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SANTÉ
Hépatite C, la maladie à mi-chemin
28 Juillet 2011 par Romain Loury
Le grand public la connaît peu, tout comme les malades. 57% d'entre eux seulement se savent atteints. Mais si la prévention et le dépistage semblent stagner, le traitement avance à grands pas.
Il existe un risque de contracter l'hépatite C avec le piercing et le tatouage. Assurez-vous que les aiguilles sont à usage unique et conservées dans un emballage stérilisé. L'opérateur doit porter des gants de chirurgie. N'hésitez pas à poser des questions sur les conditions d'hygiène. (www.inpes.sante.fr)
L'hépatite C est causée par un virus. Il n'existe pas aujourd'hui de vaccin contre cette maladie.Elle se transmet avant tout par voie sanguine, très rarement par voie sexuelle. Son mode opératoire: une rapide phase aiguë souvent silencieuse, suivie dans 3 cas sur 4 d'une phase chronique pendant laquelle le VHC (via le système immunitaire) s'attaque lentement au foie, souvent sans signe apparent pour le patient, y provoquant fibrose, puis cirrhose, jusqu'au stade final, celui du carcinome hépatocellulaire, un cancer auquel moins d'un patient sur dix survit plus de cinq ans. Le virus de l'hépatite C'est à l'origine de la majorité des greffes du foie en Europe.
Une maladie silencieuse
Elle exerce souvent son travail de sape en silence, ce qui permet de comprendre pourquoi 57% des personnes atteintes seulement, parmi les 232000 estimées en France, se savent infectées. Chaque année, de 2700 à 4400 personnes contractent le VHC, plus de 2600 en meurent, selon l'Institut de veille sanitaire (InVS). Bien que l'on connaisse tous les outils pour dépister, prévenir et traiter la maladie. Les chercheurs prévoient même qu'en 2012 le nombre de malades pris en charge à l'hôpital pourrait tripler voire quadrupler.
Un dépistage insuffisant
En première ligne du dépistage, le médecin généraliste. Selon la Haute autorité de santé (HAS), il devrait proposer le test à toute personne jugée à risque. Toxicomanes partageant seringues et pailles de sniff, personnes transfusées, greffées ou lourdement opérées avant 1992 (année d'arrivée des tests du VHC), séropositifs au VIH (dont un quart sont atteints d'hépatite C), migrants originaires d'un pays à risque, mais aussi en cas de piercing ou de tatouage. Des facteurs de risque peu connus du public, qui ne sont pas toujours pris en compte par les médecins. Selon l'enquête «Baromètre santé médecins généralistes 2009», seuls 21,7% d'entre eux proposent systématiquement le test aux personnes tatouées ou piercées, 17,6% en cas d'acte chirurgical invasif. «Les généralistes devraient être au centre du dépistage, mais ils ne sont pas assez mobilisés, il n'existe pas de volonté politique réelle», déplore Michel Bonjour, vice-président de l'association SOS Hépatites. Un constat partagé par l'InVS, qui juge le dépistage «insuffisant».
Les migrants malades, doublement victimes
Malgré la mobilisation des associations, les parlementaires ont finalement voté début mai la restriction du séjour des migrants pour raisons médicales. Une réforme «inepte et dangereuse» selon le Conseil national du sida (CNS). Depuis 1998, les étrangers atteints de maladies graves étaient protégés de l'expulsion lorsqu'ils ne disposaient pas d'un «accès effectif» au traitement dans leur pays d'origine. Avec la nouvelle loi, seule «l'indisponibilité» des médicaments pourra justifier un séjour pour soins. Un terme qui change tout, selon le CNS. Pour le VIH, les traitements «sont réputés ˝disponibles˝ dans la quasi-totalité des pays. Pour autant, l'accès universel à ces traitements est encore loin d'être assuré dans de nombreux pays, notamment d'Afrique». Et ce pour des raisons de prix, de brevets sur les médicaments et de fragilité des systèmes de santé. En aggravant la précarité de ces migrants, la réforme entraîne «un risque sérieux pour la santé publique», déplore le CNS. Celui d'un retard au dépistage et à la mise sous traitement, qui favorise la diffusion de maladies comme le VIH, les hépatites et la tuberculose.
