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SANTÉ

MICI Kezako ?

08 Juin 2010 par Julie Pujol

Maladie de Crohn et rectocolite hémorragique touchent près de 200 000 personnes* en France. Zoom sur ces maladies chroniques inflammatoires.

 

Les MICI, de quoi s'agit-il ?


Le terme MICI désigne deux maladies : la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn. Elles provoquent des lésions inflammatoires uniquement au niveau du côlon pour la première, potentiellement sur l'ensemble du tube digestif pour la seconde, et apparaissent généralement avant 30 ans. Les deux affections sont très proches, on estime d'ailleurs à 10 % le nombre de cas «frontière», ou colites indéterminées.


Quels sont les symptômes ?


Des crises appelées «poussées» provoquent des douleurs abdominales, une grande fatigue et des diarrhées chroniques (avec des saignements importants dans le cas de la rectocolite hémorragique), en alternance avec des périodes de rémission. Des symptômes extrêmement gênants qui peuvent aller jusqu'à l'impossibilité de se retenir. Dans certains cas, des problèmes articulaires, cutanés ou oculaires, peuvent également survenir. La perte d'appétit et l'amaigrissement sont très aigus dans la phase active de la maladie. Malheureusement il est impossible de prévoir la durée et l'apparition des crises.


Connaît-on la cause de ces maladies ?


Pas exactement. On évoque l'association de facteurs génétiques et environnementaux à une réponse anormale du système immunitaire. On sait aussi que le nombre de cas a fortement progressé au cours de la deuxième partie du XXe siècle dans les pays développés. Aujourd'hui, les pays qui connaissent la plus forte progression de la maladie sont les pays en cours d'industrialisation. Notre mode de vie serait donc peut-être aussi en cause. Autre hypothèse : trop d'hygiène pendant l'enfance «empêche(rait) le tube digestif de s'adapter à diverses bactéries et provoque(rait) à l'âge adulte une réaction excessive»*.


Comment sont-elles diagnostiquées ?


C'est la répétition des symptômes, proches d'une gastro-entérite, qui permet d'évoquer une MICI. Mais seule une coloscopie et/ou des examens radiologiques permettent d'établir un diagnostic. De nombreux patients regrettent les longues années passées sans pouvoir poser un nom sur leur maladie. Aujourd'hui, les praticiens généralistes sont davantage sensibilisés, mais il ne faut pas hésiter à consulter un gastro-entérologue.


Existe-t-il des complications ?


Il existe un «sur-risque» de cancer de l'intestin chez les malades de MICI. «Mais il est devenu presque nul grâce à une surveillance accrue», affirme le professeur Lemann, chef de service gastro-entérologie de l'hôpital Saint-Louis. À noter, le tabac reconnu comme un facteur aggravant de la maladie de Crohn est formellement déconseillé.


Quels sont les traitements ?


Actuellement, on ne guérit pas ces maladies, mais on peut les stabiliser. «Les traitements se rejoignent même si on est un peu plus avancé dans la connaissance de la maladie de Crohn», estime le docteur Xavier Roblin, gastro-entérologue au CHU de Saint-Étienne. C'est le médecin qui décide du traitement le plus approprié en fonction du profil du patient. Les 5-aminosalicylés (5-ASA), anti-inflammatoires bien tolérés, permettent de contenir les formes les plus bénignes. Les poussées sont généralement traitées par corticoïdes tandis que les immunosuppresseurs (médicaments qui atténuent ou suppriment les réactions immunitaires de l'organisme) sont prescrits en traitement de fond. Depuis une dizaine d'années, de nouveaux traitements sont apparus, les anti-TNF alpha. Ils cicatrisent l'intestin et offrent aux patients un meilleur confort. Ils ont cependant l'inconvénient d'être administrés sous perfusion intraveineuse à l'hôpital. «L'avantage, c'est que ces médicaments agissent rapidement et peuvent être maintenus sur le long terme», explique le professeur Lemann. Pour la rectocolite il n'existe actuellement qu'un seul Anti-TNF, mais on dispose d'un autre médicament : la cyclosporine, un immunosuppresseur puissant utilisé en traitement d'attaque. Malgré cette offre de traitements, la chirurgie qui consiste à retirer un segment d'intestin reste nécessaire chez un malade sur deux. Et elle ne met pas à l'abri de récidives.


