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SANTÉ
Migraine : ne vous prenez plus la tête !
01 Juin 2010 par Emmanuelle jumeaucourt
Maladie bénigne mais handicapante, la migraine est souvent négligée. Quelles sont ses causes, comment la reconnaître et comment la traiter ?
La migraine touche 21,3 % de la population française, des femmes pour les trois quarts, principalement entre 30 et 44 ans. Le docteur Michel Lantéri-Minet, président de la Société française d'étude des migraines et céphalées, estime que «ces chiffres sont sensiblement identiques dans les autres pays». Le facteur héréditaire entre en compte, puisque d'après le docteur Valade, chef du Centre d'urgence céphalées de l'hôpital Lariboisière à Paris, 60 % des patients ont des antécédents familiaux.Quels sont les symptômes ?
Classée au 19e rang des maladies les plus invalidantes par l'Organisation mondiale de la santé, la migraine se distingue du simple mal de tête par une violente douleur pulsatile, battement ou martèlement, ancrée d'un seul côté de la tête mais pouvant s'étendre au côté opposé. Elle s'accompagne souvent d'autres symptômes (nausées, vertiges, intolérance à la lumière ou au bruit). «La migraine, c'est comme une tornade, prévient le docteur Valade. Elle attaque rapidement, en général sans signes d'alerte, et ses impacts sur la qualité de vie sont réels.» Les crises sont en effet parfois si violentes que 16 % des migraineux sont forcés de cesser toute activité. Ce que confirme Sophie, 33 ans : «Quand une crise s'invite, je ne supporte plus rien. J'arrête de travailler et je me couche dans le noir, au calme.»
Peut-on identifier les causes ?
Ce désordre neurologique chronique est dû à une perturbation des vaisseaux de la méninge. Un facteur déclenchant extérieur provoque une dilatation des nerfs qui les entourent, causant ainsi une très forte douleur. Les facteurs déclenchants sont multiples et propres à chacun : stress et fatigue bien sûr, efforts physiques ou intellectuels importants, mais aussi allergie à certains aliments (fromage, chocolat), jeûne, variation climatique, ou même l'odeur de certains parfums. Chez les femmes, il faut encore noter, comme l'explique le docteur Lantéri-Minet, l'influence de «la chute d'oestrogènes précédant les règles. La moitié des femmes atteintes de migraines constatent à ce moment-là des crises plus fréquentes et 10 % d'entre elles en ont exclusivement à cette période.»
Existe-t-il des complications ?
20 % des migraines s'accompagnent de phénomènes sensoriels regroupés sous le nom «d'auras». Dans le cas des auras ophtalmiques, le champ de vision est traversé de scintillements ou de lignes lumineuses. On peut aller jusqu'à des cécités provisoires de l'un des deux yeux, ou de la moitié, gauche ou droite, de chaque oeil. Une céphalée de tension vient parfois s'ajouter à la migraine occasionnant un état de mal migraineux, bien plus long que la migraine. À noter : le fort abus d'antalgiques peut entraîner des céphalées paradoxales, longues et difficiles à traiter. Enfin, il semblerait que la migraine soit un facteur de risque cardio-vasculaire (infarctus du myocarde, angine de poitrine…).
Une mauvaise prise en charge
En France, selon le docteur Valade, 80 % des migraineux ne sont pas suivis. 30 à 45 % n'ont tout simplement jamais consulté et ignorent que des traitements existent et «près de 40 % ne retournent pas voir le médecin après une première consultation». Beaucoup estiment, à tort, que les médicaments en vente libre suffisent à traiter la douleur, d'où une automédication importante, inefficace, et des crises à répétition. Le docteur Marc Schwob, neuropsychiatre et président de l'association France Migraine, ajoute que la prise en charge est d'autant plus problématique que «d'une part, de nombreux patients pensent que la douleur est incurable et que, d'autre part, certains médecins ne savent ni la traiter ni délivrer les bonnes informations. Pour être efficace, un traitement doit être suivi entre 9 mois et un an, mais on l'interrompt souvent trop tôt.» C'est une erreur : si on ne sait pas guérir la migraine, on peut la soulager.
