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Photo © Stéphane de Bourgies
SANTÉ
Sous le signe du cancer
23 Janvier 2009 par Juliette Dubar
Même si l'on connaît tous autour de soi une personne touchée par la maladie, lorsqu'elle vous frappe, le chagrin est unique et la nouvelle bouleversante.
« Un bonheur par jour me suffit. Je le choisis au petit matin, avant d'ouvrir mes paupières sans cils. »
J'ai été frappée de plein fouet un certain jour d'été.
Mes projets sont tombés en chute libre. Depuis, je vis entre parenthèses. Quand la Bourse guette les fluctuations du CAC 40, je surveille la courbe de mes marqueurs et m'habitue à d'autres vocabulaires. Mon agenda était zébré de déjeuners-copains, adresses de bistrots, rendez-vous futiles et délicieux. Mon emploi du temps change de protocole alternant prises de sang, consultations et chimio. Je découvre les dommages collatéraux : une épilation complète que les fashionistas m'envieraient, le regard ahuri des sans-sourcils et une alopécie qui fait peut-être rêver les fans de Barthez mais pas les femmes… N'en déplaise à mon entourage qui me dit battante, je n'ai aucun courage et je n'ai jamais cherché ce type d'héroïsme. Je subis. Cachant parfois mes yeux rougis. De plus, ce look traqué de corps amaigri, crâne rasé, évoque de trop funestes clichés pour ne pas relativiser mon passage à vide. Depuis que mon demain s'écrit en « peut-être », je me moque bien des paillettes…D'ailleurs, est-il vraiment « à vide » ce passage à l'essentiel ?
Le drame d'un ongle cassé me fait désormais sourire. Un bonheur par jour me suffit ; je le choisis au petit matin, avant d'ouvrir mes paupières sans cils. La chimio décape aussi le coeur et cette pudeur qui étouffe l'affection derrière les non-dits. Du fond de mon lit, j'ai tout mon temps pour chercher un sens à l'épreuve. Apaisée avant même d'être cicatrisée, je découvre que ma douleur n'est « que » physique quand d'autres souffrent de la trahison ou de la perte d'un être cher et je mesure le privilège d'une maladie bien plus entourée qu'un sida discriminatoire ou un alcoolisme honteux.J'ai trop d'amour autour de moi pour décevoir ou semer l'angoisse.
Pour eux, je surmonterai les maux de ventre qui rétrécissent l'horizon autour de mon nombril. J'accepterai ce champ de bataille intérieur qui veut qu'on traite mes tumeurs à coups de récurrentes giclées de « poison ». Je tairai ce Titanic abdominal qui me laisse si nauséeuse. Le matin, je m'enturbanne le crâne. J'annonce la couleur. Bonjour foulards, bonjour madras… J'ai balancé masques capillaires et shampoings parce que je ne les vaux plus. Anticipant les sournoiseries de la vieillesse, j'apprends l'humilité des trop vite fatiguées. Le téléphone de mes amis m'apporte l'écho assourdi de leurs trépidations. La Sécu m'a promis une prise en charge jusqu'en juin 2013… C'est vous dire si je prends mon mal en patience. Il n'empêche, quand on me demande quel cadeau me ferait plaisir, je réponds désormais : la santé !Carnet d'adresses
Ligue nationale contre le cancer
0810 111 101
www.ligue-cancer.net
Institut national du cancer
0810 810 821
www.e-cancer.fr
Le blog de Sophie Kune
www.femmesavanttout.typepad.fr
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