Accueil du site > Solidaire agir > L'entreprise solidaire

Photo © Fondation de France/ Alain Pinoge
SOLIDAIRE
L'entreprise solidaire
15 Décembre 2011 par Édouard de Hennezel
Depuis quelques années, face à la réduction des dépenses publiques et à l'accroissement des inégalités sociales, des «entrepreneurs sociaux» font la démonstration qu'il est possible de concilier performance économique et utilité sociale. Décryptage d'un nouvel esprit entrepreneurial.
Entrepreneurs à part entière, ils sont de plus en plus nombreux à être animés par le désir d'améliorer concrètement et durablement la vie des autres. Quel que soit leur secteur d'activité (santé, logement, éducation, environnement), ils cherchent à asseoir un modèle économique solide en générant leurs propres revenus ou en diversifiant leurs sources de financement. Mais pour eux, dégager des bénéfices n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de créer de la «valeur sociale». Ensemble, ils s'attachent à prouver que la solidarité peut être un facteur de développement économique.
Innover socialement
Trouver une solution durable à un problème auquel ni l'État ni l'économie de marché ne sait répondre, c'est toute l'ambition de l'entrepreneur social. Cela peut passer par une entreprise de réinsertion, la création de logements sociaux écologiques, un cabinet de recrutement dédié aux jeunes diplômés des quartiers défavorisés… Cela peut également passer par un service de prévention pour personnes âgées en matière de santé. Sensibilisés à cette question, Jean-Michel Ricard et Jean-Daniel Muller, co-fondateurs de Siel Bleu, n'attendent pas pour agir. À peine sortis de la faculté de sport en 1997, ils créent une association dont le but est d'aider les personnes vieillissantes à rester autonomes grâce à une activité physique adaptée. Encouragés par d'excellents résultats, ils sillonnent la France pour convaincre d'éventuels prescripteurs de l'utilité de leur démarche. «Un euro investi en prévention, c'est entre quatre et six euros économisés», rappelle Jean-Michel Ricard. Leur volonté est aussi de rendre leurs services accessibles à tous, même aux plus démunis. Aujourd'hui, Siel bleu compte 280 salariés et travaille en partenariat avec l'Assurance maladie, des mutuelles ou des caisses de retraites. Présentes en France, avec des antennes en Belgique, en Irlande et en Espagne, ses équipes interviennent auprès de 60 000 personnes par semaine, en institution ou à domicile. Pour Albane, responsable Animation et Vie Sociale chez Medica France, un groupe privé d'établissements spécialisés, l'apport de Siel Bleu va bien au-delà du simple maintien de l'autonomie: «Il favorise aussi le lien social et stimule la fonction cognitive de nos résidents qui retrouvent confiance en eux. Après une séance, ils sont plus enjoués, plus dynamiques.» Mais pour en arriver là, l'entreprise a dû, en 2006, réfléchir à un nouveau modèle économique. L'enjeu était de continuer à garantir l'accessibilité financière au plus grand nombre. «Nous nous sommes dit que l'activité physique adaptée pouvait être utile à de nouveaux publics ayant les moyens de payer le vrai prix, et même un peu plus», explique Jean-Michel Ricard. C'est ainsi qu'est née GPS Santé, une société commerciale destinée à réaliser des bénéfices en proposant aux entreprises des programmes de prévention santé pour leurs salariés. De quoi permettre à son actionnaire unique – le groupe associatif Siel Bleu – de poursuivre sa mission d'intérêt général dans les meilleures conditions et d'améliorer la qualité de ses programmes. Le groupe consacre en effet 3% de son chiffre d'affaires en recherche et développement. Jean-Daniel Muller a même fait encadrer l'échelle des salaires de 1 à 2,5. Testé au sein d'une agence en charge des colis à la Poste, leur programme (un échauffement quotidien) a remporté un vif succès. Il est désormais étendu à toutes les agences Coliposte en France. «Ce programme fait baisser notre taux d'accidents du travail et renforce l'esprit d'équipe», assure Inanna Martin, directrice des relations corporate de Geopost.S'ouvrir aux autres
Décomplexés et ouverts d'esprit, les entrepreneurs sociaux se refusent à entretenir le clivage persistant entre économie de marché et économie sociale. Ils n'hésitent donc pas à nouer des partenariats avec les grandes entreprises. Ces dernières perçoivent d'ailleurs bien l'intérêt qu'elles ont à s'associer à de telles initiatives dans le cadre de leur responsabilité sociale. Ainsi l'entreprise Danone s'est-elle rapprochée de Siel Bleu. «Bien manger» et «bien bouger» ne vont-ils pas de pair ?
Un mouvement qui prend beaucoup d'ampleur
L'entrepreneuriat social séduit de plus en plus de jeunes étudiants désireux de donner du sens à leur travail. L'Essec, qui a été la première business school à créer une chaire « entrepreneuriat social », vient d'ouvrir l'Institut de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social (IIES). Pour Tarik Ghezali, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves), « si les écoles de commerce proposent de plus en plus de cursus autour de l'économie sociale et solidaire, ce n'est pas par altruisme, mais bien parce qu'il y a une forte demande ». Fondé en 2010, le Mouves (www.mouves.org) milite entre autres pour la création d'un label « entreprise sociale ». Sur le plan européen, le Single Market Act (plan de relance européen) a fait de l'entrepreneuriat social une de ses 12 priorités. Des mesures concrètes, telles que la création d'un nouveau statut pour un fonds d'investissement solidaire, une bourse dédiée ou encore une banque sociale européenne, sont aujourd'hui à l'étude.
Partager
| | Ce site respecte les principes de la charte HONcode. Vérifiez ici. |
- Les étudiants recalés des soins
- Commerce équitable le second souffle
- Handicap, le temps de l'engagement
- Un thé vert avec... Véronique Zimeray
- Merci
- Des vacances pour tous
- Femmes en prison
- Une nuit avec les sans-abri
- Satya Oblette crée une fondation
- Quand les médecins refusent de soigner
- Agir contre l'illettrisme
- Agir contre les préjugés
- 21