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SOLIDAIRE

Femmes en prison

30 Juin 2010 par Marie-Christine Deprund

Parce qu'elles sont minoritaires en prison, les femmes souffrent davantage. Elles manquent de moyens pour entretenir leur santé. Des ex-détenues, des médecins et des visiteuses de prison ont accepté de témoigner.

 

Une petite place dans les prisons d'hommes


Où vont les femmes condamnées à des peines d'emprisonnement ? Le plus souvent dans des prisons d'hommes. Rien d'étonnant, ils sont la majorité, les femmes ne représentant, dans les pays d'Europe, que 4 % des détenus. Elles souffrent donc relativement moins de la surpopulation qui mine les prisonniers masculins. Mais leurs conditions de vie sont difficiles pour d'autres raisons. En France, les 2 070 femmes détenues sont réparties dans 63 établissements pénitentiaires, dont trois seulement ont été prévus pour elles. Occupant des espaces réquisitionnés sur les bâtiments des hommes, et étant entendu qu'hommes et femmes ne doivent jamais se croiser, elles ne disposent souvent que d'une minuscule cour pour les promenades, n'ont pas de gymnase, manquent d'ateliers où elles pourraient se retrouver et travailler. Un confinement qui se répercute sur leur santé physique et morale.

Des femmes qui ont besoin de soins


Souvent en rupture de ban avec leur famille, ces femmes ont presque toujours été victimes de violences, d'abus sexuels ou de prostitution. «Elles arrivent dans un état lamentable. La plupart n'ont jamais vu un gynécologue de leur vie, un ophtalmo c'est rarissime. Alors, ici, nous sommes contentes de trouver des médecins qui se battent pour nous», explique Josiane, une ancienne détenue au centre de Bapaume dans le Pas-de-Calais. Le docteur Catherine Fac, médecin-chef à la prison de Fresnes, témoigne : «À Fresnes, beaucoup de jeunes femmes sont étrangères. Elles ont été arrêtées à l'aéroport d'Orly pour transport de drogues, un ultime moyen, pensent-elles, de s'en sortir. Certaines sont enceintes, les passeurs les utilisent parce qu'elles sont censées être moins contrôlées. Je n'ai jamais entendu une de ces femmes refuser le rendez-vous médical, et pourtant elles en ont le droit, les examens et les dépistages n'étant pas obligatoires.» La consultation d'entrée comprend un examen général bien sûr mais aussi, si la femme le souhaite, la prescription d'une radio pulmonaire et un examen gynécologique. La tuberculose est rare mais les problèmes gynécologiques nombreux. Tous les dépistages sont proposés : frottis, mammographie, test de dépistage du VIH. D'après les études périodiques du ministère de la Santé, il semble que le taux de femmes séropositives en prison baisse (environ 1 % des détenues). Pourtant, il reste bien supérieur à celui des hommes incarcérés et trois à quatre fois supérieur à celui enregistré au sein de la population libre. «D'autres MST sont à la fois plus fréquentes et moins connues comme les chlamydiae. Or si ces germes ne sont pas traités, ils peuvent être cause de stérilité», ajoute le docteur Fac. En prison, tous les soins et les traitements sont gratuits. «Si bien que la détention est souvent une occasion de s'occuper enfin d'elles-mêmes» continue le Docteur Fac. Les grossesses sont suivies, sans doute mieux qu'elles ne l'auraient été à l'extérieur. Et «même si la nourriture est critiquée, les repas sont servis trois fois par jour. Une occasion pour bien des femmes de se remplumer, quand l'absence de moyens à l'extérieur les avait amaigries», souligne Marie-Paule Haynaud, présidente de l'Association nationale des visiteurs de prison.

