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Photo Stéphane de Bourgies (www.bourgies.com)
PSYCHO
Doutey Weber un duo inédit au théâtre
21 Septembre 2010 par Ariane Dollfus
Depuis le 3 septembre, un familier du Théâtre-Français et une jeune comédienne se font face dans la pièce d'Henrik Ibsen, Solness le constructeur. Nous les avons rencontrés en pleine répétition.
Solness est un homme mûr, au sommet de sa renommée, envahi par l'inquiétude. Quand Hilde, une jeune fille qui l'admire, resurgit, le voilà prêt à croire, malgré son âge, que tout peut arriver.
Mélanie Doutey : Oui, la pièce d'Ibsen va à l'encontre de tous les clichés. On s'attend à ce que Solness, cet homme expérimenté, apprenne la vie à cette jeune femme. Or c'est l'inverse qui se produit. Dans le fond, l'âge ne donne pas le monopole de la transmission, la jeunesse peut aussi remplir un rôle de catalyseur. Hilde lui fait admettre qu'il faut vivre. Elle lui dit d'ailleurs : « On est l'auteur de sa vie. » J'aime beaucoup cette phrase.
Jacques Weber : Je crois aussi que Solness découvre qui il est grâce à elle. Il comprend que l'on ne s'épanouit pas dans le leurre du pouvoir. Car plus on s'élève, plus on retombe bas. Et lorsque la cloche des années sonne et que le naufrage de la vieillesse approche, on est là, à haïr, à regretter et à aimer follement la jeunesse, cet âge jubilatoire et fascinant. C'est enivrant, mais finalement cela vous tue... Heureusement, la pièce est également très drôle !
Un acteur dépend beaucoup du regard des autres. Pensez-vous qu'il puisse malgré tout rester maître de sa carrière ?
JW : Nous sommes comme tout le monde, nous tâchons d'être responsable de notre vie. Boris Cyrulnik dit que l'on devient ce que l'on est sous l'influence des événements extérieurs. Dans Je me souviens*..., il raconte comment le petit enfant qu'il était s'évade au cours d'une rafle pendant la guerre, et comment nos réactions sont prédéterminées par notre vécu.
MD : La façon dont il a utilisé son passé pour renaître est admirable. C'est une façon intelligente d'aborder les étapes et les échecs. Dans notre métier, cet état d'esprit est indispensable. Il faut avoir confiance en soi pour que les autres aient confiance en nous.
Jacques Weber, vous semblez avoir plus de doutes que Mélanie Doutey…
JW : Je comprends très bien que Mélanie ne les exprime pas. Mais moi, j'ose avouer qu'il y a des moments où je doute, où je me sens médiocre. Et plus j'admire certains acteurs, plus cela me renvoie à mon état de médiocrité. Si je tourne avec Depardieu, si je mets en scène Isabelle Adjani, je les regarde et je déprime. Je me soigne, je suis allé voir des psys, mais cela ne s'arrange pas. Je continue à admirer ! Et à déprimer.
MD : Mais cela ne te booste pas ?
JW : Je fais avec. Il n'y a qu'en entrant sur scène que je m'apaise. La scène est mon territoire, je le domine. Le cinéma n'est qu'une parenthèse.
Vous avez des parcours très différents. Une carrière au théâtre pour l'un, le cinéma et une série télé pour l'autre… Est-ce un effet de génération ?
JW : Le métier a surtout évolué très rapidement, et de manière tout à fait effrayante. Il faut apprendre à s'arrêter, à se poser, à méditer, et à se questionner…
Vous avez tous les 2 des enfants. Qu'est-ce que cette nouvelle responsabilité a changé pour vous ?
MD : Devenir mère m'a donné un appétit de vie que je ne soupçonnais pas et une énergie folle.
JW : Avoir des enfants est formidablement équilibrant, en effet. C'est aussi très bon pour l'ego de l'acteur. Je suis de plus en plus convaincu que plus on regarde son nombril, moins on peut faire convenablement ce métier. Depardieu a bien d'autres centres de préoccupation que le cinéma…
Mélanie, vous avez tourné un film sur Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée, et vous Jacques, vous serez sur France 2 le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde. Êtes-vous des acteurs engagés ?
JW : Engagé je le suis, parce que je me mets en colère contre tout ce qui m'insupporte en France aujourd'hui. Mais, dans le fond, je ne suis qu'un citoyen qui travaille. Qui a eu la chance de recevoir une éducation et qui peste quand il le faut. Dans ce film, j'ai tourné avec des gens qui étaient vraiment dans la misère. Lorsqu'on les écoute raconter leur quotidien, on est en larmes.
MD : Oui, un acteur doit être engagé. Et l'on peut très bien choisir des scénarios qui dénoncent certaines situations. J'étais assez fière de jouer dans ce téléfilm, tourné en Russie. J'y ai appris beaucoup. Un film sert aussi à cela, à permettre au spectateur d'apprendre.
Désormais, c'est l'heure de la scène. Comment se prépare-t-on à jouer chaque soir au théâtre ?
JW : À ce sujet, j'ai beaucoup évolué. Lorsque je jouais Cyrano, je dormais 12 heures par nuit pour que la voix se mette en place et je tournais autour du théâtre dès 16 heures… Aujourd'hui, je crois qu'il faut au contraire penser à autre chose et arriver à 20 h 20. C'est un conseil, Mélanie ! Dormir beaucoup et continuer à vivre. Mais tu n'es pas obligée de le suivre…
* Paru aux éditions Odile Jacob.
