simple passade homosexuelle. Une vérité profonde, ignorée, m'était révélée. Ensuite, il y a eu d'autres hommes, d'autres histoires.
À l'époque de ma rencontre avec Lucas, mon fils aîné avait 9 ans, le benjamin en avait 6 et la cadette 4. Je trouvais impossible de leur révéler mon homo-sexualité, puisque je ne me sentais pas «homosexuel», j'aimais un homme et ma femme, voilà tout. Et mes enfants étaient trop jeunes pour que je leur impose mon intimité. Je n'ai fait mon coming out que quatorze ans plus tard, quand je me suis séparé de leur mère et que j'ai envisagé de m'installer avec l'homme de ma vie. Mes enfants avaient sûrement compris bien avant de me l'entendre dire avec des mots. Mon fils aîné a été perturbé par cette annonce, ce qui l'a d'ailleurs étonné lui-même. Il faut dire que l'image classique d'un père n'est pas celle d'un homosexuel. Nous avions avec ma fille des rapports fusionnels et j'ai fait l'erreur de lui parler très directement, alors qu'elle n'avait que 16 ans. Elle aurait préféré de la délicatesse, de la douceur et non ce raccourci abrupt : «J'aime Ivan, on va s'installer ensemble» Peut-être la vérité la plus dure à entendre pour elle était-elle que notre longue et belle histoire d'amour avec sa mère était achevée et que cela n'avait rien à voir avec Ivan. Après coup, elle a compris que j'avais agi ainsi par honnêteté et ne m'en a plus voulu.
J'avais cessé de voir mes parents pour des raisons sans lien avec mon homosexualité. Mon père, ou plutôt celui que je croyais alors être mon père, était un sale type, brutal, qui ne m'aimait pas. Il me frappait, d'autant plus que je portais le prénom de mon vrai père, ce que j'ignorais mais que lui savait. Quand il me frappait, c'était l'autre qu'il visait en moi. Ma mère n'avait pas eu la délicatesse de me donner un prénom qui m'épargnerait cette violence. Quant aux femmes de ma vie, elle les avait toujours détestées, toutes. Elle s'était opposée à mon mariage et à Alice, évidemment. C'est pourquoi, quand nous nous sommes séparés, il était hors de question pour moi d'aller la voir triompher à l'idée qu'il n'y aurait jamais plus de femmes dans ma vie. Je n'ai pas voulu lui faire ce cadeau. C'est Alice qui lui a annoncé notre séparation et je l'en remercie. Elle lui a fait savoir qu'elle avait un fils formidable et qu'il serait peut-être temps de s'en rapprocher. Après 27 ans de vie commune, un nouveau chapitre de notre histoire s'est écrit avec Alice. Elle est restée la femme de ma vie, la seule que j'aie jamais aimée. À présent, je vis depuis des années avec Ivan, dans la plus grande fidélité amoureuse. Et finalement, le plus important n'est-il pas d'être fidèle à soi-même, à ce que l'on porte en soi ?
L'identité sexuelle et les codes d'attraction amoureuse se construisent progressivement, sur de longues années. L'homosexualité ne se révèle pas du jour au lendemain. Il y a sûrement eu de nombreux indices avant cette fameuse rencontre, auxquels Arnaud n'a pas porté attention. Il pourrait sans doute, en psychothérapie, apprendre à retrouver les signes annonciateurs de son histoire. Il a eu une enfance particulière et difficile avec un père/beau-père violent, une mère castratrice qui n'a pas su le protéger et qui a détesté toutes les filles et les femmes qui l'ont approché. Il s'est construit sur cette réalité. Pour des raisons culturelles, sociales ou morales, il n'a pas pu, ou pas voulu, accepter ses pulsions. Il les a refoulées. D'ailleurs, lorsqu'il les entend, Arnaud devient homosexuel exclusif et non un homme bisexuel : avec son compagnon, il a construit un couple, une relation d'amour, animée par des valeurs de fidélité profonde. C'est l'aboutissement d'un long cheminement.
Coup de tonnerre dans un ciel bleu
J'avais rencontré Alice à 19 ans pendant des vacances au ski. J'avais été très attiré par elle. Brillante, intelligente, cultivée, elle possédait un je-ne-sais-quoi de fragile que je trouvais très séduisant. Tout en elle me charmait. Très vite, nous n'avons pu nous passer l'un de l'autre. Avec le temps, notre flirt est devenu une union merveilleuse et solide. Et là brusquement, surgissait cet homme, très beau, lui-même marié et père de deux enfants, et qui avait par ailleurs, comme je l'apprendrais par la suite, un jeune amant. Quand je suis rentré à la maison Alice m'a demandé comment j'avais trouvé Lucas et je n'ai rien pu lui répondre d'autre que : «Je suis tombé amoureux !» Vous imaginez sa surprise. Elle est passée par toutes les phases du doute, du déni, répétant sans cesse : «mais enfin Arnaud, tu n'aimes pas les hommes !» pendant que je me tenais devant elle, ardent, plein de désir et de certitude.
