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Photo © E. Barbier

SANTÉ

Sortez couverts! Pharmacien et citoyen

30 Juillet 2009 par Fabienne Attali

Fort de ses 2700 pharmacies partout en France, le groupe PHR* a immédiatement répondu présent à l'appel de Christophe Dechavanne. Pour son charismatique président, Lucien Bennatan, le pharmacien est un acteur de santé. Explications.

 

Pause Santé : Qu'est-ce qui vous a poussé à vous impliquer dans l'opération Sortez couverts ?
Lucien Bennatan : Le groupe PHR soutient un certain nombre d'associations : AFM (Association française contre les myopathies), Vaincre la mucoviscidose… Nous, pharmaciens, sommes engagés au même titre que les autres citoyens dans les problématiques de société. Notre rôle ne consiste pas à distribuer des médicaments. Nous devons nous impliquer dans l'accompagnement, le soin et la prévention. Il m'a évidemment semblé naturel d'associer à cette démarche mes confrères, membres de notre réseau. Le combat pour l'accès à tous aux préservatifs de qualité est également le nôtre. Il faut le rappeler inlassablement  : le préservatif est le seul rempart contre le sida et les infections sexuellement transmissibles. 

PS : Quel est le dispositif que vous avez mis en place pour accompagner cette campagne ?
LB : Nous allons la relayer et la prolonger dans le temps. On trouvera toute l'année dans nos pharmacies des préservatifs à 20 centimes. Nous avons fait fabriquer plus de 2 500 présentoirs pour les mettre à disposition et les signaliser. D'ores et déjà, 800 000 préservatifs sont disponibles. Nous distribuerons aussi gratuitement 150 000 préservatifs sur les plages cet été. 

PS : La prévention n'est-elle pas de la responsabilité des pouvoirs publics ?
LB : Je suis ravi que vous me posiez la question. En France, nous sommes très en retard comme dans tous les pays latins. Nous consacrons plus de temps et d'argent aux soins qu'à l'éducation à la santé. Regardez l'exemple des Health Class aux États-Unis. Les cours y sont même notés.

 

Une profession qui a de l'avenir
Depuis 1991, le groupe PHR développe un ensemble de services spécifiques aux enseignes de pharmacie Viadys et Pharma Référence. Ses objectifs  : faire de l'officine un pôle santé, un espace d'accueil et de conseils dédié à la prévention, au suivi des pathologies et des traitements.


PS : Voudriez-vous donc faire entrer cette « matière » à l'école ?
LB : Absolument. Les risques de l'obésité, les méfaits du tabac entre autres doivent être enseignés au même titre que l'histoire ou la géographie. Il est vrai que ce n'est peut-être pas le travail des professeurs. Je le dis au ministre de l'Éducation Nationale et à la ministre de la Santé, mes 2 700 pharmaciens sont à leur disposition. Je pense que l'école doit s'ouvrir à tous les professionnels de la santé. Je regrette aussi par exemple qu'il n'existe pas sur une chaîne publique aux heures de grande écoute une émission de santé pour les enfants.

PS : La pharmacie pourrait-elle être un lieu de dépistage ?
LB : Bien entendu, des infirmières devraient être présentes dans les officines. Pourquoi ne pourraient-elles pas surveiller la tension des patients, réaliser des tests de dépistage, y compris les tests rapides du sida ? Elles devraient être un des maillons indispensables
de la chaîne de santé. Leur présence permettrait d'éviter le recours aux nombreux tests en libre accès sur Internet. Ces tests, on le sait, comportent beaucoup de risques et d'effets pervers. Ils peuvent être faussement positifs sans compter qu'ils laissent le patient seul devant le résultat. Dans le cas du VIH, les conséquences sont parfois dramatiques. La pharmacie est proche et accessible à tous, elle représente parfois le seul lien, pour une catégorie de patients, avec une structure de santé.

PS : Cette nouvelle définition du rôle du pharmacien risque d'en irriter plus d'un.
LB : En ce qui concerne l'épidémie du sida, j'ai vu beaucoup de malades, j'en ai vu mourir certains. On ne peut pas rester insensible.
Le dépistage permet de sauver des vies. 30 000 personnes en France ignoreraient leur séropositivité. Faciliter le dépistage est indispensable. Dans notre profession, certains ne se sentent toujours pas concernés, cela me révolte et je veux le dénoncer. Nous avons su mettre en vente libre les seringues aux usagers de drogue en 1987 pour faire reculer le sida. Nous devons encore et toujours lutter contre les idées reçues. Je suis très fier de participer à ce partenariat entre des acteurs privés et des autorités de santé dans le seul intérêt de la santé publique. Les pharmaciens peuvent et doivent s'impliquer dans toutes les actions qui feront reculer la maladie.

 

Le sida en France en 2007
140  000* personnes environ sont séropositives. 
6 500** ont découvert leur séropositivité.
80 000 sont prises en charge au titre de l'affection longue durée. 
1 000 cas de sida sont diagnostiqués.
* Rapport 2008 ONU sida
** Institut national de veille sanitaire

 

*Le groupe PHR est actionnaire de la société Com'Access éditrice du magazine Pause Santé.

 

 

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