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Photo Papirazzi/Fotolia, GINIES/SIPA, ALBERTO RAMELLA/NEWSCOM/SIPA, Alex Brandon/AP/SIPA 0 commentaire(s)

SAVEURS

Mangeurs de tous les pays, unissez-vous !

13 Juillet 2010 par Marie-Christine Clément
Entre OGM, pesticides, élevages intensifs, menaces sur la biodiversité, impacts écologiques, se nourrir est un véritable casse-tête. Comment devenir des « éco-mangeurs », responsables et vigilants ?

 

Le Slow Food, un mouvement citoyen créé en réaction aux fast-foods


Bra ne serait qu'une banale petite ville du Piémont, si elle n'abritait le siège international de cette association à but non lucratif créée en 1989. Aujourd'hui établie dans 150 pays, forte de 100 000 adhérents répartis dans 1 300 sièges locaux appelés les conviviums, Slow Food a des allures de multinationale. Son fondateur, Carlo Petrini, était loin d'imaginer l'ampleur que prendrait sa réaction à la «fast life» des années 80. Si elle était d'abord motivée par la défense du goût et des produits en voie de disparition, l'association se veut de plus en plus militante et revendique «une haute qualité alimentaire au quotidien, accessible à tous». Une maison d'édition, des salons internationaux à Turin, Stuttgart, Bilbao, Yokohama, Tours ou San Francisco et récemment une université, sont les piliers actifs de cette internationale de la défense du bien manger.




Des conviviums dans le monde entier


Les conviviums sont la clé de voûte de l'association. Établis en Islande, au Liban, en Uruguay ou au Ghana, en Nouvelle-Zélande, à Chypre, en Thaïlande ou aux Philippines, et bien sûr au Japon, aux États-Unis et en Europe, ils servent de relais entre l'organisation centrale et chaque région. L'Italie, pays d'origine du fondateur, est leader en nombre de conviviums et fait figure de modèle. La France a attendu 2003 pour créer sa structure nationale, mais compte actuellement une trentaine de conviviums répartis surtout dans le Sud. Chaque organisation peut à la fois initier une démarche de protection d'une spécialité ou d'une variété et éduquer ses adhérents à la diversité alimentaire en organisant dîners thématiques, ateliers du goût, visites chez des producteurs locaux, manifestations, rencontres ou expositions.

De l'agriculture coopérative aux jardins-écoles


En Côte d'Ivoire, le convivium de Chigata encourage l'agriculture coopérative et la promotion de la production d'une nourriture saine. Mariam Ouattara, la responsable, a rassemblé plusieurs groupes d'une centaine de femmes qui travaillent à améliorer la qualité de la nourriture cultivée et à la construction de granges pour abriter les récoltes. En Irlande, le convivium de Tipperary organise chaque printemps une fête pour valoriser les produits locaux et le patrimoine alimentaire celte. En Argentine, le convivium «Mar de Plate» a mis en place un festival du film pour attirer l'attention sur un marché local qui regroupe les «Mujeres del abasto», des femmes unies pour aider les indigents à se nourrir après l'effondrement économique argentin. En Indonésie, le convivium «Lippo Karawaci» de Jakarta organise des ateliers du goût. Des lieux où l'on enseigne à des enfants l'équilibre alimentaire et où on leur fait découvrir une sélection de légumes et de produits locaux. En 2001, Slow Food USA a initié un projet national soutenant les «School Gardens», les jardins-écoles. En l'espace de deux ans, 30 jardins ont été créés sur le territoire américain et, suite à cette initiative, 100 jardins-écoles ont été inaugurés en Italie. De manière générale, les conviviums s'investissent largement, à travers le monde, dans l'éducation du goût, l'alimentation et l'environnement.

Un inventaire des produits menacés


Mais depuis sa fondation en 1989, l'une des vocations premières de l'association est de s'investir dans la protection de variétés ou de produits alimentaires en danger. Le projet l'Arche du goût, lancé à Turin en 1996, a pour but de répertorier et d'attirer l'attention du public sur des produits alimentaires menacés de disparition, appelés «les produits orphelins».



