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DÉBATS

La « der des der » aura-t-elle lieu?

04 Octobre 2008 par Olivier Mariotte

Roselyne Bachelot aura fort à faire pour modifier durablement notre système de santé. Les rapports demandés par la ministre apportent un diagnostic négatif constant, sans solutions nouvelles. Le projet de loi Santé, patients et territoires qui sera soumis à l'automne au Parlement est-il une tentative de plus de raccommoder un système à bout de souffle ? Ou enfin une remise à plat salutaire pour sauver les bases de la solidarité ?

 

En 2004, on nous avait dit que la réforme Douste-Blazy serait la dernière : les bases étaient posées pour rendre le système de santé économiquement viable et on avait même revu sa gouvernance ! Mais parlons vrai : le sparadrap n'a pas tenu. Et la colle a même compliqué la situation en multipliant les structures en charge de diriger. Ajoutez à cela ce défaut originel persistant de notre douce France – colbertisme-jacobinisme, centralisme napoléonien et dopage aux déficits publics – et vous aurez tous les ingrédients de l'échec.

Un constat inquiétant

Avec la réforme des Agences régionales de santé (ARS) proposée par le projet de loi Santé, patients et territoires, on s'oriente vers une diffusion du centralisme étatique dans les régions, alors que l'on attendait comme une bouffée d'oxygène une vraie décentralisation. Le rapport Larcher fait un constat sans appel sur la qualité de l'hôpital public et le Pr Even, dans son rapport sur les CHU, pointe l'absence de recherche dans la moitié d'entre eux (pire encore : les écarts considérables de qualité entre les premiers et les derniers). La responsabilisation des patients se traduit par des « restes à charge » qui s'accumulent sans que l'on investisse dans l'information et l'éducation thérapeutique. Et tout cela ne va pas s'arrêter : près de 3 millions d'euros de dépenses de l'assurance maladie obligatoire (votre caisse primaire) vont être transférés aux assureurs complémentaires (votre mutuelle) qui vont vous les répercuter en augmentant vos cotisations. Le directeur général de la CNAMTS* annonce cette année un plan d'économie à 3 millions d'euros. Les ministres en rajoutent 2 et, pour faire bonne mesure, annoncent qu'il faudra trouver les mêmes sommes tous les ans jusqu'en 2011.

Une rentrée studieuse

Il va falloir balayer devant les portes – et toutes les portes. Nul ne détient la solution miracle et la réforme ne se satisfera plus des mesures « couteaux suisses » qui, claironnées par les experts, permettront de « sauver la Sécu ».
Si le politique se doit d'écouter pour décider, les patients et les contribuables doivent prendre en compte une dimension nouvelle : le droit à la santé a un coût… et un prix. Il faut donc, si l'on veut sauver deux fois la solidarité (pour nos malades maintenant et pour nos enfants), considérer qu'il va falloir payer plus.
Les professionnels de santé doivent aussi sortir de leur tour d'ivoire. Au risque d'une perte profonde de confiance vis-à-vis de nos soignants, on ne pourra accepter longtemps que leurs seules revendications, aussi légitimes soient-elles, portent sur leurs rémunérations. Il serait peut-être temps qu'ils se rapprochent des patients et des assureurs pour définir avec eux les bases d'un contrat thérapeutique : le soignant s'engageant à mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires au traitement le plus adapté, et le soigné s'engageant à appliquer la feuille de route décidée avec le soignant.

Qui doit gérer la Sécu ?
Qu'en est-il des assureurs ? Notre vieille Sécu tousse de façon chronique et les remèdes de cheval des ministères précédents n'ont en rien adouci ce catarrhe. Pourtant, avec près de 160 milliards d'euros de budget et 25 % de la masse salariale globale** mise à sa disposition (sur un salaire global moyen français de 2 910 e, l'Assurance maladie en perçoit près de 750 !), il devrait y avoir de l'argent pour traiter nos personnes malades. On devra donc s'interroger sur l'efficience de la gestion, voire se poser la question du maintien du monopole.

Indispensable solidarité
Enfin, il faudra que députés et sénateurs votent sur notre acquis le plus précieux : la solidarité. Ils doivent définir ce qui fait partie du socle de la solidarité et ce qui doit en être retiré. C'est à ce prix, conformément au principe fondateur de Pierre Laroque***, que ceux d'entre nous qui le nécessitent continueront de recevoir selon leurs besoins.

*CNAMTS : Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés.
**Salaire global = salaire brut + charges patronales.
***Pierre Laroque a créé la Sécurité sociale en 1946.



Olivier Mariotte 


est médecin généraliste. Après six ans de marketing dans les Entreprises du médicament et six ans dans la communication santé, il prend la direction des affaires publiques de Schering-Plough France en 1998. En juin 2007, il crée « nile », une agence conseil en affaires publiques dédiée aux acteurs de santé.

 

 

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