Mélanie Doutey : Oui, la pièce d'Ibsen va à l'encontre de tous les clichés. On s'attend à ce que Solness, cet homme expérimenté, apprenne la vie à cette jeune femme. Or c'est l'inverse qui se produit. Dans le fond, l'âge ne donne pas le monopole de la transmission, la jeunesse peut aussi remplir un rôle de catalyseur. Hilde lui fait admettre qu'il faut vivre. Elle lui dit d'ailleurs : « On est l'auteur de sa vie. » J'aime beaucoup cette phrase. Jacques Weber : Je crois aussi que Solness découvre qui il est grâce à elle. Il comprend que l'on ne s'épanouit pas dans le leurre du pouvoir. Car plus on s'élève, plus on retombe bas. Et lorsque la cloche des années sonne et que le naufrage de la vieillesse approche, on est là, à haïr, à regretter et à aimer follement la jeunesse, cet âge jubilatoire et fascinant. C'est enivrant, mais finalement cela vous tue... Heureusement, la pièce est également très drôle !
Un acteur dépend beaucoup du regard des autres. Pensez-vous qu'il puisse malgré tout rester maître de sa carrière ?
JW : Nous sommes comme tout le monde, nous tâchons d'être responsable de notre vie. Boris Cyrulnik dit que l'on devient ce que l'on est sous l'influence des événements extérieurs. Dans Je me souviens*..., il raconte comment le petit enfant qu'il était s'évade au cours d'une rafle pendant la guerre, et comment nos réactions sont prédéterminées par notre vécu.
MD : La façon dont il a utilisé son passé pour renaître est admirable. C'est une façon intelligente d'aborder les étapes et les échecs. Dans notre métier, cet état d'esprit est indispensable. Il faut avoir confiance en soi pour que les autres aient confiance en nous.
Jacques Weber, vous semblez avoir plus de doutes que Mélanie Doutey…
JW : Je comprends très bien que Mélanie ne les exprime pas. Mais moi, j'ose avouer qu'il y a des moments où je doute, où je me sens médiocre. Et plus j'admire certains acteurs, plus cela me renvoie à mon état de médiocrité. Si je tourne avec Depardieu, si je mets en scène Isabelle Adjani, je les regarde et je déprime. Je me soigne, je suis allé voir des psys, mais cela ne s'arrange pas. Je continue à admirer ! Et à déprimer.
MD : Mais cela ne te booste pas ?
JW : Je fais avec. Il n'y a qu'en entrant sur scène que je m'apaise. La scène est mon territoire, je le domine. Le cinéma n'est qu'une parenthèse.
Vous avez des parcours très différents. Une carrière au théâtre pour l'un, le cinéma et une série télé pour l'autre… Est-ce un effet de génération ?
JW : Le métier a surtout évolué très rapidement, et de manière tout à fait effrayante. Il faut apprendre à s'arrêter, à se poser, à méditer, et à se questionner…
Vous avez tous les 2 des enfants. Qu'est-ce que cette nouvelle responsabilité a changé pour vous ?
MD : Devenir mère m'a donné un appétit de vie que je ne soupçonnais pas et une énergie folle.
JW : Avoir des enfants est formidablement équilibrant, en effet. C'est aussi très bon pour l'ego de l'acteur. Je suis de plus en plus convaincu que plus on regarde son nombril, moins on peut faire convenablement ce métier. Depardieu a bien d'autres centres de préoccupation que le cinéma…
Mélanie, vous avez tourné un film sur Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée, et vous Jacques, vous serez sur France 2 le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde. Êtes-vous des acteurs engagés ?
JW : Engagé je le suis, parce que je me mets en colère contre tout ce qui m'insupporte en France aujourd'hui. Mais, dans le fond, je ne suis qu'un citoyen qui travaille. Qui a eu la chance de recevoir une éducation et qui peste quand il le faut. Dans ce film, j'ai tourné avec des gens qui étaient vraiment dans la misère. Lorsqu'on les écoute raconter leur quotidien, on est en larmes. MD : Oui, un acteur doit être engagé. Et l'on peut très bien choisir des scénarios qui dénoncent certaines situations. J'étais assez fière de jouer dans ce téléfilm, tourné en Russie. J'y ai appris beaucoup. Un film sert aussi à cela, à permettre au spectateur d'apprendre.
Désormais, c'est l'heure de la scène. Comment se prépare-t-on à jouer chaque soir au théâtre ?
JW : À ce sujet, j'ai beaucoup évolué. Lorsque je jouais Cyrano, je dormais 12 heures par nuit pour que la voix se mette en place et je tournais autour du théâtre dès 16 heures… Aujourd'hui, je crois qu'il faut au contraire penser à autre chose et arriver à 20 h 20. C'est un conseil, Mélanie ! Dormir beaucoup et continuer à vivre. Mais tu n'es pas obligée de le suivre…
* Paru aux éditions Odile Jacob.
Où les applaudir ?
Solness le constructeur d'Henrik Ibsen, mise en scène par Hans Peter Cloos.
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles,
Paris 17e.
Tél. : 01 43 87 23 23
. Solness le constructeur d'Henrik Ibsen, mise en scène par Hans Peter Cloos.
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles,
Paris 17e.
Tél. : 01 43 87 23 23
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