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PSYCHO
Souriez de vos petites hontes
21 Juillet 2009 par Agnès Rogelet, avec le point de vue de Christophe André, psychiatre et psychothérapeute
Un bout de salade coincé entre les dents, une porte ouverte au mauvais moment, un lapsus qui gâche tout… et on a juste envie de disparaître six pieds sous terre. Dédramatisez ! Ces grands moments de solitude sont absolument nécessaires. Explications.
Petite et grosse honte, quelle différence ?
La honte est une famille d'émotions à plusieurs niveaux. Au bas de l'échelle, la gêne ou l'embarras qui font plutôt sourire. En haut, on subit l'exclusion. Deux regards entrent en jeu. Celui de la société, qui peut juger l'événement grave et le sanctionner. Et le sien propre, car tout dépend aussi du degré avec lequel on se persuade de ne pas avoir été à la hauteur. Mais si la honte s'accompagne souvent de culpabilité, il ne faut pas confondre ces deux ressentis. La honte remet en question notre personne devant les autres et la culpabilité nos actes. Ainsi, on se sent coupable d'avoir mal agi en fouillant en secret dans les poches de son conjoint… avant d'en avoir honte !
D'où vient cette émotion ?
Ce sentiment d'infériorité prend racine dans l'enfance, période des apprentissages et de l'identification. Certains parents, sans être conscients de mal agir, adoptent un style éducatif dévalorisant. Un père, par exemple, discrédite ou rabaisse son fils devant les autres pour qu'il reste modeste. Des petites humiliations subies de la part d'enseignants ou de camarades laissent aussi des traces. Mais à tous les âges, le milieu social auquel on appartient impose ses règles. Et plus elles sont strictes, plus on risque le faux pas.
La peur de rougir, ça se soigne
Cette phobie sociale appelée l'éreutophobie concernerait près de 10 % de Français. Les joues s'empourprent sous le coup d'une gêne ou de l'obligation de prendre la parole. Les autres ricanent « Pourquoi tu rougis ? » et le feu remonte ! Le coeur s'emballe, parfois le visage et les mains transpirent, la bouche s'assèche, les jambes flageolent. Ces manifestations sont dues à une hyperactivité du système nerveux sympathique, indépendant de notre volonté. Que faire ? Suivre une thérapie comportementale pour s'entraîner à l'exposition aux situations intimidantes. Recourir aux médicaments (antidépresseurs ou bêtabloqueurs) ou à la chirurgie (section du nerf sympathique), des solutions qui ne sont pas sans effets secondaires. Pour plus d'infos : connectez-vous sur www.ereutophobia.new.fr.
Cette phobie sociale appelée l'éreutophobie concernerait près de 10 % de Français. Les joues s'empourprent sous le coup d'une gêne ou de l'obligation de prendre la parole. Les autres ricanent « Pourquoi tu rougis ? » et le feu remonte ! Le coeur s'emballe, parfois le visage et les mains transpirent, la bouche s'assèche, les jambes flageolent. Ces manifestations sont dues à une hyperactivité du système nerveux sympathique, indépendant de notre volonté. Que faire ? Suivre une thérapie comportementale pour s'entraîner à l'exposition aux situations intimidantes. Recourir aux médicaments (antidépresseurs ou bêtabloqueurs) ou à la chirurgie (section du nerf sympathique), des solutions qui ne sont pas sans effets secondaires. Pour plus d'infos : connectez-vous sur www.ereutophobia.new.fr.
Pourquoi a-t-on parfois du mal à les oublier ?
Nous pensons que ces couacs anodins mettent à nu nos faiblesses et nous dévalorisent aux yeux de la société. En effet, l'homme est un animal social et la mémoire collective de notre espèce nous dicte inconsciemment que rester intégré à sa « tribu » est vital tandis qu'être isolé expose aux dangers. Ces petites hontes réveillent la peur de perdre la considération des autres et donc d'être exclus du groupe. Plus les témoins sont nombreux ou importants pour nous (futur employeur, amoureux), plus nous sommes touchés au point de ressasser la scène des années durant. Mais, au fil du temps, prend place une représentation imaginaire de la situation embarrassante, d'où un sentiment de mal-être.
Quels sont leurs aspects positifs ?
Subir ou assister à ces petites hontes ponctuelles renseigne sur ce qu'il est socialement désirable de faire et permet de se conformer aux modes, aux usages, aux conventions sans entrer dans la soumission ni la domination. Elles apprennent l'humilité. Égrenées comme des petits cailloux blancs tout au long de la vie, elles montrent le chemin vers le respect des autres et une meilleure connaissance de soi. Car elles mettent souvent en relief un décalage entre ce que l'on souhaiterait montrer de soi et ce que l'on est en réalité.
Déboires et confidences
- La maladresse
« C'était un soir d'été. J'avais 6 ans. Mes parents recevaient des amis dans le jardin. Maman a versé du café dans les tasses de ma dînette pour que je porte le plateau aux invités. Prudente et intimidée, j'ai tout renversé. Ils ont ri. Mais moi, je ne jouais pas. C'était terrible ! J'ai couru me cacher. »
(Martine, 53 ans)
- La malchance
« J'ai ouvert la porte des toilettes alors qu'une cliente, assise, était en pleine action ! J'étais si gênée de son embarras et du mien que je lui ai raconté que j'avais vécu la même situation des années auparavant. Cela a dédramatisé le côté peu glamour de cette entrevue ! »
(Sarah, 35 ans)
- Le détail qu'on ignore
« J'étais en boîte et mon pantalon a complètement craqué au niveau des fesses. Les filles étaient mortes de rire. Comme je ne m'en étais pas aperçu, je dansais et riais avec elles… Puis mes amis me l'ont enfin avoué. J'étais très vexé qu'ils aient attendu pour me le dire et je m'en voulais de n'avoir rien vu. Je suis rentré chez moi. »
(Bruno, 43 ans)
Comment les gérer ?
Il faut accepter d'être imparfait et de ne pas tout maîtriser ! Être surpris en flagrant délit de maladresse ou de mensonge anodin suscite plus souvent la sympathie que le rejet. Profitez des réactions que provoque la situation pour établir un lien cordial avec les témoins. Une réaction positive éloigne le risque d'exclusion et désamorce un éventuel jugement négatif des autres. Elle évite aussi de ruminer sa colère envers soi et ceux qui font des remarques. Les ratages font partie de la vie en société… nul n'y échappe ! Profitez-en pour en tirer des leçons. Apprenez à faire taire cette petite voix en soi qui murmure « tu es nul », en séparant ce qui relève du comportement et de la personnalité. Revisitez mentalement la scène avec objectivité. La solitude et le silence aggravent le sentiment de honte et le chronicisent. N'hésitez pas à raconter vos anecdotes quitte à en rire, comme ces internautes qui confient leurs déboires sur le site www.viedemerde.fr !
Les livres
- Les états d'âme, un apprentissage de la sérénité, Christophe André, éditions Odile Jacob.
- Les petites hontes, Docteur Frédéric Saldmann, éditions Flammarion.
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