Pourtant, elle se soigne
Il existe une quarantaine d'anti-migraineux, dont le champ d'action s'étend du traitement de crise (triptans, antalgiques…) au traitement de fond : bêtabloquants, anti-épileptiques… Le docteur Lantéri-Minet explique que «le premier soulage la céphalée lorsqu'elle est encore peu sévère ; le second intervient si la qualité de vie est altérée malgré le traitement de crise, ou si le patient abuse de ce dernier. Sur le long cours, un traitement de fond vise à réduire la fréquence, l'intensité et la durée des crises». Pour soulager une migraine, il est important de prendre son traitement sans attendre. «Pris dans l'heure qui suit le début de la crise, il calme la douleur rapidement.» Par ailleurs, le docteur Lantéri-Minet précise qu'il est désormais possible d'associer les triptans aux anti-inflammatoires non stéroïdiens. En effet, selon une étude américaine publiée en 2007, une prise simultanée offrirait un soulagement plus rapide de la douleur. Il porte également ses espoirs sur le développement des anti-CGRP, molécules qui se fixent sur les récepteurs du cerveau afin d'éviter la vasodilatation à l'origine de la douleur. Particulièrement destinées aux personnes âgées ou à risque vasculaire élevé, elles seront disponibles en 2011. Enfin, le docteur Valade rappelle la nécessité d'une hygiène de vie équilibrée. «Le patient doit vivre dans un endroit très calme, manger, se lever et se coucher à heures fixes, ne pas se trouver en hypoglycémie et éviter les siestes.» Responsabiliser le patient, poser un bon diagnostic et encadrer le traitement permettront donc de mieux soigner. Mais aussi de réduire le coût élevé de la maladie (scanners et examens non justifiés) qui, d'après le docteur Schwob, serait équivalent à celui d'une épidémie de grippe.
Sources : étude FRAMIG 3 de 2005, enquête de la DRESS 2002 et recommandations 2006 de la Haute autorité de santé.
5 astuces anti-migraine
1. Posez un gant froid sur la tempe en cas de crise.
2. Buvez un café ou un soda en début de crise. La caféine peut réduire l'intensité de la douleur ou la faire disparaître.
3. Massez la veine temporale pour un soulagement temporaire.
4. Stimulez le point anti-migraineux (situé dans le creux de la main entre le pouce et l'index) avec le pouce de l'autre main, en tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
5. Prenez un anti-nauséeux avec le traitement de crise.
Source : association France Migraine
Test êtes-vous migraineux ?
Les maux de tête durent :
A - De quelques heures à quelques jours.
B - Quelques minutes seulement.
Au cours de votre vie, vous avez eu :
A - Plus de 5 crises.
B - Moins de 5 crises.
La douleur se situe :
A - D'un seul côté.
B - Dans toute la tête.
Est-elle pulsatile ?
A - Oui.
B - Non.
Augmente-t-elle à l'effort ?
A - Oui.
B - Non.
La considérez-vous comme :
A - Forte ou très forte.
B - Moyenne ou faible.
S'accompagne-t-elle de nausées ou de vomissements ?
A – Oui.
B – Non.
Lors de la crise, avez-vous du mal à supporter le bruit et/ou la lumière ?
A - Oui.
B - Non.
Vous avez une majorité de A : Vous êtes peut-être migraineux. N'ayez pas recours à l'automédication, consultez un médecin sans tarder. Il fera un examen approfondi et pourra vous prescrire un traitement approprié.
Vous avez une majorité de B : Vous n'êtes pas migraineux, seulement confronté à des céphalées. Demandez conseil à votre médecin pour vous en assurer et trouver l'origine de ces maux de tête.
Nouveau
Dans la famille des triptans (molécule rizatriptan), un nouveau traitement vient d'être mis sur le marché sous forme de comprimés. Il se prend sans eau et se dégrade en quelques secondes au contact de la salive. Recommandé pour la migraine accompagnée de nausées, il permet également d'éviter la possible aggravation des maux gastro-intestinaux.
Liens :
www.sosmigraine.com
www.migraineenteteatete.com
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