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SANTÉ
3 femmes, 3 ministres
11 Juin 2009 par Fabienne Attali et Olivier Mariotte
La santé serait-elle une affaire de femmes ? De tout temps, elles ont joué un rôle capital au sein de la famille. Il ne fait aucun doute que s'il existe, un jour, une véritable politique de prévention, c'est aux femmes que nous la devrons. Élisabeth Hubert et Michèle Barzach ont été ministres de la Santé en leur temps et sont toujours présentes dans le combat sanitaire. Quant à Roselyne Bachelot-Narquin, elle occupe aujourd'hui la fonction. Nous les avons rencontrées.
REFONDRE LE SYSTEME DE SANTE

Pause Santé : Comment vivez-vous les oppositions actuelles à votre loi ?
Roselyne Bachelot-Narquin : J'ai eu l'occasion de m'en expliquer avec les médecins récemment. Je crois qu'il y a beaucoup d'incompréhensions réciproques et de craintes infondées. Nous devons nous parler encore plus, définir ensemble l'avenir du système de santé. Je ne peux pas accepter que l'on considère que cette loi tue l'hôpital public alors que celui-ci va mourir si nous n'agissons pas. Les médecins pensent qu'ils perdent du pouvoir sur les décisions prises à l'hôpital. Tout au contraire, je veux les associer à la gouvernance au travers de leur participation (vice-présidence) au directoire des établissements. Cette loi a été élaborée sur la base d'un travail de concertation sans précédent, des centaines d'acteurs hospitaliers ont été entendus. Ce sont leurs propositions qui ont été reprises dans la loi.
PS : On vous accuse de vouloir fermer des services ? Des hôpitaux ?
RB-N : Au contraire, ma réforme vise à donner aux régions la possibilité de gérer au mieux les problèmes de santé ! Ce n'est pas en laissant à Paris le pouvoir de décider ce qui est bon pour Châtillon-sur-Seine que l'on va améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens, ni rendre les professionnels de santé et les patients responsables ! De plus, il faut sortir de l'opposition entre proximité et qualité : mieux vaut parcourir
PS : Mais alors, si tout se décide en région, que va-t-on faire des politiques nationales, comme le Plan Cancer ?
RB-N : Les orientations décidées par le gouvernement ou le président de
PS : Il faut donc plus d'argent pour la santé ?
RB-N : Personnellement, je pense que ce n'est pas contradictoire avec le fait de mieux utiliser l'argent que nous avons. Et surtout, il ne faut pas que nos concitoyens l'ignorent : si l'on demande plus d'argent pour la santé, il faudra augmenter les cotisations sociales ou prélever davantage sur les salaires et les revenus des ménages. C'est un choix politique qui nous concerne tous.
PS : Tout un volant du projet de loi est consacré aux addictions. Pourquoi avoir autorisé la publicité pour l'alcool sur Internet alors que vous avez pris des mesures pour interdire la vente d'alcool aux mineurs ?
RB-N : Quand Claude Evin a fait voter sa loi, à laquelle je souscris et que je défends, Internet n'existait pratiquement pas. Compte tenu du développement de ce média, il fallait légiférer. La publicité sera très encadrée, très réglementée et fera l'objet d'une surveillance étroite.
PS : Et pour le tabac ? Il semble que la consommation n'ait pas baissé malgré toutes les mesures d'interdiction de fumer dans les lieux publics.
RB-N : Je ne suis pas d'accord. Sur les enquêtes que nous avons réalisées, on constate une baisse de la consommation. Une chose est certaine, la mesure est très respectée et le tabagisme passif a reculé d'autant !
PS : Les jeux en ligne vont être autorisés. Pensez-vous les réglementer ?
RB-N : L'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) a reçu comme mission de travailler sur les «addictions sans substance» (à l'inverse de l'alcool, du tabac, du cannabis et de l'héroïne par exemple). Un site et un numéro vert seront bientôt opérationnels. Nous allons créer Addictions Info Service sur le modèle de Tabac ou Hépatites Info Service.
PS : Justement, le plan de lutte 2009-2012 contre les hépatites souligne l'importance de rétablir la confiance dans la vaccination contre l'hépatite B. Pourquoi alors, réserver la campagne d'information aux seuls professionnels de santé comme l'a annoncé Didier Houssin, le directeur général de
RB-N : Je suis pleinement d'accord avec Didier Houssin. C'est la confiance des médecins qu'il faut retrouver puisque ce sont eux qui recommandent le vaccin et répondent aux questions que se posent les patients.
PS : Au sein de la famille, c'est le plus souvent sur la femme que reposent les décisions de santé. On pourrait presque en conclure que la santé est une affaire de femme. Est-ce qu'être une femme permet d'être un meilleur ministre de
RB-N : Ce qui change surtout les choses, c'est d'être une professionnelle de santé. Mais je vous l'avoue, je reçois tous les jours des organisations syndicales ou ordinales et il n'y a pas une femme à leur tête ! Il n'est que justice que la ministre soit une femme.
Interview réalisée le 26 mars 2009.
Docteur en pharmacie, Roselyne Bachelot-Narquin est ministre de
FAIRE DU DOMICILE UN LIEU DE SOIN PRIVILEGIE

