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Photo © Sebastian Kaulitzki/Fotolia ; DR

SANTÉ

Hépatite B L'urgence de la prévention

05 Mai 2009 par Luc Biecq

100 fois plus contagieux que le virus du sida, le virus de l'hépatite B concerne 300 000 personnes en France. L'enquête qui vient d'être réalisée par IPSOS* révèle que 90 % des Français ignorent les modes de transmission de la maladie. Une réalité inquiétante alors qu'il existe un vaccin préventif et des traitements qui stoppent sa progression.

 

Un vaccin efficace à 95 %

En 2005 déjà, le professeur Patrick Marcellin écrivait, en préface de son ouvrage**: «On a trop longtemps considéré – à tort, que l'hépatite B ne menaçait que les groupes à risques: personnels soignants, homosexuels masculins, toxicomanes, populations immigrées.» Trois ans plus tard, en décembre 2008, Sophie, 36 ans, demande ce vaccin à son médecin généraliste. Il la décourage. Selon lui, ce serait une maladie « très rare ». Le geste de prévention serait inutile car Sophie « n'est pas du genre à avoir plein d'amants.» Interloquée, Sophie insiste. Elle sait combien le virus est facilement transmissible : par voie sexuelle, sanguine (par simple contact avec du sang) ou nosocomiale (suite à des soins hospitaliers), de la mère à l'enfant et par simple contact avec des lésions cutanées ou des objets du quotidien partagés. Sophie a dû consulter un autre médecin pour ce vaccin remboursé à 65 %, sans que sa mutuelle ne complète. « Ma mutuelle rembourse les produits pour lentilles de contact, pourquoi pas ce vaccin ? » Éric, 34 ans, aurait dû être vacciné à l'âge où il était au lycée. Il a appris que son hépatite B était devenue chronique il y a quatre ans. « Le traitement à base d'interféron est très lourd. Je ne pensais pas faire partie des 5 à 10 % de personnes chez qui l'hépatite prendrait racine. Un chiffre c'est abstrait, mais vivre avec ce virus, c'est concret et épuisant. »

 

Les médecins font de la résistance

L'enquête Nicolle, réalisée en 2006 auprès du grand public et de médecins libéraux, cherche à établir la perception du risque infectieux. Les résultats font frissonner : 57 % des 1 285 médecins généralistes et 53,5 % des 782 pédiatres interrogés jugent que le risque de contamination par le VHB est « quasi nul » ou « faible ». Anne Gervais, hépatologue, explique que la formation initiale des généralistes ne peut pas tout. « Recevoir une info une fois pour toutes dans sa vie, ce n'est sans doute pas suffisant même si certains réseaux de soins fédérant les généralistes de ville font un excellent travail de formation continue et d'information. » Le vaccin est au calendrier vaccinal de plus de 100 pays, dont la France, ce qui ne le rend pas obligatoire pour autant, il est juste recommandé. Pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes. À Taïwan, l'incidence du cancer du foie a été divisée par deux, dix ans seulement après l'introduction de la vaccination obligatoire chez les nouveaux-nés. En France, si les médecins généralistes devraient être au coeur de la solution, ils sont parfois, et c'est regrettable, au centre du problème.

 

2,5 milliards

de personnes dans le monde seraient touchées par le virus, 370 millions sont des porteurs chroniques et 600 000 en meurent chaque année.

L'hépatite b est responsable de 1 500 décès en France par an.

 

Le plan qui fait débat

Présenté le 24 février 2009, le Plan national de lutte contre les hépatites virales B et C rappelle que 500 000 personnes sont atteintes d'une hépatite B ou C (280 000 pour la B et 221 000 pour la C). Ce plan poursuit celui de 2005, où des mesures avaient été prises « en direction des professionnels de santé, pour sensibiliser à la vaccination les personnes les plus exposées à l'hépatite B. » Vingt millions de personnes ont été vaccinées de 1994 à 1998, la transmission a donc baissé. Aujourd'hui, en France, 29 % seulement des enfants âgés de moins de 2 ans sont vaccinés alors que 97 % des enfants le sont en Espagne, 81 % en Allemagne, 95 % en Italie. De plus, le risque d'être contaminé est trois fois plus élevé chez les personnes vivant en situation de précarité et leur nombre augmente hélas plus que jamais. Le plan 2009-2012 n'évoque pas cette question, il ne prévoit pas non plus de campagne destinée au grand public mais ressasse sa volonté de « renforcer les actions de prévention pour réduire le nombre de nouvelles contaminations évitables » avec « des campagnes différenciées en fonction des destinataires ». Il veut relancer la vaccination «prioritairement» chez les personnes appartenant à des communautés de forte prévalence (migrants, précaires), exposées professionnellement (soignants) et/ou multipartenaires, ainsi que chez les usagers de drogues. Le professeur Marcellin était déjà formel en 2005 : « Vacciner les seuls groupes à risques, professionnels ou non, ne suffit pas à enrayer la maladie. Depuis 1992, l'Organisation mondiale de la santé recommande la vaccination massive contre l'hépatite B des enfants de tous les pays du monde. » Pudiquement, le texte ministériel mentionne des médecins «en attente d'information» sur le vaccin. Anne Gervais tranche dans le vif : « Je suis pour la vaccination obligatoire du nourrisson, comme en Italie. Après tout, c'est de cette façon que nous avons réussi à éradiquer la variole. » Est-ce comparable? « Oui, on a un virus qui a pour hôte l'être humain. En vaccinant tout le monde, comme à Taïwan, nous le supprimerions, même si la prévalence n'est pas la même en France. » Reste le coût du vaccin (partiellement remboursé). Il représente un frein, notamment pour les mamans en situation de précarité sauf si elles consultent dans des PMI (Centre de protection maternelle et infantile).

