L’amour est-il un mensonge ?

Neurobiologiste, Lucy Vincent décrypte dans son nouveau roman* les rouages de l’amour. Autant vous le dire tout de suite, sa vision étonnera les romantiques… Interview.

Pause Santé : Dans votre dernier livre La formule du désir, vous avez utilisé la forme du roman pour développer une thèse : l’amour serait inscrit dans nos gènes pour assurer la perpétuation de l’espèce.
Lucy Vincent : Oui. Les enfants de la Préhistoire avaient beaucoup plus de chance de survivre dans un monde sauvage et dangereux durant les premières années de leur vie s’ils étaient protégés par leurs deux géniteurs. Par les processus de sélection, les enfants de parents amoureux ont survécu et, en se reproduisant à leur tour, ont transmis leurs gènes « de l’amour » aux générations suivantes. Nous, les descendants de ces pionniers préhistoriques, en avons hérité. Il se trouve qu’aujourd’hui les conditions de vie ont changé, un seul parent suffit à assurer la survie de l’enfant, mais notre cerveau, lui, a conservé les réseaux neuronaux de nos ancêtres, car ils sont programmés dans nos gènes. 

PS : Peut-on vraiment réduire aujourd’hui l’amour à ces modifications génétiques ?
LV : Bien sûr que non, il restera toujours une part de mystère, d’imprévu. Parce que l’amour résulte d’un grand ensemble d’indices qui comprend aussi, par exemple, nos souvenirs personnels ou nos valeurs. 

PS : Pourquoi les débuts d’une relation sont-ils toujours idylliques ?
LV : Pendant cette phase d’amour, que j’appelle « biologique » ou «passionnelle», et qui dure entre un an à trois ans, l’activité d’une zone du cerveau (le cortex préfrontal) est modifiée, ce qui suspend notre capacité sociale à juger le partenaire. On le trouve merveilleux, on n’a pas besoin de faire d’efforts ni de compromis. Notre propre cerveau crée cette illusion pour nous faire croire à une cohésion parfaite. 

Le saviez-vous ?

  • L’été, nos corps répondraient à la chaleur et à la lumière par des flux de neurotransmetteurs et une forte circulation d’hormones. Voila pourquoi ils sont souvent « chauds ».
  • Manger du fromage (et rien d’autre) avant de se coucher aurait des vertus aphrodisiaques, grâce au tryptophane qu’il contient : un acide aminé qui élève le taux de sérotonine dans le cerveau. En revanche, le procédé favoriserait également les cauchemars.

 

PS : Force est de constater que cet état de grâce ne dure généralement pas.
LV : En effet. Le partenaire qui semblait si parfait commence à moins nous attirer, voire à nous énerver, on lui découvre des défauts. Les sujets de dispute apparaissent. Dupe des petits arrangements que notre cerveau avait mis en place pour nous faire croire à une relation parfaite, on se met à accuser l’autre d’avoir caché sa vraie nature. 

PS : Sommes-nous condamnés à nous séparer ou à rester ensemble sans s’aimer ?
LV : Non. Une fois la phase d’amour passionnel dépassée, on tente d’en amorcer une autre qui, elle, n’est pas programmée par la biologie : c’est l’amour complice, basé sur l’amitié. Cet amour-là utilise d’autres mécanismes du cerveau, ceux qui nous permettent de créer des liens sociaux. Nombre de facteurs entrent aussi en jeu pour assurer le passage de l’amour passionnel à l’amour complice : l’histoire commune, la sécurité, les intérêts partagés. Sans oublier les relations sexuelles. 

Les mystères de la séduction

Les phéromones, ces substances chimiques volatiles, inodores et invisibles, seraient secrétées par l’organisme pour délivrer des messages : informer les autres sur notre disponibilité sexuelle ou notre humeur. Sans que l’on s’en aperçoive, elles nous indiqueraient quels partenaires nous correspondent.

 

PS : Est-ce que susciter la jalousie de l’autre peut rallumer le désir ?
LV : Il ne s’agit pas exactement de provoquer la jalousie, mais plutôt de maintenir en permanence une semi-menace sans fondement réel. Dans le livre, je dis que les femmes devraient adopter une posture légèrement distante qui les rend désirables. Il faut que leur partenaire ressente qu’elles ne sont pas totalement acquises. 

PS : Dans votre roman, l’héroïne crée des consultations de neuropsychologie de couple. Pensez-vous que la science pourrait, dans la réalité, apporter des solutions aux problèmes de coeur ?
LV : Oui, je suis convaincue qu’il s’agit d’une thérapeutique d’avenir. La science est en train de comprendre le rôle des phéromones, ou encore de découvrir qu’il est possible d’intervenir directement sur certaines zones du cerveau. Quand nous saurons parfaitement les maîtriser, nous pourrons utiliser ces connaissances pour aider les amoureux.

 

* La formule du désir est paru aux éditions Albin Michel. Ses autres ouvrages Comment devient-on amoureux et Petits arrangements avec l’amour, aux éditions Odile Jacob

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