Hépatites B et C : 2 maladies silencieuses

Susceptibles d’évoluer en cirrhose puis en cancer du foie, ces deux maladies concernent près de 900 000 personnes en France. Comment se transmettent-elles? Qui doit se faire dépister ? Quels sont les traitements ?

HEPATITE B

Les modes de transmission

300 000 Français sont concernés par cette maladie (la moitié d’entre eux l’ignore), cent fois plus contagieuse que le sida. Le virus de l’hépatite B (VHB) se transmet par le sang, le sperme, les secrétions vaginales et les contacts rapprochés avec une personne infectée. Pas de risque avec le baiser ni l’utilisation d’une vaisselle commune, mais il existe avec les échanges de rasoir, de coupe-ongles ou simplement de brosses à dents. D’autant plus que le virus peut survivre hors de l’organisme pendant une semaine. Il peut également se transmettre de la mère à l’enfant dès les premières semaines de grossesse ou lors de l’accouchement. C’est pourquoi le dépistage est obligatoire, en France, au 6e mois de grossesse. Malgré cela, on estime  toujours que 20 % des femmes enceintes échappent à ce dépistage et sont susceptibles d’infecter leur bébé. Aujourd’hui, grâce au dépistage systématique des produits sanguins, la contamination par transfusion reste exceptionnelle (1 pour 220 000 transfusions). Acupuncture, mésothérapie, tatouages, piercings, peuvent être aussi à l’origine d’une hépatite B. Il faut donc exiger du matériel jetable, à usage unique.

2 milliards de personnes sont infectées dans le monde et près de 350 millions vivent avec une hépatite chronique.

Pour qui le dépistage ?

Les personnels et professionnels de santé  qui sont en contact avec des malades, les personnes transfusées avant 1971 ou celles qui ont été hospitalisées en soins intensifs, les toxicomanes ou ceux qui ont des partenaires sexuels multiples ne doivent pas hésiter à se faire dépister. Le test est obligatoire pour les donneurs de sang et les femmes enceintes. Il est systématiquement pratiqué depuis 1992, au 6e mois de grossesse. Une mère porteuse du virus B, risque, dans 90 % des cas, de le transmettre au bébé. Celui-ci est donc vacciné dans les heures qui suivent sa naissance. Si la mère a peu de virus dans le sang, elle peut éventuellement allaiter. Certains signes doivent aussi motiver cette démarche : une grande fatigue (surtout si l’on vient d’un pays où il y a beaucoup d’hépatites ou si l’on a eu un comportement à risque), des douleurs articulaires, une jaunisse et a fortiori si l’on vomit du sang, si le ventre gonfle brusquement et si les selles sont noires ou rouges.

Un traitement n’est pas toujours obligatoire

Dans 90 % des cas, l’hépatite B évolue spontanément vers la guérison. Les tests sanguins permettent d’évaluer la charge virale (la quantité de virus circulant dans le sang). Le Fibrotest® est un examen indolore et non invasif qui permet de contrôler l’état du foie. Un autre examen non invasif, le FibroScan®, permet d’évaluer son élasticité. Plus il est dur, plus la fibrose (cicatrice qui apparaît après la destruction de ses cellules) est importante. Ces deux examens permettent d’éviter, dans la plupart des cas, une biopsie mal acceptée par les patients.  À la lecture des résultats, le médecin décide d’un éventuel traitement. Si le foie ne souffre pas et s’il y a peu de virus dans le sang, le traitement n’est pas nécessaire. Dans 10 % des cas, le VHB disparaît même spontanément. C’est le phénomène de séroconversion et, en l’absence de lésions du foie, il suffit de surveiller son évolution. Le traitement est en revanche nécessaire pour les personnes qui poursuivent une conduite à risque, quand il existe une charge virale et/ou des transaminases élevées, une nécrose ou une fibrose hépatique importante.