Un accomplissement amoureux
Malgré le regard social et la pression morale d'une petite ville de province d'il y a 25 ans, j'avais le sentiment que je devais vivre cette expérience unique. J'ai rassuré Alice, ma vie serait avec elle, mais je ne pouvais passer à côté de cet amour. Alice, qui je pense était secrètement amoureuse de Lucas, a accepté. Restait à convaincre cet homme, car mon coup de foudre pour lui compliquait singulièrement sa vie qui ne manquait déjà pas de complexité. Après un mois, il a cédé à mes avances. Et notre relation fut riche, sensuelle et finalement très peu sexuelle. Pendant six mois, j'ai été le roi du monde. Je passais des bras de mon amant aux bras d'Alice, j'avais le sentiment d'un accomplissement total, tout en moi trouvait une réponse. Pour eux, bien sûr, c'était plus difficile. Cette aventure a duré un an. Contrairement à ce que j'avais pensé au début, il ne s'agissait pas d'une simple passade homosexuelle. Une vérité profonde, ignorée, m'était révélée. Ensuite, il y a eu d'autres hommes, d'autres histoires.
Mes enfants avaient compris
À l'époque de ma rencontre avec Lucas, mon fils aîné avait 9 ans, le benjamin en avait 6 et la cadette 4. Je trouvais impossible de leur révéler mon homo-sexualité, puisque je ne me sentais pas «homosexuel», j'aimais un homme et ma femme, voilà tout. Et mes enfants étaient trop jeunes pour que je leur impose mon intimité. Je n'ai fait mon coming out que quatorze ans plus tard, quand je me suis séparé de leur mère et que j'ai envisagé de m'installer avec l'homme de ma vie. Mes enfants avaient sûrement compris bien avant de me l'entendre dire avec des mots. Mon fils aîné a été perturbé par cette annonce, ce qui l'a d'ailleurs étonné lui-même. Il faut dire que l'image classique d'un père n'est pas celle d'un homosexuel. Nous avions avec ma fille des rapports fusionnels et j'ai fait l'erreur de lui parler très directement, alors qu'elle n'avait que 16 ans. Elle aurait préféré de la délicatesse, de la douceur et non ce raccourci abrupt : «J'aime Ivan, on va s'installer ensemble» Peut-être la vérité la plus dure à entendre pour elle était-elle que notre longue et belle histoire d'amour avec sa mère était achevée et que cela n'avait rien à voir avec Ivan. Après coup, elle a compris que j'avais agi ainsi par honnêteté et ne m'en a plus voulu.
La question des parents
J'avais cessé de voir mes parents pour des raisons sans lien avec mon homosexualité. Mon père, ou plutôt celui que je croyais alors être mon père, était un sale type, brutal, qui ne m'aimait pas. Il me frappait, d'autant plus que je portais le prénom de mon vrai père, ce que j'ignorais mais que lui savait. Quand il me frappait, c'était l'autre qu'il visait en moi. Ma mère n'avait pas eu la délicatesse de me donner un prénom qui m'épargnerait cette violence. Quant aux femmes de ma vie, elle les avait toujours détestées, toutes. Elle s'était opposée à mon mariage et à Alice, évidemment. C'est pourquoi, quand nous nous sommes séparés, il était hors de question pour moi d'aller la voir triompher à l'idée qu'il n'y aurait jamais plus de femmes dans ma vie. Je n'ai pas voulu lui faire ce cadeau. C'est Alice qui lui a annoncé notre séparation et je l'en remercie. Elle lui a fait savoir qu'elle avait un fils formidable et qu'il serait peut-être temps de s'en rapprocher. Après 27 ans de vie commune, un nouveau chapitre de notre histoire s'est écrit avec Alice. Elle est restée la femme de ma vie, la seule que j'aie jamais aimée. À présent, je vis depuis des années avec Ivan, dans la plus grande fidélité amoureuse. Et finalement, le plus important n'est-il pas d'être fidèle à soi-même, à ce que l'on porte en soi ?
L'avis du docteur Marie Veluire, psychosomaticienne et sexologue à Paris
L'identité sexuelle et les codes d'attraction amoureuse se construisent progressivement, sur de longues années. L'homosexualité ne se révèle pas du jour au lendemain. Il y a sûrement eu de nombreux indices avant cette fameuse rencontre, auxquels Arnaud n'a pas porté attention. Il pourrait sans doute, en psychothérapie, apprendre à retrouver les signes annonciateurs de son histoire. Il a eu une enfance particulière et difficile avec un père/beau-père violent, une mère castratrice qui n'a pas su le protéger et qui a détesté toutes les filles et les femmes qui l'ont approché. Il s'est construit sur cette réalité. Pour des raisons culturelles, sociales ou morales, il n'a pas pu, ou pas voulu, accepter ses pulsions. Il les a refoulées. D'ailleurs, lorsqu'il les entend, Arnaud devient homosexuel exclusif et non un homme bisexuel : avec son compagnon, il a construit un couple, une relation d'amour, animée par des valeurs de fidélité profonde. C'est l'aboutissement d'un long cheminement.
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