 

Les modes de transmission

Le virus se transmet par voie sexuelle, sanguine, de la mère à l'enfant  mais aussi par des contacts rapprochés avec des personnes infectées.  Pas de risque avec le baiser ou l'échange de vaisselle, mais il existe avec l'échange de rasoirs, de coupe-ongles ou simplement de brosses à dents.  Le virus peut survivre 7 jours en dehors de l'organisme, ni l'alcool ni l'éther ne le détruisent. À noter que, dans 30 % des cas, le mode de transmission demeure inconnu.

 

Les chemins de l'info

Le Plan Hépatites stipule qu'un document d'information sur l'hépatite B destiné aux médecins « sera élaboré ». Pourquoi ne pas diffuser immédiatement un des documents existants ? Pourquoi ne pas concevoir une version qui s'adresse au plus grand nombre ? Une campagne dans la presse grand public se révèle urgente. « Mais nous vivons dans un pays où le lobby anti-vaccin est puissant », déplore Anne Gervais. Celui-ci trouve, auprès de décideurs politiques, une oreille attentive alors même qu'il est établi par l'Organisation mondiale de la santé que le vaccin ne fait pas courir de risque mais protège d'un virus. « Depuis l'affaire du sang contaminé, les hommes politiques n'osent plus décider quoi que ce soit », souligne l'hépatologue. Le professeur Daniel Floret, président du Comité technique de vaccination, regrette que le retard français « fasse entrer 6 ados sur 10 dans une période de risque, sans protection. Un enfant qui naît aujourd'hui aura une chance sur vingt d'attraper le virus dans sa vie ». Certains de ses contradicteurs pensent que la vaccination systématique des « enfants est aberrante, puisque la maladie se transmet essentiellement par voie sexuelle un enfant ne court aucun risque» ! C'est faux. Comme le souligne le professeur Stanislas Pol dans une interview accordée au journal Le Monde en octobre 2008 : « La contamination de l'enfant n'est pas liée à son comportement, mais à la promiscuité avec des enfants pouvant être porteurs de ce virus. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait des contacts sexuels. »

* Connaissance et perception de l'hépatite B, Ipsos pour SOS hépatites et Bristol Myers Squibb (mars 2009).
** Cent questions sur l'hépatite B, professeur Patrick Marcellin Thomas Laurenceau, éditions Frison-Roche.

 

Hépatite C les usagers de drogue donnent de la voix

Trois associations, Aides, Asud et l'AFR, contestent la frilosité du Plan Hépatites 2009-2012. Selon eux, les propositions des intervenants en toxicomanie ont été ignorées. Ils réclament l'accompagnement des personnes dans leurs pratiques d'injection, l'extension à tout le territoire de programmes de réduction des risques, la mise en place de structures d'hébergement et de soins adaptées. Stéphane vit avec une hépatite C chronique. Selon lui, il faut aller encore plus loin. «L'hépatite C peut être transmise lors de l'utilisation d'une même paille. Des campagnes à destination du grand public sont nécessaires, et ce dès le lycée, pour l'informer des risques encourus.»

 

Quand faut-il se faire dépister ?

Le dépistage est obligatoire en France pour les femmes enceintes, néanmoins il semble que la mesure ne soit pas complètement suivie. Une étude montre que, dans le Limousin, ce dépistage n'était réalisé que dans 74 % des cas en 1999 et que sur les 5 nouveaux-nés de femmes dépistées porteuses de l'antigène HBs, 2 n'avaient pas bénéficié d'une vaccination ou d'une sérovaccination.

 

10 bonnes raisons de vous faire dépister

  • J'ai été transfusé avant 1992.
  • J'ai pris des drogues, partagé du matériel d'injection ou de snif  (cuillère, coton, paille).
  • J'ai été il y a longtemps opéré ou hospitalisé.
  • Ma mère est porteuse du virus de l'hépatite B.
  • Mon partenaire ou un de ses proches est porteur du virus.
  • J'ai eu des relations sexuelles non protégées.
  • J'ai fait de l'acupuncture, des tatouages, un piercing.
  • J'ai été incarcéré.
  • J'ai vécu dans un pays d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient  ou en Amérique du Sud.
  • J'ai exercé ou j'exerce une profession à risques d'exposition au sang (infirmière, médecin).

 

Où se faire dépister ?

Une simple analyse de sang permet de savoir si vous êtes porteur du virus, votre médecin peut vous la prescrire mais il existe dans toute la France des centres de dépistage anonymes et gratuits, les CDAG (la liste est disponible sur www.sida-info-service.org).

 

Suis-je dans un groupe à risques ?

« Pour l'hépatite B comme pour le sida, la notion de ‘groupes à risques' est délicate. Elle sous-entend a contrario qu'il existe une population ‘sans risques', laquelle ne serait pas concernée par la maladie. C'est faux », explique le professeur Patrick Marcellin. Au sujet des contaminations par voie sexuelle, il faut compter sur sa propre vigilance et se faire vacciner. Postuler sur la fidélité de son partenaire est un risque qu'il ne faut pas courir.

 

Pour en savoir plus

 

 

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