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Photo © Staystill/Sipa
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PSYCHO
Urgences, la série qui nous a fait aimer l'hôpital
13 Octobre 2008 par Hugo Deganya
Docteur House, Grey's Anatomy, Nip Tuck, réalisent de vrais succès d'audience à la télévision.
Quelles sont les raisons de cet engouement ?
Ces TV shows ont-ils modifié le comportement du spectateur patient dans la vie quotidienne ?
Retour sur Urgences, le premier d'entre eux.
D'après Sabine Chalvon Demersay, chercheuse au CNRS et spécialiste des médias qui a mené une longue étude auprès de différents types de publics, dans cette série, le patient cesse d'être un alibi ou un élément du décor. Ce sont les malades qui ont un rôle crucial, explique-t-elle. Ils fournissent tout d'abord la diversité des situations. De nombreuses scènes montrent par exemple le calme qui peut régner aux urgences quand les patients se font rares : les médecins dorment pour récupérer après des gardes éprouvantes, ils papotent ou flirtent tranquillement autour d'un café. Mais, d'une seconde à l'autre, l'atmosphère peut changer.
Une ambulance surgit qui livre son lot de grands blessés, un faux père Noël arrive qui s'est empoisonné, des enfants ont été accidentés dans un autocar, un grand-père en pantoufles a fait une chute, il faut soigner des gangsters truffés de plomb… Le patient qui a cessé d'être un accessoire est devenu un personnage à part entière qui entre en relation avec le médecin. La séparation traditionnelle entre le patient et le monde médical est ainsi comblée plusieurs fois au sein d'un même épisode.
JP
Une des ruptures introduites par Urgences avec la série médicale traditionnelle ajoute Sabine Chalvon tient également au fait que les scénaristes respectent l'intégrité des termes médicaux. « Thrombose, ischémie, intubation » sont utilisés sans être explicités. Ce choix de respecter le jargon est évidemment très original. Un scénariste ayant collaboré à une fiction médicale française raconte a contrario qu'à chaque fois qu'il glissait un terme médical dans un dialogue son scénario lui revenait biffé par les responsables de chaîne avec la mention « incompréhensible, pense aux téléspectateurs ». On s'aperçoit pourtant qu'ils ne sont pas heurtés par ce langage. Non seulement ils s'y habituent mais ils l'apprivoisent. « On est soulagé qu'un malade ait échappé à une thrombose, ça avait l'air vachement dangereux » (étudiant, 19 ans). « Je n'ai pas besoin de tout savoir » (retraitée, 75 ans). « Je ne comprends pas tous les termes médicaux, mais ça semble réaliste » (pompier, 22 ans). Cette opacité apparente du vocabulaire n'empêche donc pas l'effet de séduction.
De plus, explique le Dr Gerald Kirzek, responsable du Service mobile d'urgence et de réanimation (Smur) de l'Hôtel-Dieu à Paris, « le mélange d'adrénaline et d'ambiance cool, le faible niveau hiérarchique dans les relations professionnelles, la capacité de travailler en équipe et, bien sûr, les relations amoureuses entre les membres du personnel soignant séduisent les téléspectateurs ». L'impact chez les jeunes est même si fort, estime-t-il, qu'une série comme Urgences « suscite des vocations. Les jeunes viennent nombreux en stage parce qu'ils l'ont vue ».
Le regard que les médecins portent sur leur métier en est également positivé. Qu'une salle d'opération ou de consultation puisse être filmée au même titre qu'une scène d'amour a « renarcissisé un peu notre métier ».
Encore une nouvelle série santé, côté cérébral cette fois, avec In Treatment, diffusée par la chaîne américaine HBO. C'est l'histoire d'un psy qui va lui-même chez le psy. Enfin ça c'est le vendredi car, les autres jours de la semaine, Paul reçoit dans son cabinet ses propres patients. On notera le parti pris original de la série : chaque épisode (25 minutes) est consacré à une consultation et correspond à une séance d'analyse. Peut-être bientôt sur nos petits écrans français…
JP
Le succès des séries télévisées médicales américaines est d'autant plus étonnant que leur contenu va à l'encontre de l'expérience que chacun a de l'hôpital. L'opacité du système de soins, le jargon hermétique, l'attente interminable pour consulter ou accéder aux services d'urgences, le sentiment d'une profonde indifférence de l'hôpital envers la souffrance des patients, tout cela a été repeint aux couleurs de l'énergie, de la sollicitude et du stress.
Selon le Dr Kirzek, Urgences présente un avantage important : le public comprend que l'attente à l'hôpital est motivée par le fait que les équipes médicales sont accaparées par des cas graves. « Quand on explique à un patient qu'on a été occupé par un patient en "phase de déchocage", il comprend parce qu'il a entendu l'expression à la télé. Il se dit que son problème peut passer après celui d'une personne gravement accidentée. »
Mais cette compétence nouvelle du patient demeure limitée. Ou plutôt doit demeurer dans certaines limites, estime le Dr Kirzek. « II y a quelque temps, je suis intervenu alors qu'un accident d'autobus avait fait des blessés dans Paris. Un flic s'est penché vers moi et m'a demandé si "l'aorte était touchée". C'était sympathique mais erroné. Ou bien, j'examine une femme qui veut un scanner pour déceler son infarctus, mais l'infarctus ne se voit pas avec un scanner. Ces aspects-là sont parasitants, car le patient revendique une compétence qu'il n'a pas. »
Urgences vit encore ! Une 15e saison est en cours de production, avec quatre jeunes recrues dans les couloirs du Cook County Hospital. « Cette fois, c'est la dernière (saison et non épisode) » assurent les producteurs. En attendant sa diffusion en France, on patiente avec le coffret DVD de la saison 12, sorti à la fin de l'été.
