J’ai tout le temps envie de faire pipi, c’est grave docteur ?

Cause fréquente de l’incontinence urinaire, l’hyperactivité vésicale (HAV) touche en France près de 4 millions de personnes et pas uniquement les grands-mères. Pourtant, ce trouble souvent caché se soigne. Le point avec le professeur François Haab, urologue à l’hôpital Tenon à Paris.

18 % de la population féminine et 12 % des hommes seraient concernés par l’hyperactivité vésicale.

Le principal symptôme de l’HAV est avant tout une urgenterie, appelée il n’y a pas si longtemps impériosité mictionnelle. La vessie trop sensible aux stimuli se contracte souvent. Le sphincter s’oppose difficilement à la pression. Le besoin d’uriner est alors soudain et impérieux et la personne ne peut le maîtriser. Autres symptômes souvent joints, l’envie fréquente d’uriner, plus de huit fois par jour par petites quantités (pollakiurie) ou le besoin d’uriner si fort qu’il réveille le patient la nuit (nycturie). À ne pas confondre avec l’incontinence urinaire qui est prévisible puisque d’origine mécanique. Les fuites surviennent lors d’une toux, d’un effort physique, d’un éternuement ou d’un rire. Mais parfois, les deux troubles peuvent se manifester chez une même personne.

Cerveau et vessie étroitement liés
Normalement, lorsque la vessie est pleine, des récepteurs neurologiques sensibles à la pression envoient des messages au cerveau, le besoin d’uriner se fait alors sentir (environ trois ou quatre fois par 24 heures), mais l’ordre d’uriner est sous le contrôle de la volonté. Si l’on décide d’uriner, une sécrétion chimique provoque la contraction des muscles de la vessie et le relâchement du sphincter, l’urine s’évacue. Si l’on ne veut pas satisfaire ce besoin, le cerveau commande la contraction du sphincter, celui-ci se ferme, les muscles de la vessie se relâchent. Un second message interviendra un peu plus tard. Lorsque l’on souffre d’HAV, il existe un dérèglement de ce processus.
Les causes ? Certaines sont attribuées à une maladie de la sphère urinaire (cystite bactérienne, polype, calcul, tumeur), à une maladie neurologique (sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson) ou encore à un trouble obstructif (hypertrophie de la prostate, sténose urétrale). Les autres causes, les plus fréquentes, sont dites idiopathiques (dont on ne connaît pas la cause). Cependant, de récents travaux ont permis de mieux comprendre les liens vessie-cerveau. Ils ont mis en évidence le rôle du muscle de la vessie « le détrusor » qui se contracte de façon involontaire même si la vessie n’est pas encore pleine. Des neuromédiateurs sont alors sécrétés ce qui provoque l’envie fréquente et pressante d’uriner. Au niveau cérébral, des études d’IRM ont montré qu’il existe de nombreuses aires impliquées dans le fonctionnement de la vessie : des aires du signal de remplissage, des aires de commande de contraction. D’autres, excitatrices ou inhibitrices, régulent le signal sensitif et la commande motrice. Ce jeu d’influence explique que la peur peut engendrer l’envie de faire pipi. Elle stimule l’aire cérébrale dédiée aux émotions. Cette dernière exerce alors une action excitatrice sur l’aire de contraction de la vessie. Il en va de même avec le bruit de l’eau qui coule. A contrario, avoir des idées agréables ou faire du calcul mental (compter à rebours de 7 en 7) agit sur une aire inhibitrice et calme l’envie. Découverte qui a pris place dans la thérapie comportementale.

Oser en parler sans tabou
Oubliez la honte et abordez d’emblée la consultation en indiquant que vous souhaitez discuter d’un problème de contrôle de la vessie. Le mieux serait d’avoir au préalable tenu un carnet de bord de vos symptômes, du nombre et de l’heure des mictions journalières et éventuellement nocturnes. Les moyens que vous utilisez pour faire face aux envies pressantes (protection). L’incidence de ce désagrément sur votre qualité de vie : troubles du sommeil, anxiété, sexualité perturbée, difficultés rencontrées dans la vie privée ou professionnelle. Indiquez aussi votre absorption de boissons, votre mode d’alimentation, vos problèmes médicaux : constipation, prise de médicaments, chirurgie gynécologique récente. Le médecin, grâce à vos réponses à ses questions et à un examen clinique, appréciera votre HAV et pourra juger opportun l’avis d’un urologue. Des examens complémentaires seront nécessaires (analyse d’urine, vérification de l’état de vos reins, bilan permettant d’évaluer la capacité de la vessie, son élasticité, sa contractilité) pour la mise en route d’une thérapie.

Stratégie thérapeutique sur trois fronts

D’abord des règles hygiéno-diététiques sont instaurées. Ne pas boire plus d’1,5 litre d’eau par jour, boire moins dans la deuxième partie de la journée. Éviter les excitants, café, thé, et les boissons réputées diurétiques : champagne, vin blanc, bière. Tenir compte de la teneur en eau de certains aliments : fruits, salade, soupe, légumes. S’ajoute ensuite une rééducation physique et psychique. La rééducation peut se faire de façon autonome avec l’aide du médecin ou dans le cadre d’une thérapie comportementale. Quant au kinésithérapeute, il enseigne des exercices simples pour renforcer les muscles du périnée. Le but, reprendre progressivement le contrôle de sa vessie, apprendre à uriner quand on le décide et ne pas être dominé par l’urgenterie. Enfin, le traitement médicamenteux. Il commence par une phase d’attaque de plusieurs mois pour juger de son efficacité. En cas de succès il est suivi à long terme. Il est interrompu au cas par cas. La vessie est un organe qui se respecte, s’éduque et s’entretient à vie.

Une pratique déconseillée

Longtemps préconisé pour discipliner la vessie, le stop pipi qui consistait à arrêter le jet d’urine pendant quelques secondes est désormais déconseillé car il fragilise le périnée et entraîne après la miction la persistance d’un résidu urinaire dans la vessie pouvant être à l’origine d’infection.

 

Où s’informer ?

Un site internet, www.dessolutionspourmavessie.fr, permet de répondre anonymement et en toute discrétion aux questions que se posent les personnes concernées par l’HAV, grâce à cinq rubriques : Mieux comprendre, Qui consulter ? Quelles solutions ? Vivre au quotidien et Oser en parler. Réalisé à l’initiative du laboratoire Astellas Pharma et supervisé par des experts, urologues, gynécologues, généraliste, cet outil, qui s’adresse aussi bien aux patients qu’aux médecins, contribue non seulement à mieux comprendre la maladie, mais encore à la dédramatiser.

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