Soins et médicaments, une longue attente


Le problème est différent quand les femmes sont condamnées à de longues peines. Josiane est entrée en détention dans un fauteuil roulant, sa prothèse de hanche ayant cédé quelques jours avant sa mise sous écrou. «Rien n'est fait en prison pour les handicapées, tout est un problème : la toilette, les déplacements, monter des escaliers.» En prison, c'est la croix et la bannière pour obtenir un lit médicalisé, il n'y a pas de médicaments ou si peu. Rien n'entre ni ne sort sans d'interminables formulaires à remplir, des demandes à faire passer de surveillante en infirmière. Pas de trousse d'urgence en cellule, les traitements sont distribués au jour le jour, parfois avalés devant une surveillante ou l'infirmière. Rares sont celles qui reçoivent leur traitement pour une semaine ou plus. «Certaines tenteraient de garder des médicaments pour éventuellement mettre fin à leurs jours, d'autres essaient de les monnayer contre des services ou de la nourriture. Les toxicomanes sont nombreuses», explique Josiane. Même obtenir un cachet contre la migraine nécessite des demandes réitérées. «La pharmacie d'une maison d'arrêt ne contient que des médicaments courants, de l'aspirine, quelques pommades, rien de bien efficace. Les autres médicaments doivent être commandés à la pharmacie centrale. On doit être accompagnée pour aller chez le dentiste, faire une radio. Cela prend des jours, des semaines. C'est l'attente qui ronge», se souvient-elle.

Des consultations sous haute surveillance


Quant à la consultation en externe, une fois acceptée, elle est l'objet des plus grandes précautions de la part des autorités pénitencières afin de prévenir toute tentative d'évasion. La détenue attend (encore) une escorte, jusqu'au moment où on la prévient subitement que le fourgon l'attend. Le départ est alors immédiat. «Parfois on est encore en pyjama», précise Josiane. Une fois à l'hôpital, la consultation a lieu sous haute surveillance. «C'est au médecin de demander que l'on enlève les menottes pour examiner la patiente. S'il ne le demande pas, le règlement s'applique», souligne le docteur Fac. D'où ces faits divers choquants de femmes accouchant menottées à la table de travail. Une situation que l'on rencontre encore parfois, malgré les nouvelles recommandations du ministère de la Justice, et surtout malgré son absurdité évidente. En France, chaque année, une cinquantaine d'enfants naissent de femmes incarcérées. Ils pourront rester avec leur mère jusqu'à l'âge de 18 mois. La maternité est toujours une parenthèse d'équilibre et de joies dans la vie d'une femme en prison.

Le manque de soutien psychologique


Mis à part cet oasis, entre les quatre murs de la chambre, la santé se dégrade inexorablement. «Le plus difficile, c'est de dormir. Il y a les cris, l'angoisse, la culpabilité. On pense à ses enfants, on s'inquiète pour eux», confie Josiane. Les femmes sont en effet souvent le seul soutien de familles (alors que les hommes laissent une femme, une mère ou une grand-mère qui prend soin de leurs enfants). Et malgré cette situation, elles reçoivent moins de soutien de leurs proches que les hommes car elles sont isolées socialement ou étrangères. Plus de la moitié des détenues de la prison de Joux-la-Ville, par exemple, ne reçoivent jamais de visites au parloir. Pas de courrier non plus, ni d'argent pour améliorer l'ordinaire. Cette absence de liens rend plus difficiles les possibilités d'hébergement, donc les permissions de sortie. Résultat : elles souffrent plus que les hommes de dépression et de troubles psychiques graves. Il faut des somnifères, des anxiolytiques, des antidépresseurs pour combler le vide. «Certaines se plaignent que l'on en prescrit trop, d'autres pas assez. Mais d'après mon expérience, beaucoup d'entre elles, notamment celles qui effectuent de longues peines (meurtres intra-familiaux ou infanticides), auraient besoin d'entretiens psychologiques car elles cherchent à comprendre. Nous, tout ce que nous pouvons leur apporter, ce sont des visites et une qualité d'écoute», explique Marie-Paule. La plupart en ont un besoin vital. Les faibles possibilités de faire du sport ou de se réunir en atelier minent la santé des femmes, les condamnent à des attitudes boulimiques, anorexiques, violentes et dépressives qui aggravent encore leur condition physique. «Je suis entrée à ce poste pour quelques semaines et finalement je suis restée. Je travaille en milieu carcéral depuis plus de 20 ans, parce qu'ici on se sent vraiment utile pour des gens qui, eux aussi, nous apportent beaucoup», conclut le docteur Fac. Véronique Vasseur qui attira l'attention sur l'état des prisons va plus loin. «Pendant mes huit années passées à la Santé, j'ai été frappée de voir, à part quelques exceptions, une population marginale, pauvre, souvent sans accès aux soins, profitant de son séjour carcéral pour se faire soigner. L'enfermement deviendrait-il le mode de traitement de la pauvreté ?» s'interrogeait-elle. Depuis les témoignages n'ont pas changé.

