Médicaments anti-alzeimer l’espoir d’un mieux

Avec 1,3 million de Français atteints en 2020, la maladie n’offre toujours aucun espoir de guérison. La recherche avance pour élargir un éventail thérapeutique encore très limité.

Quatre médicaments anti-Alzheimer* en tout et pour tout, et qui n’agissent que sur les symptômes. Fin 2011, ce maigre arsenal a vu son efficacité revue à la baisse par la Haute autorité de santé (HAS). D’un Service Médical Rendu (SMR)* estimé « important », ils sont désormais considérés comme de « faible » intérêt. Si cet ajustement a permis une baisse d’environ 25 % des prix, et donc une économie pour l’Assurance maladie, il reste au final très théorique pour les patients.
Considérée comme une affection de longue durée (ALD), la maladie est prise en charge à 100 %. Pour Pierre-Jean Ousset, responsable du Centre de recherche clinique (CRC) sur la maladie d’Alzheimer de Toulouse, cette dégradation du Service Médical Rendu n’est rien de plus « qu’une adaptation logique au vu des études » menées sur ces médicaments, dont « l’efficacité est démontrée, mais modeste ». Une opinion partagée par la communauté médicale, mais pas par la principale association de patients, France Alzheimer, qui y voit « une mauvaise nouvelle supplémentaire pour des familles déjà désemparées ». Sa « crainte » : que l’avis de la HAS soit le présage de leur déremboursement total. « Il suffirait pour cela que le SMR soit de nouveau dégradé pour passer de mineur à insuffisant ».
Pour les patients comme pour les médecins, l’espoir se tourne vers la recherche de nouveaux traitements. Une quête en pleine ébullition, avec des succès et des échecs. Parmi les pistes les plus avancées, celle de médicaments stimulant l’élimination de la protéine bêta-amyloïde qui s’accumule sous forme de plaques dans le cerveau des patients. Parmi eux, le bapineuzumab du laboratoire Pfizer, qui fait l’objet d’une étude de phase III (dernière étape avant la demande d’Autorisation de mise sur le marché), et le ganterenumab du laboratoire Roche, en phase II. Si ces deux traitements ont permis une réduction des plaques amyloïdes, reste à mieux connaître leur effet sur le patient. « Les anomalies de la protéine bêta-amyloïde ou celles de la protéine Tau [autre protéine dérégulée dans la maladie d’Alzheimer, ndlr] ne sont-elles que des cicatrices de la maladie, ou sont-elles la cause des troubles neurologiques ? Pour l’instant, on l’ignore », reconnaît Pierre-Jean Ousset. Médicaments de type anticorps, le bapineuzumab, le ganterenumab (et toute autre molécule dont le nom se finit par « -mab ») sont appelés « immunothérapies passives ». Il en existe aussi des « actives », agissant comme des vaccins qui ne seraient réservés qu’aux malades. Elles ne ciblent pas directement la protéine bêta-amyloïde, mais visent à produire une réaction de l’organisme contre elle. L’une d’entre elles, le CAD106 du laboratoire Novartis a récemment obtenu des résultats préliminaires encourageants : elle a déclenché une production d’anticorps dirigés contre la protéine bêta-amyloïde, sans effets indésirables majeurs.
Prochaine étape, évaluer l’élimination de la protéine, puis l’effet sur la maladie. Moins avancés mais tout aussi prometteurs, les résultats récemment obtenus chez la souris avec le bexarotène. Déjà utilisé contre certains cancers, ce médicament a permis une forte réduction des plaques amyloïdes, les animaux retrouvant même une partie de leurs capacités cognitives. Pour Pierre-Jean Ousset, la prudence reste de mise. « La souris est un bon modèle animal, mais elle reste un modèle animal. Nous avons déjà été échaudés par des résultats semblables, qui n’ont pas été reproduits chez l’homme. » Un seul médicament ne suffira pas. « Cette maladie est complexe, il faudra probablement plusieurs médicaments jouant sur plusieurs cibles, dont la protéine bêta-amyloïde et la protéine Tau. Mais je compte bien que, d’ici dix ans, nous aurons enfin un traitement efficace. »
* Ces quatre médicaments sont la mémantine, le donépézil, la rivastigmine et la galantamine.

SMR*, ASMR bientôt la fin ?

Après l‘obtention d’une Autorisation de mise sur le marché, et pour obtenir le remboursement d’un médicament par la Sécurité sociale, le laboratoire pharmaceutique doit soumettre son dossier à deux commissions. La commission de transparence de la Haute autorité de santé qui évalue d’une part le SMR (Service médical rendu, la « note » permettant de définir le taux de remboursement d’un médicament) et d’autre part L’ ASMR (Amélioration du service médical rendu) qui elle apprécie l’apport d’un nouveau traitement par rapport à ceux déjà commercialisés. L’ ASMR sert de support pour la détermination du prix qui lui est fixé par le Comité économique des produits de santé (CEPS). Ces deux index SMR et ASMR devraient être prochainement remplacés par l’Index Thérapeutique Relatif.

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