Se faire soigner à la maison
Mais, au-delà des aspects budgétaires, l'HAD (Hospitalisation à domicile) est une véritable aspiration sociétale. Les études les plus récentes le confirment ; même très gravement malade, tout patient veut rester près des siens, dans sa maison, pour y être soigné. Les progrès scientifiques l'autorisent et les équipes de soins savent s'organiser de façon très professionnelle pour permettre à chacun de bénéficier de cette qualité de soins. À fin 2009, près de 10 000 places d'HAD seront opérationnelles sur le territoire français. 230 établissements seront fonctionnels et chaque département aura sa structure.L'hôpital comme un ensemble de compétences
Pour autant, tout n'est pas gagné. Il a d'abord fallu changer les mentalités. Avant 1996, l'HAD correspondait aux soins palliatifs, un accompagnement de fin de vie. Depuis, la professionnalisation des équipes et les modifications des mentalités permettent de comprendre l'HAD comme une véritable solution de remplacement à l'hôpital. Elle prend en charge et traite des maladies aussi graves que les cancers ou la sclérose en plaques. Les personnes victimes d'accidents graves peuvent aussi en bénéficier. Dans l'HAD, l'hôpital est compris comme un ensemble de compétences et de services et non pas comme un bâtiment où l'on dispense des soins. Dans un contexte de désertification médicale, l'HAD est une belle opportunité de garantir l'accès de tous à des soins de qualité. Et l'on ne sera pas étonné de s'apercevoir que les médecins libéraux, les pharmaciens et les professions paramédicales jugent très positivement cette activité, si complémentaire de la leur.Médecin, Élisabeth Hubert a été ministre de la Santé en 1995. Elle est aujourd'hui présidente de la FNEHAD.
Les chiffres de l'had
En 2007, on comptait 204 établissements d'hospitalisation à domicile (contre 124 en 2005), 92 ont un statut public, 17 participent au service public hospitalier, 75 ont un statut privé non lucratif et 20 un statut privé lucratif. 70 000 patients ont été pris en charge.
S'ENGAGER POUR LA SANTE DES FEMMES

Anticiper les révolutions des 10 prochaines années
PourDe la pédagogie pour changer les comportements
Michèle Barzach l'affirme : il faudra expliquer aux soignants et aux soignés pourquoi le système est complexe, expliquer comment la santé va évoluer dans les 10-12 prochaines années. Raconter l'avenir, c'est aussi prendre en compte les nouveaux défis médicaux, sociaux, sanitaires et éthiques. « Les lois sur la santé qui se discuteront à l'Assemblée nationale dans les deux prochaines années permettront de tout repenser. La loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires, les révisions des lois Bioéthique et Santé publique, la loi sur le 5e risque (dépendance des personnes handicapées et des personnes âgées) sont autant d'opportunités d'améliorer le système de santé. »Briser les tabous
Demain en effet, les innovations thérapeutiques, la médecine prédictive et la génomique bouleverseront les mentalités. Les médecins risquent d'être dépassés par ces révolutions et il n'est pas sûr qu'ils puissent sereinement expliquer ce qu'elles apportent réellement à des patients de plus en plus informés. « Il faut développer des partenariats entre le public et le privé, réorganiser la recherche. Sur le plan politique, on ne doit pas envisager la santé comme une dépense. Il ne s'agit pas seulement d'un problème d'équilibre budgétaire de la protection sociale. La santé est un investissement. »Michèle Barzach a été ministre de
Fonds mondial
L'association des Amis du fonds mondial Europe oeuvre pour la mobilisation des décideurs, de l'opinion publique et des entreprises en faveur de la lutte contre ces pandémies que sont le sida, la tuberculose et le paludisme.
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