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PSYCHO

L'équation de l'infidélité

25 Mars 2011 par Damien Mascret

Et si l'on pouvait prévoir la probabilité que vous soyez, un jour, infidèle? En scrutant nos lits et en sondant nos esprits, les sexologues et les psychologues ont déterminé les principaux facteurs de risque.

 

À chacun ses limites


S'imaginer dans les bras d'un(e) autre, est-ce déjà être infidèle ? Ne cherchez pas, car tout dépend de la définition implicite – ou explicite – que vous et votre partenaire avez de l'infidélité. Résultat, les définitions fourmillent dans les cabinets sexologiques. Sarah, 44 ans, en couple depuis 12 ans s'était fixée comme limite les échanges chauds (webcam à l'appui) sur Internet. Son partenaire, après l'avoir découvert, ne vit pas les choses de la même façon ! Leïla, 24 ans, estime que son copain la trompe s'il pense à une autre femme dans le plaisir solitaire. Justin et Karla, la petite trentaine, s'accordent une soirée de liberté sexuelle par mois sans considérer qu'il s'agit d'infidélité puisqu'ils sont d'accord. On le voit, pour définir l'infidélité, l'important est d'abord de savoir si l'événement affectif ou sexuel impliquant un tiers enfreint le contrat (non écrit) de la relation intime privilégiée sur laquelle s'est fondé le couple. Un contrat qui repose souvent sur l'exclusivité sexuelle mais dans lequel la place de l'intimité émotionnelle est moins nette.


"0,6 % des femmes et 1,2 % des hommes vivant en couple ont été infidèles lors de leur dernier rapport sexuel."
(Enquête CSF, 2006)


L'influence des modèles socio-culturels


L'infidélité sexuelle isolée est pourtant rare pour une femme. Le plus souvent, les études montrent qu'une composante relationnelle, un début de sentiment, est nécessaire pour qu'une femme cède à ses pulsions charnelles. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu'une femme ne puisse pas avoir une pulsion physique pour un(e) (presque) inconnu(e), mais plutôt que le double standard socio-culturel (une « faiblesse » est excusable, presque naturelle, pour un homme, mais inexcusable, pour une femme) demeure puissant. Or, les paramètres de l'infidélité mis en équation il y a quelques années par les universitaires australiennes, Sophie Banfield et Marita McCabe, montrent qu'une femme « percevant une forte tolérance de son milieu social (ou de ses proches) pour une relation extra-conjugale » voit son intention de s'y engager plus forte que celle d'une autre femme évoluant dans un milieu très stigmatisant vis-à-vis de l'infidélité. En revanche, les hommes ne subissent pas autant cette pression et leur partenaire est souvent plus encline à pardonner une infidélité sexuelle qu'une infidélité impliquant des sentiments. Les hommes infidèles le sont généralement en raison d'une attirance sexuelle, beaucoup plus rarement pour des raisons affectives. Encore une fois, il ne s'agit que d'observations générales. Chaque histoire est particulière et les études indiquent que la différence de genre initiale peut s'estomper ensuite puisque toute relation qui se prolonge expose au lien affectif chez les trois quarts des hommes infidèles. Ce qui explique aussi qu'une infidélité durable soit plus douloureuse pour une partenaire. S'y ajoutent les mensonges renouvelés qui, on le sait, contribuent à réduire à néant toute la confiance qui pouvait exister dans le couple.

Niveau d'engagement et infidélité


Résultat plus surprenant, et tout à fait inattendu pour les chercheuses : plus la satisfaction liée à la relation « officielle » était grande et plus l'intention d'être infidèle l'était aussi ! Autant pour le mythe de l'infidélité née de l'insatisfaction dans la couple. Mais il est vrai que parler de l'infidélité en général est un peu abusif tant ses visages peuvent être différents (voir encadré). De plus, d'autres paramètres peuvent motiver l'infidélité indépendamment de ce que vit le couple « officiel ». Ne dit-on pas que, pour être infidèle, la femme a besoin d'une excuse et l'homme d'une occasion ? Exagéré, bien sûr. Quoi qu'il en soit, la probabilité d'être infidèle est considérablement accrue lorsque le niveau d'engagement dans le couple est faible. L'engagement est l'une des trois composantes – avec la passion et l'intimité – du triangle de l'amour défini par le psychologue de l'université de Yale, Robert Sternberg en 1986. L'engagement résume la décision que l'on prend de faire des efforts pour maintenir l'amour et la cohésion de son couple. Un bas niveau d'engagement est le signe d'un couple devenu très fragile. Évidemment si l'on conjugue un bas niveau d'engagement dans le couple à, en dehors du couple, un fort niveau d'attraction physique (pour un homme) avec une autre ou un haut niveau de connexion émotionnelle (pour une femme) avec un autre, le mélange devient explosif.
*Médecin et sexologue


Les visages de l'infidélité

Dans son étude, la sociologue française Charlotte Le Van a défini les 4 grands types d'infidélité.

1 >  L'infidélité résultant d'une insatisfaction d'ordre intime
Autrement dit, il s'agit de celle où les infidèles vont chercher à combler ce qu'ils ne trouvent pas dans leur couple officiel. Charlotte Le Van distingue plusieurs cas. Ainsi l'infidélité par « faux pas » peut faire prendre conscience à l'infidèle de son attachement conjugal alors que l'infidélité « par désamour » signifie plutôt que l'on envisage la fin d'une histoire officielle. Le 3e sous-type, l'infidélité par « compensation », est plus paradoxal puisqu'il signe une relation parallèle… qui permet de supporter le couple officiel dont on ne souhaite pas se désinvestir malgré l'insatisfaction ressentie !

2 >  L'infidélité instrumentale
Elle semble purement féminine, selon Charlotte Le Van. Elle va de l'infidélité « par vengeance » à l'infidélité « prétexte » (pour provoquer une rupture) en passant par l'infidélité pour « échapper à sa condition », dans laquelle « les femmes, lasses de subir leur existence, recherchent dans la relation extraconjugale un espace de liberté et de valorisation d'elles-mêmes, voire un moyen de côtoyer un milieu social plus favorisé que le leur ».

3 >  L'infidélité expérience
Elle permet à l'infidèle de se constituer l'expérience sexuelle dont il/elle estime manquer.

4 >  L'infidélité comme composante normale de la vie de couple

Elle concerne les infidèles qui estiment, soit par faiblesse (infidélité chronique »), soit par philosophie (infidélité comme « principe »), ne pas devoir ou pouvoir résister à la tentation ou à leurs pulsions.


À lire


Les quatre visages de l'infidélité en France, une enquête sociologique.

Éditions Payot 2010.

 

 

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