De nouveaux médicaments

On ne guérit pas d’une hépatite B, mais les traitements empêchent la progression de la maladie. Il en existe 2 sortes. C’est bien évidemment le médecin qui choisit en fonction du profil du patient.
Les interférons sont les plus anciens. Ils permettent une baisse de la charge virale et bloquent ainsi l’évolution de la maladie. Leur forme retard (interféron PEG) est prescrite à raison d’une injection par semaine pendant un à deux ans. Il existe des contre-indications et leur efficacité reste limitée à 30 % des cas. Ils peuvent également provoquer de nombreux effets indésirables (grippe, épuisement, dépression, diminution des globules blancs et rouges…).
On dispose aujourd’hui d’autres antiviraux qui entravent la multiplication du virus en coupant l’enzyme qui leur permet de se développer. Un usage simple, un comprimé par jour, mais vraisemblablement à vie. Heureusement, ils sont très bien tolérés. Jaunisse et signes de fatigue disparaissent, la fibrose du foie cesse de progresser. Ce qui diminue les risques de cancer. Le suivi est très simple. On revoit ensuite son hépatologue tous les 3 à 6 mois pour un dosage du virus dans le sang, un FibroTest® et si nécessaire une biopsie du foie. Il existe plusieurs molécules (lamivudine, adévofir, ténéfovir, entecavir) sur le marché. Les deux dernières sont les antiviraux les plus intéressants compte tenu de leur puissance et de leur faible taux de résistance*.

De nouvelles données sur l’entecavir

Une étude vient d’être présentée au congrès de San Francisco (American association for the study of liver diseases, novembre 2008). Elle fait état de l’absence de résistance à 5 ans chez 57 patients sous entecavir.  Pour 96 % d’entre eux, on observe une nette diminution de l’inflammation qui s’accompagne, pour 88 %, d’une réduction significative de la fibrose. Comme l’indique le professeur Yun-Fan Liaw, Gung university college of medicine, Taipei, Taiwan : « Ces données suggèrent que ce traitement à long terme a le potentiel d’arrêter et de faire régresser certaines des lésions provoquées par l’infection chronique par le virus de l’hépatite B. »

*Chaque personne atteinte d’hépatite B chronique produit chaque jour des milliards de copies du virus. Cependant il arrive que celui-ci mute. Le patient devient alors résistant au traitement.

 

Les chiffres

Selon l’Institut de veille sanitaire, 1 malade sur 2 ignore qu’il est porteur de l’un de ces virus. Des chiffres qui expliquent vraisemblablement la progression de la maladie. 5 à 10 % des hépatites B non traitées deviennent chroniques. Au bout de 20 ans, une cirrhose apparaît dans 20 % des cas, avec son risque de cancer. L’hépatite C devient chronique dans 60 % à 70 % des cas ; 20 à 30 % de ces malades développeront une cirrhose, puis 3 % un cancer.


Hépatite B : Il faut vacciner les nourrissons

C’est bien un débat franco-francais que celui qui oppose depuis de nombreuses années les partisans et les adversaires du vaccin contre l’hépatite B. En 1994, une campagne nationale de vaccination dans les écoles est mise en place, campagne qui sera suspendue en 1998 suite à une rumeur sur un lien possible entre la vaccination et la sclérose en plaques. Force est pourtant de constater que, malgré les études qui innocentent cette vaccination,  la polémique se poursuit. Elle a récemment resurgi suite à une publication dans la revue Neurology.  Selon le professeur Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations : « Sur 628 cas d’hépatites B survenus en France en 2005, la moitié aurait pu être évitée si les recommandations vaccinales avaient été respectées. » Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. On ne peut que regretter que la couverture vaccinale ne soit que de 29  % en France alors qu’elle est de 81 % en Allemagne, de 95 % en Italie et de 97 % en Espagne. Il n’existe plus personne actuellement dans le monde, et pas même en France, qui ait des arguments justifiés et scientifiques pour établir un quelconque rapport entre sclérose en plaques et hépatite B. Cette peur irrationnelle qui entoure les vaccins depuis leur découverte, au XIXe siècle peut avoir des conséquences graves. En 2004, on a assisté en Grande-Bretagne à un quasi-boycott du vaccin contre la rougeole accusé à tort d’être à l’origine de l’autisme. Résultat : une baisse d’immunisation et plusieurs centaines de cas de rougeole supplémentaires. Dans le cas du vaccin contre l’hépatite B, il n’existe pas de SEP (sclérose en plaques) ni de maladies apparentées avant l’âge de 3 ans. Il est donc capital de vacciner tôt les enfants d’autant qu’ils peuvent être contaminés en crèche ou à l’école. En effet, la contamination chez les petits est liée à la promiscuité avec d’autres enfants porteurs du virus. Il est urgent pour les autorités de santé d’adresser à la population des signaux clairs et forts, de diffuser une information nationale en présentant les travaux scientifiques incontestables qui concluent à la reprise de la vaccination chez les nourrissons et les enfants.