Toxicomanie et prévention
Mêmes réserves envers la prévention chez les toxicomanes, prise en étau entre deux politiques aux objectifs parfois contradictoires: santé publique d'un côté, lutte contre les drogues de l'autre. Ce qui donne lieu à de fréquentes passes d'armes entre médecins, associations et ministères concernés. Notamment sur les programmes d'échange de seringues, qui offrent du matériel stérile. Autorisés depuis 1989, ils demeurent absents des prisons, bien que la drogue y circule. Et que, selon l'InVS, le taux d'hépatite C y atteigne 4,8%, soit un détenu sur 20. Autre question épineuse, celle des salles d'injections à moindre risque. Des lieux où le toxicomane pourrait consommer sa drogue de manière supervisée afin d'éviter les contaminations et l'overdose, et où il se verrait proposer une assistance médico-sociale, comme un sevrage ou une aide à l'hébergement. Si plusieurs experts et associations appellent à expérimenter ces «salles de shoot», la pilule a du mal à passer pour le gouvernement malgré les essais concluants réalisés à l'étranger, comme en Suisse depuis 1986.
Une révolution dans le traitement
S'il est un domaine aux progrès incontestés, c'est celui du traitement, avec de nouveaux médicaments prévus en fin d'année. Jusqu'alors, la thérapie consistait en une bithérapie (association de deux médicaments): interféron alpha en auto-injection hebdomadaire, ribavirine en comprimés. Un «big bang» lors de son arrivée en 1998: la bithérapie permet l'élimination du VHC chez 80% des patients infectés par les souches virales les plus simples à traiter, celles des génotypes 2 et 3. Mais son efficacité n'atteint que 65% pour le génotype 4 et 45% pour le génotype 1, le plus fréquent en France. Or les médicaments attendus (inhibiteurs de protéase) agissant directement sur le VHC, permettent d'atteindre 75% pour le génotype 1, presque deux fois mieux. Un véritable «espoir» pour les patients, se réjouit le professeur Stanislas Pol, chef du service d'hépatologie de l'hôpital Cochin à Paris. Deux de ces médicaments (le télaprévir et le bocéprévir) vont arriver en France dès «fin 2011, début 2012», mais sont déjà disponibles pour les patients les plus sévèrement atteints, ajoute-t-il. Chacun doit être associé au traitement actuel, sous forme de trithérapie.
Vers l'éradication de la maladie?
D'autres médicaments, à venir dans les prochaines années, pourraient même frôler les 100% d'efficacité et être également actifs contre d'autres souches que le génotype 1, explique Stanislas Pol. «Nous sommes au début d'une histoire: notre avenir, c'est l'éradication de la maladie», espère l'hépatologue. C'est le cas pour la molécule BMS-790052 (NS5A) comme le suggèrent les données préliminaires d'une étude menée chez le patient infecté par le virus de l'hépatite C non traité. Ces résultats très encourageants ont été présentés à la conférence de l'European Association for the Study of the Liver qui s'est réunie à Berlin cette année. Ce médicament possède une activité antivirale supérieure à celle des inhibiteurs de protéase. Plus de 80% des patients traités en association avec le traitement classique (interféron pégylé et ribavirine) avaient une charge virale indétectable dès la quatrième semaine de traitement.
Plus d'infos
Hépatites Info Service a été créée en 2000 à l'initiative de Sida Info Service pour répondre, gratuitement et anonymement, à toutes les questions sur la maladie et les droits des malades. N° Vert (gratuit): 0800 845 800. www.hepatites-info-service.org
SOS Hépatites, association d'information et de soutien aux personnes atteintes d'hépatite. www.soshepatites.org, www.hepbinfo.fr
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