Peut-on être enceinte avec une MICI ?


Oui. La grossesse doit cependant être programmée et encadrée.


Que peut-on attendre de la recherche ?


S'il n'existe pour l'instant aucun traitement véritablement curatif, les pistes sont nombreuses. Des chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont étudié les bactéries vivant dans l'intestin humain**. D'après leurs conclusions, ce serait peut-être l'absence de l'une d'elles qui expliquerait le dérèglement du système de défense intestinal des malades de MICI. La bactérie, testée sur des souris malades, réduisait nettement l'inflammation. Et ce n'est pas la seule découverte prometteuse.t «Une cinquantaine de molécules au moins sont à l'étude dans le monde, précise le professeur Lemann. Ces nouveaux traitements ne sont pas encore à la portée des malades, mais c'est très encourageant.»


Sources :
* Inserm, 2005.
** INRA – Inserm – APHP, octobre 2008.



La coloscopie


Cet examen visualise l'intérieur du côlon grâce à une fibre optique introduite par l'anus. Il permet de déceler des anomalies ou d'effectuer des prélèvements. Parce qu'il est inconfortable, il se pratique presque toujours sous anesthésie générale. Pour que le côlon soit parfaitement visible, il faut le purger en avalant la veille de l'examen plusieurs litres de solution laxative. Petite astuce : ajoutez quelques gouttes de sirop (sauf ceux de couleur rouge qui peuvent brouiller la lecture des résultats) dans la préparation afin d'atténuer son goût salé désagréable.


Vivre avec une MICI


Sur la toile, les malades se retrouvent pour partager leurs difficultés. Ici, ils savent que d'autres, atteints des mêmes symptômes, les comprendront. «Je ne sors pratiquement plus de peur des crises mais surtout de peur de ne pas réussir à me retenir», écrit une internaute. Pour Juliette, 26 ans, «cette maladie, c'est la mort sociale». La mort du couple aussi parfois. Gênés par les effets indésirables, certains patients préfèrent rompre. Selon une étude française1, 9 % d'entre eux ont même renoncé à une vie amoureuse… «Cette maladie est tantôt minimisée parce qu'elle ne se voit pas (ou pas toujours), tantôt considérée comme effrayante», explique Alain Olympie, président de l'association François-Aupetit. La mère du petit Baptiste, 8 ans, qui a dû vivre un moment avec une sonde nasogastrique, raconte : «Les parents de ses amis ne nous parlaient quasiment plus. J'ai appris qu'ils avaient demandé à la directrice de son école si sa maladie était contagieuse…» Pour Alain Olympie, une seule solution. Faire sortir les MICI du tabou en informant encore et toujours.
1. TNS Healthcare pour l'AFA, 2006.




Le régime sans résidus


Le régime sans résidus permet de limiter les diarrhées en période de poussée, même s'il n'a pas de pouvoir curatif ni préventif. On conseille de supprimer d'abord les fibres les plus difficiles à digérer : céréales complètes, fruits, crudités, viandes très fibreuses, choux, salsifis, champignons… Puis tous les légumes s'il n'y a pas d'amélioration. Après la poussée, il est possible de reprendre un régime normal en réintroduisant les aliments progressivement et par petites quantités. Poursuivre un régime sans résidus en permanence est déconseillé car celui-ci est susceptible de provoquer des carences. Il est fréquent et normal de conserver une sensibilité à certains aliments même en dehors des poussées. Cuisez-les plus longtemps, mâchez-les davantage ou mixez-les pour réduire les fibres et faciliter la digestion.


Merci au professeur Schneider, du service de gastro-entérologie et nutrition de l'hôpital l'Archet à Nice, et à Alexandra Martin, diététicienne.



Liens :
Association François Aupetit (AFA)
La maison des MICI
78, quai de Jemmapes, Paris 10e.
MICI info au 0811 091 623 (prix d'un appel local).
www.afa.asso.fr

www.vousnetespasseul.fr
Ce site internet est consacré à la maladie de Crohn.
Le plus : les tchats vidéo avec des experts.

 

 

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