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Photo Joselito Briones/iStockphoto

PSYCHO

Le point G existe-t-il ?

15 Juillet 2010 par Marie-Christine Deprund

Une équipe anglaise a affirmé dans une publication de janvier 2010 qu'il n'existait pas. Les scientifiques français soutenus par les américains affirment le contraire. Qui faut-il croire ?

 

Alors qu'on croyait la question quasi oubliée, l'existence du point G a de nouveau agité la communauté scientifique. À l'origine du buzz, une étude anglaise, réalisée par une équipe du King's college, qui a interrogé 1 804 femmes, des vraies et des fausses jumelles âgées de 18 à 83 ans. «Il n'y a aucune raison de penser qu'il existe une zone très innervée dans le vagin hormis dans l'imagination des femmes influencées par les magazines féminins et les sexologues. Et nos conclusions résultent de la plus grande étude jamais réalisée sur le sujet» conclut le professeur Tim Spector, épidémiologiste et co-signataire de l'étude. Pour le docteur Sylvain Mimoun, sexologue, «Une telle affirmation ne repose pas sur une base scientifique satisfaisante». Le docteur Odile Buisson, échographiste, spécialiste de la recherche sur la sexualité, ajoute : «L'étude du King's college n'a pas été réalisée avec une méthodologie correcte. Tout d'abord, les femmes, contactées par courrier, devaient simplement répondre à la question : “Croyez-vous avoir une zone de la taille de 20 pence située sur la paroi antérieure du vagin, et particulièrement sensible aux caresses ?“ 56 % des femmes ont répondu oui. L'étude est un simple sondage et, de surcroît,  ne tient pas compte des réponses !» Quid de la parole des femmes ? La majorité d'entre elles qui disent connaître cette zone ont été négligées, classées dans le camp des «extraverties», autant dire des hystériques. « La seule chose que les Anglais concèdent, c'est que certaines femmes (qui connaissent leur point G) posséderaient une particularité génétique !» «Inadmissible de penser que le plaisir dépend des gènes, cela tombe sous le sens», s'insurge Odile Buisson. «Le principal problème de ces recherches c'est que les jumelles ne partagent généralement pas leur partenaire sexuel» renchérit Beverly Whipple, la pionnière de l'information sur le point G (voir encadré). Les performances des partenaires seraient également à prendre en compte dans l'étude puisque, pour mener à l'orgasme, le point G doit être correctement stimulé. Par ailleurs, 30 % des femmes seulement ayant répondu au questionnaire rapportaient avoir eu un orgasme pendant leurs relations sexuelles, une information qui introduit un biais important dans les conclusions.

Une polémique mondiale


La controverse fait le tour de la planète. Anglais d'un côté, Français et Américains de l'autre. Le docteur Odile Buisson qui travaille avec le docteur Pierre Foldès, un gynécologue-obstétricien connu pour son action militante et la mise au point d'une intervention réparatrice en faveur des femmes excisées, précise : «Grâce à des médecins volontaires, nous avons procédé à l'échographie d'un coït et nous confirmons ce qu'avait déjà publié Erwin Goldstein. Une zone du vagin se gorge de sang sous l'effet de la pénétration ou de toute autre stimulation. Et c'est cette zone qui devient hypersensible aux caresses, et qui peut déclencher l'orgasme vaginal» explique-t-elle. Fin du débat, il ne faut plus dire point G mais Zone G.

L'avis des féministes


Pas si simple. Pour certains médecins, à trop communiquer sur le sujet, on peut aussi complexer des femmes qui n'auraient pas identifié l'endroit. Les «clitoridiennes» se verraient du coup considérées comme «insuffisantes». Un argument qui a d'ailleurs été longtemps celui des féministes américaines. Elles voyaient dans la promotion du point G une manière d'imposer les rapports hétérosexuels vaginaux, dépendants des hommes et voués à la reproduction. Dans les années 80, elles considèrent même que cette notion suscite l'anxiété chez les femmes qui ne peuvent atteindre la satisfaction que par orgasme clitoridien. Depuis, elles sont beaucoup moins radicales. D'autant que selon des travaux en cours, dont le préambule a été publié dans le Journal of Sexual Medicine (JSM) par les docteurs Foldès et Buisson, le point G et le clitoris participeraient de la même dynamique.

Le plaisir féminin enfin décrypté


«À l'endroit où on situe le point G se trouve une des racines du clitoris (il y en aurait 4), qui longe la paroi antérieure du vagin» souligne le docteur Sylvain Mimoun. « Comme cette partie du clitoris est irriguée de nombreuses veines et gorgée de neurotransmetteurs, sous l'effet de pompage, elle se dilate. Coincée contre l'urètre et la vessie, elle devient hyper-sensible, c'est pourquoi on parlera sans doute bientôt de “complexe urétro-clitoro-vaginal“ pour décrire anatomiquement et physiologiquement le point G. C'est ce qui explique que les femmes, avant l'orgasme, ressentent souvent une forte envie d'uriner. Souvent elles s'interrompent, et c'est dommage, puisque cette sensation est parfois le préliminaire à l'orgasme». Une chose est certaine, le corps féminin est inondé d'endroits qui peuvent être érotisés. Il est nécessaire de partir à la découverte de son corps, avec son partenaire, ou seule si on le souhaite. «La créativité, l'imaginaire, ne peuvent être quantifiés par la science et ce sont eux nos principaux moteurs sexuels» conclut Odile Buisson.


Cher et inefficase


Certains médecins proposent aux femmes qui souhaitent trouver ou augmenter leurs orgasmes vaginaux de leur injecter sur la paroi antérieure du vagin une dose de collagène ou d'acide hyaluronique. Cette intervention n'a jamais fait ses preuves. Au mieux, elle déleste les patientes de 1 000 €. Au pire, elle engendre des sensations (désagréables) à la moindre vibration.



À lire


Les Trois Cerveaux sexuels.
Catherine Solano, Éditions Robert Laffont.

Ce que les femmes préfèrent... Première enquête sur le désir féminin
Sylvain Mimoun, Éditions Albin Michel.



L'histoire du point G


1950
Ernest Gräfenberg décrit une zone érogène située  sur la paroi antérieure du vagin. Sa stimulation déclenche chez certaines femmes un orgasme vaginal.

1981
La sexologue Beverly Whipple popularise cette zone en 1981 en lui donnant le nom de point G, en l'honneur de Gräfenberg . Elle publie un livre qui fait date : The G Spot : And Other Discoveries About Human Sexuality.

1990
Une enquête américaine explore la relation entre éjaculation féminine, perception du point G et excitation sexuelle, 66 % des femmes interrogées signalent sentir une zone plus sensible dans leur vagin, si elle est stimulée.

1992
Une équipe française (L.Lenck et G. Vanneuville) rattache l'existence du point G au sphincter urétral. Pour eux, la sensibilité s'étend de l'urètre au clitoris en passant par la vulve.

2008
Le professeur Emmanuele Jannini, de l'université d'Aquila (Italie), déclare que les femmes dont la paroi vaginale est plus épaisse  ressentent plus d'émotions lors des relations sexuelles.

2010
L'équipe du King's college affirme que le point G n'existe pas et déclenche la polémique.

 

 

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