Coffret 3 DVD, Warner Home Vidéo, 32 €
Une ambulance surgit qui livre son lot de grands blessés, un faux père Noël arrive qui s'est empoisonné, des enfants ont été accidentés dans un autocar, un grand-père en pantoufles a fait une chute, il faut soigner des gangsters truffés de plomb… Le patient qui a cessé d'être un accessoire est devenu un personnage à part entière qui entre en relation avec le médecin. La séparation traditionnelle entre le patient et le monde médical est ainsi comblée plusieurs fois au sein d'un même épisode.
LE RETOUR DE DOUG ROSS ?
Elle a fait le tour du monde, cette rumeur qui annonçait en fanfare le retour de l'homme le plus sexy du monde : Dr Ross allait revêtir à nouveau la blouse blanche, pour le bonheur de tous ses fans. Le producteur de la série avait même confié son désir de faire revenir tous les personnages pour l'ultime épisode. L'euphorie s'est bien vite dissipée quand George Clooney a déclaré n'être au courant de rien et le producteur exécutif itou. Chez Warner, interrogé par votre serviteur au téléphone, on ménage le suspens : « Il reviendra peut-être pour un final, c'est un personnage phare. » Bon, moi je vais me faire un café.JP
Une des ruptures introduites par Urgences avec la série médicale traditionnelle ajoute Sabine Chalvon tient également au fait que les scénaristes respectent l'intégrité des termes médicaux. « Thrombose, ischémie, intubation » sont utilisés sans être explicités. Ce choix de respecter le jargon est évidemment très original. Un scénariste ayant collaboré à une fiction médicale française raconte a contrario qu'à chaque fois qu'il glissait un terme médical dans un dialogue son scénario lui revenait biffé par les responsables de chaîne avec la mention « incompréhensible, pense aux téléspectateurs ». On s'aperçoit pourtant qu'ils ne sont pas heurtés par ce langage. Non seulement ils s'y habituent mais ils l'apprivoisent. « On est soulagé qu'un malade ait échappé à une thrombose, ça avait l'air vachement dangereux » (étudiant, 19 ans). « Je n'ai pas besoin de tout savoir » (retraitée, 75 ans). « Je ne comprends pas tous les termes médicaux, mais ça semble réaliste » (pompier, 22 ans). Cette opacité apparente du vocabulaire n'empêche donc pas l'effet de séduction.
Urgences suscite des vocations. Les jeunes viennent nombreux en stage parce qu'ils ont vu la série.
De plus, explique le Dr Gerald Kirzek, responsable du Service mobile d'urgence et de réanimation (Smur) de l'Hôtel-Dieu à Paris, « le mélange d'adrénaline et d'ambiance cool, le faible niveau hiérarchique dans les relations professionnelles, la capacité de travailler en équipe et, bien sûr, les relations amoureuses entre les membres du personnel soignant séduisent les téléspectateurs ». L'impact chez les jeunes est même si fort, estime-t-il, qu'une série comme Urgences « suscite des vocations. Les jeunes viennent nombreux en stage parce qu'ils l'ont vue ».
Le regard que les médecins portent sur leur métier en est également positivé. Qu'une salle d'opération ou de consultation puisse être filmée au même titre qu'une scène d'amour a « renarcissisé un peu notre métier ».
TOUS SUR LE DIVAN
Encore une nouvelle série santé, côté cérébral cette fois, avec In Treatment, diffusée par la chaîne américaine HBO. C'est l'histoire d'un psy qui va lui-même chez le psy. Enfin ça c'est le vendredi car, les autres jours de la semaine, Paul reçoit dans son cabinet ses propres patients. On notera le parti pris original de la série : chaque épisode (25 minutes) est consacré à une consultation et correspond à une séance d'analyse. Peut-être bientôt sur nos petits écrans français…
JP
Le succès des séries télévisées médicales américaines est d'autant plus étonnant que leur contenu va à l'encontre de l'expérience que chacun a de l'hôpital. L'opacité du système de soins, le jargon hermétique, l'attente interminable pour consulter ou accéder aux services d'urgences, le sentiment d'une profonde indifférence de l'hôpital envers la souffrance des patients, tout cela a été repeint aux couleurs de l'énergie, de la sollicitude et du stress.
Selon le Dr Kirzek, Urgences présente un avantage important : le public comprend que l'attente à l'hôpital est motivée par le fait que les équipes médicales sont accaparées par des cas graves. « Quand on explique à un patient qu'on a été occupé par un patient en "phase de déchocage", il comprend parce qu'il a entendu l'expression à la télé. Il se dit que son problème peut passer après celui d'une personne gravement accidentée. »
Mais cette compétence nouvelle du patient demeure limitée. Ou plutôt doit demeurer dans certaines limites, estime le Dr Kirzek. « II y a quelque temps, je suis intervenu alors qu'un accident d'autobus avait fait des blessés dans Paris. Un flic s'est penché vers moi et m'a demandé si "l'aorte était touchée". C'était sympathique mais erroné. Ou bien, j'examine une femme qui veut un scanner pour déceler son infarctus, mais l'infarctus ne se voit pas avec un scanner. Ces aspects-là sont parasitants, car le patient revendique une compétence qu'il n'a pas. »
Urgences n'est pas mort !
Urgences vit encore ! Une 15e saison est en cours de production, avec quatre jeunes recrues dans les couloirs du Cook County Hospital. « Cette fois, c'est la dernière (saison et non épisode) » assurent les producteurs. En attendant sa diffusion en France, on patiente avec le coffret DVD de la saison 12, sorti à la fin de l'été.
Coffret 3 DVD, Warner Home Vidéo, 32 €
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