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Photo © Médiapart/collectif Les morts de la rue

SOLIDAIRE

Une personne vit dans la rue en bas de chez moi

10 Mars 2009 par Le collectif Les morts de la rue

Cet appel du collectif Les morts de la rue, nous avons décidé de le relayer et de leur ouvrir nos colonnes.

 

Qui sont « les morts de la rue » ?

Ce sont des personnes qui sont mortes prématurément parce qu'elles ont vécu dans la rue. Elles avaient 48 ans en moyenne en 2008. Elles vivaient à la rue depuis plus ou moins longtemps. La moitié au moins de ces personnes sont mortes dehors ou dans un abri précaire, les autres dans un hébergement, une chambre d'hôtel, à l'hôpital. Fragilisées par une catastrophe personnelle (perte d'un être cher, d'un métier, ruptures), elles se sont un jour retrouvées dehors. « SDF » ne veut pas dire grand-chose : quel rapport entre un jeune en fugue, un sans-papiers de 50 ans, un alcoolique chronique, un malade mental ou un «clochard» invétéré ? Ils méritent une aide différenciée. Ce ne sont pas seulement des gens « sans » (famille, toit, papiers, argent) mais des gens «avec» un nom, des défauts, des qualités, un parcours. Ils ont eu un métier, un appartement, des amis, des amours. La rue les a nivelés. Plus ou moins détruits, la plupart ne pensaient qu'à en sortir. Faute de statistiques, nul ne sait le nombre des morts ni même des vivants. Nous apprenons plus de 300 décès par an dont 379 pour 2008.

 

 

De quoi sont-ils morts ?

La rue est un lieu à risque. Plus de la moitié des décès ont une cause violente (assassinés, brûlés vifs, noyés, écrasés). Le suicide existe aussi dans la rue, mais on ignore souvent, faute d'enquête véritable, s'il s'agit bien d'un suicide, ou s'il s'agit d'un meurtre, d'un accident. Un tiers des décès dont nous connaissons les causes ont été des morts naturelles soudaines, épilepsie, arrêt cardiaque, rupture d'anévrisme, les décès lors des grands froids ou des canicules restant minoritaires. Un quart des sans-abris sont morts à l'hôpital à la suite de longues maladies. L'épuisement tue aussi. Mais également et surtout la perte du lien social, le sentiment d'être inutile, de ne pas exister.

 

Que faire ?

C'est un problème national, une maladie sociale, et il existe autant de cas que de personnes. Une société se juge à la manière dont elle fait place aux plus vulnérables et dont elle les accompagne. Le tabou de la mort à l'époque moderne autant que le rouleau compresseur de la société tendraient à escamoter ces morts. C'est pourquoi le collectif Les morts de la rue oeuvre depuis 7 ans pour reconnaître à ces morts leur dignité en faisant part de leurs noms, en assistant à leurs funérailles, en les honorant lors de célébrations collectives, en soutenant leurs proches. Ces morts constituent la partie la plus visible de l'injustice sociale et de la grande exclusion. En particulier elles sont un révélateur du retard pris en France pour le logement social. On a vu pourtant cet hiver l'émotion soulevée dans l'opinion par les morts spectaculaires du Bois de Vincennes. Les pouvoirs publics tardent à prendre à bras-le-corps ce problème. Mais pendant la crise sociale qui s'annonce, notre rôle sera de rappeler l'existence des plus pauvres, jusque dans nos quartiers.

 

3 questions à Michael Hadjdenberg,

journaliste à Médiapart 

Pause Santé : Vous avez publié le 22 décembre 2008 une carte de France qui recense le nombre de personnes mortes dans la rue. Elle est remise à jour chaque semaine. Pourquoi ?
Michael Hadjdenberg : Simplement parce qu'aujourd'hui en France, un des pays les plus riches du monde, une personne meurt tous les jours sur les trottoirs et que cette situation nous apparaît intolérable. Tous les ans, en hiver, les politiques et les médias se saisissent de la situation des sans-abris sans que vraiment la situation ne change. D'hébergement dans les gymnases en plan d'urgence, année après année, la rue continue de tuer sans que l'on connaisse d'ailleurs le nombre exact de victimes. Depuis le début de l'année, on comptabilise 379 décès. De toute évidence, nous sommes en dessous de la réalité. Nous avons proposé au collectif Les morts de la rue un partenariat pour dénoncer ce laisser-faire. On ne meurt pas seulement en hiver et la situation ne peut pas être traitée ponctuellement. Il est impossible de prétendre (comme on peut l'entendre en ce moment) que certaines personnes ont délibérément fait le choix de l'exclusion et de la pauvreté.

PS : Quelles sont, selon vous, les mesures qui devraient être prises ? Sont-elles concrètement réalisables ?
MH : La création d'hébergements et l'humanisation des lieux existants. L'argent est là, c'est son utilisation qui pose problème. Chaque année 1 milliard d'euros est dépensé par L'État et les collectivités pour loger dans l'urgence des sans-abris à l'hôtel, dans des foyers, des résidences sociales. Sans compter les coûts indirects que représentent pour la société les journées d'hospitalisation et la maladie. La prévention n'est pas un vain mot, il y a des choses à faire pour empêcher ces hommes et ces femmes de se retrouver dehors.

PS : Quelles actions pour Médiapart ?
Aider le collectif et les associations à faire remonter les informations. Nous demandons à toute personne qui, en France, aurait eu connaissance de la mort d'un sans-abri de nous en informer. D'une part pour essayer de cerner la réalité des chiffres, d'autre part pour permettre au collectif de prévenir la famille qui l'a perdu de vue ou d'accompagner jusqu'au cimetière les morts isolés et de les honorer.

propos recueillis par 
sacha vodiannova

 

Paris XIX e

le 19 janvier 

Jacques, 75 ans, est mort près du banc où il vivait depuis quelques mois. Les voisins se réunissent pour lui rendre hommage. Son absence est plus dérangeante encore que sa présence. Et aujourd'hui, ils cherchent comment faire pour que les autres habitants de la rue échappent à cette mort indigne. Qu'aurions-nous pu faire ? Pourquoi refusait-il les solutions d'urgence ? Ne lui aurait-il pas fallu quelque chose de stable, un lieu où se poser ? Où cela aurait-il pu être possible ? Ici, dans le quartier où il a toujours habité… Cette réalité existe partout dans nos villes. Faut-il attendre la mort pour chercher des solutions pérennes ? Serions-nous prêts à accueillir des petites structures, dans notre rue, dans notre immeuble ? C'est en tissant des liens entre nous et avec ceux qui vivent à la rue que nous pourrons peut-être sortir de l'ornière. Nous devons changer de regard, interpeller notre entourage et nos élus.

Plus d'infos sur www.mortsdelarue.org.

 

Appel à témoins

Si vous avez connaissance de la mort d'un sans-abri, écrivez-nous.

  • Par courrier
    Pause Santé
    78, boulevard de la République
    92100 Boulogne-Billancourt.

  • Par mail
    redaction@pausesante.fr
    ou directement à cette adresse :
    mortsdelarue@free.fr
    La carte des Morts de la rue régulièrement mise à jour est consultable sur :
    www.mediapart.fr/club/edition/vivre-a-la-rue-tue
 

 

 

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