Sources
• Rapport d'observation sur les conditions de détention des femmes dans seize pays d'Europe, juillet 2001, prisons.de.femmes.free.fr.
• Bulletin de l'Organisation mondiale de la santé, avril 2009, sur l'état de santé des femmes en prison.
• Santé des femmes à leur entrée en prison, rapport du ministère de la Santé, www.sante.gouv.fr.
• Rapport sur les conditions de détention des femmes, Assemblée nationale, 8 septembre 2009.
• Médecin-chef à la prison de la Santé par Véronique Vasseur, Le Livre de Poche.


Crédits et légendes photo :
Religieuse, galerie de cellules à 1 lit, prison de Saint-Lazare, Faubourg Saint-Denis, Paris juin 1888. © Pierre Emonts /Musée Carnavalet / Roger-Viollet.
Bureau pour la location de télévisions vu d'une coursive, maison d'arrêt de La Santé, Paris avril 2009. © Jacqueline Salmon.
Visite médicale à l'infirmerie, prison Saint-Lazare, Paris entre 1929 et 1931. © Henri Manuel / ENAP-CRHCP.
Nurserie dans le quartier des femmes de la prison de Fleury-Merogis. Les mamans ont la possibilité de garder leur enfant jusqu'à l'âge de 18 mois. © COUTIER BRUNO/SIPA


«L'impossible photographie, prisons parisiennes»


Le musée Carnavalet présente une exposition de 340 photographies réalisées dans les prisons parisiennes (La Force, La Grande et la Petite Roquette, l'Hôtel des Haricots…) de 1851 à nos jours. Ce corpus, inédit, est accompagné de textes et de films d'archives. Des rendez-vous gratuits sont également organisés dans le cadre de l'exposition : nuit des musées le 15 mai, parcours nomades du 3e arrondissement du 28 au 30 mai et un parcours en toutes lettres en juin.
Musée Carnavalet - 23, rue Sévigné, Paris 3e. Tél. : 01 44 59 58 58
Programme complet sur www.carnavalet.paris.fr Jusqu'au 4 juillet, du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures, 7 €.


Comment les aider ?


Il est impossible de faire des dons à des personnes incarcérées : ni monture de lunettes, ni médicaments, ni aucune sorte de matériel médical ne peuvent entrer dans les centres de détention. En revanche, l'Association nationale des visiteurs de prison a besoin de bénévoles. Un entretien est requis et une formation est donnée par l'association. Il est nécessaire de suivre une charte de déontologie et d'effectuer, avec succès, une période probatoire. Il faut ensuite accepter de rendre visite régulièrement à une ou plusieurs détenues qui ont demandé cette aide.
Pour en savoir plus : rendez-vous sur le site www.anvp.org, puis «devenir-visiteuse-ou-visiteur-de-prison».


Des chiffres pour mieux comprendre


En France
• 63 établissements pénitentiaires sur 186 accueillent des femmes. Trois établissements seulement accueillent les femmes condamnées à des moyennes ou longues peines. Ils sont situés dans la moitié nord du pays : Rennes, Bapaume et Joux-la-Ville. Ce qui pose un problème de visite aux familles vivant dans le Sud.
• 39 % des détenues sont incarcérées dans des établissements accueillant moins de 50 femmes, 22 % dans des prisons qui accueillent entre 50 et 100 femmes et 36 % dans des établissements recevant entre 100 à 350 détenues.
En Angleterre et au pays de Galles
90 % des femmes incarcérées présentent des troubles psychologiques, sont toxicomanes, ou les deux à la fois.


L'actu


En visite à la prison de Bois-d'Arcy le 19 avril 2010, Roselyne Bachelot et Michelle Alliot-Marie ont annoncé la mise en place prochaine d'un plan d'action ambitieux sur la prise en charge sanitaire des détenus.

 

 

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