L’hypertension : une maladie féminine ?

Longtemps peu concernées par l’hypertension artérielle, les femmes sont en passe de rattraper les hommes dans les pays développés. En cause, le surpoids, la sédentarité et le stress professionnel.

« Il y a deux ans, j’ai traversé une longue période pendant laquelle j’étais débordée de travail donc très fatiguée, raconte Michèle, 37 ans. J’ai commencé à avoir des maux de tête et des étourdissements. J’ai consulté mon généraliste. Ma tension était un peu élevée mais comme je partais une semaine en vacances, je ne me suis pas inquiétée. Les malaises ont repris. Je suis retournée chez le médecin. Cette fois, ma tension était quasi normale. Puis les troubles ont recommencé et je me suis inquiétée. Le généraliste m’a prescrit un appareil portable, un holter, destiné à évaluer les variations de la pression artérielle plusieurs fois par 24 heures. C’est à partir des résultats qu’il a pu poser le diagnostic d’hypertension artérielle (HTA). Moi qui croyais qu’elle ne touchait que les personnes d’un certain âge, j’étais sidérée ! »

Les femmes aussi

En effet, l’HTA se féminise et touche des femmes de plus en plus jeunes. Parfois dès la trentaine, plus exceptionnellement à l’adolescence. Une récente étude Kantar Health France montre que sur les 11 millions de personnes hypertendues traitées dans l’Hexagone, 6 millions sont des femmes. Un chiffre jamais atteint dû, entre autres, au fait qu’un nombre croissant d’entre elles ont adopté, dès le début des années 2000, des comportements censés être typiquement masculins. Les femmes peuvent également être touchées par cette pathologie lors de la ménopause. À cette période de leur vie, l’effet protecteur et antivieillissement des hormones féminines (les oestrogènes) sur les artères diminue puis disparaît.

Hypertension oui ou non ?

Elle se définit par des chiffres mesurés de manière permanente au repos. Ils correspondent à la pression que le sang exerce sur la paroi des artères. Le chiffre le plus haut ne doit pas être supérieur à 14, le plus bas devant être inférieur à 9. Ces seuils ont été décidés il y a un demi-siècle, quand les spécialistes ont observé que, au-delà, on assistait à une augmentation des problèmes cardiovasculaires liés à l’HTA.

Poids et sédentarité

L’élévation de la pression artérielle est notamment favorisée par une alimentation peu équilibrée, riche en graisses et en sel (charcuterie, fromage, plats cuisinés), associée à la montée de la sédentarité, qui a conduit à une augmentation du poids des femmes entre 2000 et 2009. Éviter de grossir ou perdre ses kilos en trop fait donc partie des programmes de prévention. Une étude montre que si des femmes en excès de poids perdent 5 kg et parviennent à maintenir ce résultat pendant 3 ans, elles diminuent de 65 % leur risque de devenir hypertendues. De même, si le sport ne fait pas maigrir, une activité physique raisonnable (ski de fond, jogging, natation, bicyclette) permet, en agissant sur la densité et l’élasticité des petits vaisseaux, de ralentir l’élévation de la pression artérielle.

Stress, tabac et contraceptifs

Bien que l’idée soit controversée, un nombre grandissant de spécialistes affirment que le stress professionnel que connaissent, aujourd’hui, autant de femmes que d’hommes peut favoriser l’installation d’une HTA. En effet, les stress répétés stimulent un système hormonal (le système nerveux sympathique) responsable de l’augmentation de la fréquence cardiaque et de l’élévation transitoire de la pression artérielle au point, parfois, de bloquer dans les artères des graisses responsables de l’hypertension. Souvent incriminé comme co-facteur d’HTA, le tabac ne fait pas grimper la pression artérielle mais il accélère le vieillissement des artères et aggrave le risque d’hypertension lié à la prise de certaines pilules. Le phénomène est fréquent avec les pilules fortement dosées, celles associant oestrogènes et progestérone mais pas seulement. Les hormones de synthèse contenues dans les contraceptifs oraux peuvent, parfois, stimuler des mécanismes impliqués dans la régulation de la pression artérielle et provoquer une HTA. C’est l’une des raisons pour lesquelles les médecins prennent soin de mesurer la pression artérielle lors d’une consultation pour un renouvellement de pilule. A fortiori chez les femmes qui fument. Bon à savoir : une femme hypertendue bien équilibrée par son traitement peut choisir ce mode de contraception.

Quels sont les risques ?

Accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque, infarctus, insuffisance rénale voire démence type maladie d’Alzheimer ou anévrisme de l’aorte abdominale pouvant entraîner la mort. Les anifestations dépendent de l’organe mal irrigué (cerveau, coeur, reins) du fait du rétrécissement des artères et des vaisseaux.

L’hypertension pendant la grossesse

La grossesse fait le plus souvent baisser la pression artérielle mais l’hypertension est, malgré tout, depuis quelques années la maladie la plus fréquemment rencontrée pendant cette période de la vie. Rare il y a une vingtaine d’années, elle touche de plus en plus de femmes enceintes. Au banc des accusés : le recul régulier de l’âge de la première maternité et l’excès de poids voire l’obésité. Cette forme particulière d’hypertension artérielle est appelée « hypertension gravidique ». Elle touche 5 à 10 % des femmes enceintes n’ayant jamais été hypertendues et se manifeste pendant le troisième trimestre de la première grossesse. « On connaît, aujourd’hui, un peu mieux les raisons de ce phénomène, explique le professeur Jean-Jacques Mourad*. Il est lié au fait que le placenta envoie un faux signal à l’organisme, se plaignant d’être mal irrigué. Aussitôt, le corps réagit en augmentant la pression artérielle pour venir au secours du placenta en améliorant sa perfusion. Le plus souvent, la pression se normalise après l’accouchement mais un tel accident de parcours exige la prescription de médicaments hypertenseurs et une surveillance très étroite de la part de l’équipe obstétricale. » Conséquence ou pas du manque d’intérêt des chercheurs et de l’industrie pharmaceutique pour l’HTA au féminin, parmi les médicaments destinés à traiter la maladie, aucun n’est particulièrement dédié aux femmes et la grande majorité des molécules, même les plus récentes, sont contre-indiquées pendant la grossesse. Soit parce qu’elles présentent un risque d’embryopathie, soit parce que les médecins ignorent comment les utiliser faute d’essais chez la femme enceinte. Ils utilisent donc des médicaments anciens dont ils savent qu’ils sont sans risque pour la mère et pour l’enfant. Même casse-tête si la mère souhaite allaiter son bébé car la plupart des médicaments hypertenseurs passent dans le lait maternel.
* Président du Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA)

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