Fabienne Attali

>HEPATITE C

1 % de la population française serait porteuse du virus

En France, on estime que 600 000 personnes sont contaminées et 5 000 nouveaux cas apparaissent tous les ans. Les infections sont aujourd’hui essentiellement liées à la toxicomanie par voie intraveineuse. Mais le partage des pailles pour inhaler la cocaïne, la mode des tatouages et des piercings représentent de véritables risques de transmission du virus. Celui-ci n’étant présent qu’à l’état de traces dans le sperme et les sécrétions vaginales, la transmission sexuelle reste faible. Même si l’amour pendant les règles, la sodomie et les rapports qui blessent les muqueuses sont autant de risques. La transmission intra-familiale est exceptionnelle ainsi que celle de la mère à l’enfant.  

Des traitements à la carte

Celui de base repose sur l’association interferon retard (pégylé) et ribavirine. Une injection par semaine pour le premier, un comprimé matin et soir pour le second : l’un sans l’autre, ils sont beaucoup moins efficaces. Effets indésirables avec le premier mais pas avec le second, un simple antiviral. Il existe une demi-douzaine de virus différents d’où la nécessité de traitements sur mesure.

 

Des effets secondaires importants

Tous les traitements de l’hépatite C sont éprouvants : épuisement, maux de tête, nausées, syndrome grippal, douleurs articulaires, baisse des paramètres sanguins, irritabilité voire dépression. Tous exigent une surveillance particulièrement « musclée ». Rebutés, certains patients disent : « Je vais attendre pour me faire soigner.» « Un mauvais calcul, souligne le professeur Thierry Poynard. Si le malade atteint le stade de la pré-cirrhose ou de la cirrhose, il devra prendre l’interféron et la ribavirine sans attendre l’arrivée de nouvelles molécules. » Dans 4 cas sur 5, il est possible de guérir et le traitement permet également :
> d’éviter ou de retarder une évolution vers la cirrhose et vers un cancer du foie.
> de diminuer ou, en cas de guérison, d’éviter le risque de transmission du virus à une autre personne.
Depuis peu, on associe aux traitements de base de l’erythropoiétine (EPO) qui « booste » la résistance des patients. Deux à trois injections par semaine « requinquent » les globules rouges. Il existe d’autres traitements qui boostent les globules blancs ou les plaquettes. D’ici 2011, on disposera de nouvelles molécules capables d’augmenter l’efficacité des traitements actuels, mais le grand challenge consistera à découvrir celui qui sera capable de débarrasser les malades de l’interféron et de la ribavirine.

Merci au professeur Thierry Poynard, chef du service d’hépatogastroentérologie de l’hôpital de La Pitié- Salpêtrière à Paris  et au docteur Dominique Thabut qui exerce dans ce même service.

 

Contact


Hépatites Info Service a été créée en 2000 à l’initiative de Sida Info Service pour répondre, gratuitement et anonymement, à toutes les questions sur la maladie et les droits des malades.
N° Vert (gratuit) : 0800 845 800.
www.hepatites-info-service.org

SOS Hépatites, association d’information et de soutien aux personnes atteintes d’hépatite. 
www.soshepatites.org

www.hepbinfo.fr

 

 

Satya : Un homme engagé

Incroyablement beau, simple et d’une exquise politesse, le célèbre top model franco-indien est aussi généreux. Ambassadeur pour les Nations Unies, il est parrain depuis plus de 7 ans de l’association SOS Hépatites. Un engagement né d’une rencontre avec Michel Bonjour, le charismatique ancien président de SOS Hépatites.

Jeux télévisés, interviews, débats, séances photos, Satya met régulièrement son image au service de la cause. Il martèle inlassablement le même message. « Les hépatites font des ravages et pourtant il existe des moyens de prévention et des traitements pour être pris en charge tôt et éviter le pire. Il faut informer et informer sans cesse, des vies peuvent être sauvées. »

 

 

Hépatites et pauvreté


Elles sont 3 fois plus fréquentes chez les personnes en précarité, le dépistage doit donc cibler en priorité les bénéficiaires de la CMU, les foyers de réfugiés ou de la Sonacotra… Il est important d’aller au-devant des populations à risque, y compris celles qui font usage de drogues.
2es Assises de lutte contre les hépatites :  «  La France peut-elle mieux faire », 
palais du Luxembourg, septembre 2008.

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