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DÉBATS
La médecine romaine avant Galien
13 Octobre 2011 par Yvan Brohard
À la fin du IIIe siècle avant Jésus-Christ, des chirurgiens et encyclopédistes grecs imposent leur savoir-faire à Rome et ouvrent la voie à Claude Galien. Il symbolisera l'apogée de la médecine.
Dans la Rome du IVe siècle avant Jésus-Christ, on pratique une médecine assez approximative et les médecins ne bénéficient pas d'un préjugé favorable. C'est une épidémie terrible touchant la ville en 293 avant Jésus-Christ qui amène l'établissement d'un véritable rapport avec la médecine grecque, l'oracle ayant indiqué qu'on n'arriverait à vaincre le mal qu'avec l'aide d'Asclépios, célébré dans le fameux temple d'Épidaure. L'opération ayant réussi, le culte d'Esculape (on latinise le nom du dieu) se développe en Italie, à travers l'édification de sanctuaires qui acquièrent très vite, comme celui de Rome, une vocation hospitalière.
Les débuts de la médecine grecque à Rome
Il faut attendre la fin du IIIe siècle avant notre ère pour que l'on voie apparaître dans l'urbs (la ville), les premiers médecins grecs qui se heurtent tout d'abord à une hostilité populaire. Moins de 80 ans plus tard, alors que la Grèce est tombée définitivement sous la domination de Rome, ayant fait preuve de grandes compétences, ils commencent à être reconnus, notamment par l'État romain, qui ira jusqu'à leur accorder à l'époque de Jules César, en 46 avant Jésus-Christ, le droit à la citoyenneté. Ils entraînent dans leur sillage une nouvelle génération de médecins autochtones. C'est vers 90 avant Jésus-Christ que la médecine grecque fait ses réels débuts à Rome, en la personne d'Asclépiade de Pruse. Produit de l'école hippocratique, sa théorie se base sur l'existence des pores chargés d'assurer la circulation, l'apport ou le rejet de corpuscules. La maladie naît lorsque ces derniers sont en excès et encombrent les pores ou lorsqu'ils s'en échappent avec trop de facilité. Les remèdes consistent donc à en réguler les flux et, selon lui, se basent sur la pratique régulière de la gymnastique, les bains, l'eau fraîche mais aussi le bon vin; un régime somme toute assez épicurien! Très populaire, puisque, à l'exemple d'Asclépios, il passe pour avoir ressuscité un mort, il contribue à donner à la médecine une image positive plus qu'un véritable apport scientifique. Son disciple Thémison de Laodicée crée la première école médicale romaine, celle des «méthodiques», voie moyenne entre les «dogmatiques» et les «empiriques», tournée essentiellement vers le traitement de la maladie à partir de l'observation la plus précise possible (il passe pour avoir inventé le spéculum en gynécologie). Se basant sur des cycles de trois jours de jeûne, d'exercices physiques, puis de purges ou de saignées selon les cas, il ne laisse que peu de place à la pharmacopée. En réaction naît une école «éclectique», qui s'appuie sur la philosophie du stoïcisme, très en vogue entre le Ier et le IIIesiècle après Jésus-Christ, et portée par des personnalités telles que Sénèque, Épictète ou Marc-Aurèle. Reprenant en partie Aristote, ils expliquent la maladie par une mauvaise circulation du pneuma, insistent sur le rôle du pouls, indicateur de ses dérèglements. Ils n'apportent toutefois aucune innovation thérapeutique. Parmi les médecins renommés, au nombre desquels on peut associer Hérodote (qui caractérise la variole et reconnaît sa nature épidémique), le plus important est sans nul doute Archigène d'Apamée.Chirurgiens et compilateurs
Au début du IIe siècle après Jésus-Christ, s'illustrent de grands praticiens dont l'originalité est de se démarquer des courants des grandes écoles. Parmi eux, Soranos d'Éphèse peut être considéré comme le plus grand gynécologue de l'Antiquité ainsi qu'en témoigne son Traité des femmes. Il se révèle un accoucheur compétent qui prône cependant que la «virginité perpétuelle serait salutaire aux deux sexes». Il se penche sur la question de la contraception et préconise des tampons vaginaux tout en conseillant à la femme d'éternuer après le rapport pour éliminer la semence de l'homme! C'est lui qui décrit pour la première fois la pratique de l'avortement. Intelligent, sensible et attentionné, il ouvre la voie à ce qui deviendra puériculture et pédiatrie. Rufus d'Éphèse est avant tout chirurgien, spécialiste de la «taille» (extraction de calculs urinaires contenus dans l'urètre), une opération très redoutée parce que douloureuse et risquée et pour ce fait interdite dans le serment d'Hippocrate. Il marquera par la précision de sa technique des générations de chirurgiens. À côté d'eux, quelques grands compilateurs, encyclopédistes de la médecine, tentent dans des inventaires de regrouper les connaissances acquises jusque-là. C'est le cas de Varron, de Pline l'Ancien, et surtout de Celse. Son De medicina comporte 8 livres consacrés à la diététique, à la pharmacie, à la chirurgie à laquelle il essaie de donner ses lettres de noblesse en déclarant: «La troisième partie de la médecine est celle qui guérit par le secours de la main.» Dioscoride, médecin et botaniste propose, quant à lui, un traité de la pharmacologie antique, présentant plus de 600 végétaux et examinant concrètement leurs effets thérapeutiques.Des praticiens spécialisés
On dénombre dans la Rome antique plusieurs catégories de praticiens. Le médecin libéral s'apparente à l'iatroi (médecin) grec qui exerce dans un «centre de soins» même si se perpétue, dans les familles aisées, la tradition de l'esclave-médecin. À côté de lui, l'archiatre ou médecin public, dont le nombre varie de 5 à 10 selon les villes, a pour fonction de soigner gratuitement les pauvres. Certains d'entre eux se consacrent aux gladiateurs ou aux vestales. Une minorité, les archiatres palatins ont en charge les plus grandes familles. Enfin, le médecin militaire (un pour 150 hommes) à l'époque d'une Rome conquérante a en charge la santé et l'hygiène des soldats. Les médecins sont au départ plutôt des généralistes. Ils sont amenés à se spécialiser, notamment dans les grandes villes où l'on distingue le medicus, le chirurgicus, l'ocucarius. Le premier est plus reconnu que le second, considéré comme un simple opérateur. Le savoir l'emporte dans l'esprit des gens sur le savoir-faire aussi efficace soit-il! C'est avec les Antonins au IIe siècle après notre ère que Rome connaît son apogée. Dans le domaine de la médecine, Galien en sera le vivant symbole.
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