Le yoga est-il bon pour la santé ?

Comment le yoga m’a bousillé le corps «How yoga can wreck your body», c’est le titre de l’article polémique paru dans le New York Times en janvier 2012. Qu’en est-il ?

En France aussi, le yoga est à la mode et les cours accueillent chaque jour davantage d’adeptes. L’objectif : harmoniser et détendre son corps autant que son esprit pour atteindre la sérénité, mais Bruno Da Cruz, kinésithérapeute du sport, le confirme : un nombre important de pratiquants, notamment des danseurs professionnels, se sont abîmés avec le bikram yoga. Très éloigné des préceptes traditionnels, ce type de yoga a été créé par un Indien expatrié à Los Angeles avant d’être «développé» dans le monde entier. «Il est enseigné le plus souvent dans des salles bondées, le corps ne s’échauffe pas à un rythme normal, la sensation de confort, artificielle, pousse les participants au dépassement», explique-t-il. Néanmoins, ce professionnel tempère : «Les yogas classiques (dont le yoga bikram ne fait pas partie) entraînent peu de dommages corporels.» Il le conseille même pour les vertus anti-stress de ses techniques respiratoires et recommande une pratique en petits groupes.

Choisir son professeur

«Si toute pratique d’une activité physique expose à un risque, elle ne doit pas nuire», s’insurge Isabelle Morin-Larbey, présidente de la fédération nationale des enseignants de yoga (FNEY). Forte de 800 membres, l’association chapeaute et reconnaît neuf écoles en France. Les futurs professeurs y reçoivent pendant 4 ans une formation solide en hatha yoga, comprenant des cours d’anatomie, de psychologie et de physiologie. Les autres familles de yogas (comme l’ashtanga, l’anusara, l’iyengar) imposent un cursus de formation sérieux et Bruno Da Cruz conseille d’interroger le professeur sur son parcours. Marie Marty-Lozac’h, qui a ouvert en septembre 2010 le centre parisien Beyoga, approuve cette démarche qu’elle qualifie de responsable. Pour les dix yogas proposés dans sa salle, ce professeur certifié a recruté dix enseignants dont le CV est affiché.

5 choses à savoir avant de débuter

Demandez au professeur quel est son parcours.
Interrogez-le sur le yoga qu’il enseigne.
Si sa réponse vous paraît floue («Ça réveille le sourire intérieur»), fuyez !
Signalez tout souci ou pathologie dont vous souffrez,
même une discrète douleur à la cheville.
Posez des questions lors du cours, le professeur n’est pas un gourou.

Progresser à son rythme

Le yoga est perçu très différemment par les non-pratiquants, certains le pensent douloureux, d’autres relaxants, la faute à certains clubs qui brouillent les pratiques et l’adaptent pour lui «voler» des postures. «Pourquoi appeler yoga une succession d’acrobaties venues du cirque ?» se demande Isabelle Morin-Larbey. La multiplication des yogas entraîne un appauvrissement de la pratique. Un «yoga-business» qui dénature cette école de philosophie indienne est en train de voir le jour. Le sens des postures n’étant plus expliqué, elles deviennent de simples figures. La posture sur la tête, par exemple, fascine. Alexandre Onfroy, qui enseigne l’iyengar à L’Usine et au studio Beyoga, explique que nombre de ses élèves débutants veulent la réaliser immédiatement sans être suffisamment préparés. Or un bon yogi ne fait pas une démonstration mais un cours, il veille à ce que chacun accepte et reconnaisse ses limites. Dans un monde où la performance sonne comme un véritable diktat, le yoga propose d’écouter son corps, de prendre le temps, de ne pas faire vite mais bien. Alexandre Onfroy explique que «la véritable performance n’est pas de copier, mais d’arrêter une posture au bon moment». Si l’on pratique sans accepter ses capacités, ce «dopage» égotiste mène à la blessure.

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