Les sentinelles du goût


Au-delà de cette action de recensement, Slow Food s'investit dans des projets de relance économique de produits du terroir, avec les Sentinelles du goût. Leur but, alerter les médias et le grand public sur les produits menacés mais aussi maintenir une biodiversité dans plus de 50 pays. Le blé indigène Red Fife canadien, l'huile d'argan marocaine, les langoustes hollandaises d'Oosterschelde, le riz Basmati de Dehradun en Inde, le maïs andin de Caramarca en Argentine, la prune Pozegaca de Bosnie-Herzégovine, les anchois de Menaica en Campanie entre autres ont été préservés. En France, 11 produits apparentés à une méthode de production locale et traditionnelle sont soutenus par Slow Food : le navet noir de Pardailhan, les vins de rancio sec du Roussillon, le porc noir de Bigorre, le boeuf gascon aréolé du Gers, la poule gasconne, le mouton de Baréges-Gavarnie, la lentille blonde de Saint-Flour, le pélardon affiné des Cévennes, la brousse du Rove, en Provence, le petit épeautre de Haute-Provence et les fromages d'estives des Pyrénées béarnaises.


«Bon, propre et juste»


Le mouvement, qui souhaite sortir du simple cercle de ses sympathisants, s'engage également depuis peu dans une nouvelle dimension. Slow Food France a lancé en décembre dernier un manifeste définissant les contours d'une Haute Qualité Alimentaire®, qui intègre l'ensemble des dimensions d'une production et d'une consommation «bonnes, propres et justes».








Sauvegarder le terroir


L'exigence de sauvegarde s'inscrit dans une longue expérience française : la tradition des terroirs. On peut souligner au passage le véritable rôle de leaders des chefs de cuisine : Michel Bras à Laguiole a réinventé le terroir de l'Aubrac, Olivier Roellinger à Cancale s'engage pour la protection du thon rouge, Didier Clément à Romorantin oeuvre pour le renouveau des variétés anciennes et Régis Marcon, à Saint-Bonnet-le-Froid, pour le maintien de la cueillette de produits sauvages. Si la conscience de la nécessaire sauvegarde d'un patrimoine alimentaire est récente au niveau mondial, elle est ancrée chez nous depuis longtemps et de façon notoire, ce qui peut expliquer l'arrivée tardive, en France, de l'organisation italienne. Mais elle y est désormais présente et la création récente d'un groupe des Amis de Slow Food au Sénat montre que les instances politiques ne sont pas insensibles à ces questions.



L'éco-mangeur, un gourmet vigilant


Slow Food propose de maintenir la biodiversité, dans une mouvance politique proche du mouvement alter-mondialiste. Il a le mérite de s'adresser, là encore au niveau mondial, à l'ensemble des acteurs de la filière alimentaire, de la production à la consommation. La prise de conscience qu'une solidarité active entre le mangeur et l'éleveur, le maraîcher et le producteur doit s'instaurer de façon plus intime est aujourd'hui un véritable enjeu de société.



















Jardin éphémère devant l'Hôtel de Ville de Paris.
Salon Terra Madre, Turin 2006.
En juin 2009, Michelle Obama cuisine avec des enfants de l'école Bancroft des petits pois du jardin de la Maison Blanche. Une façon d'encourager les enfants à manger des légumes frais et à lutter contre l'obésité.



Des initiatives françaises


Les villes de Millau et de Bègles, ainsi que la structure du Foyer des jeunes travailleurs de Tours, ont signé la charte Haute Qualité Alimentaire ® (HQA) lancée par Slow Food. Ces 2 villes s'étaient déjà investies depuis plusieurs années dans l'amélioration de leur restauration collective. Un repérage de producteurs, artisans, chefs, éleveurs et autres collectivités répondant aux exigences du «bon, propre et juste» est actuellement en cours.
Le ministère de la Culture avait créé en 1989 un Conservatoire national des arts culinaires (CNAC), et entrepris un inventaire du patrimoine culinaire français publié en plusieurs temps à partir de 1992 aux éditions Albin Michel. Déjà, en 1921, Maurice Curnonsky et Marcel Rouff, relayés en 1928 par Austin de Croze, avaient entrepris en 28 volumes la publication des spécialités régionales, regroupées sous le titre La France gastronomique. Et les premiers inventaires culinaires avaient été dressés en France dès le premier Empire, à la demande de Napoléon.
À l'initiative d'Alain Fauconnier, sénateur de l'Aveyron, et de Bernadette Bourzai, sénatrice de la Corrèze, a eu lieu au Sénat, le 17 décembre dernier, la cérémonie d'ouverture du Club du Sénat des Amis de Slow Food France. Il témoigne de l'engagement en faveur d'une alimentation locale et durable de quelques dizaines de sénateurs. Si une démarche de qualité alimentaire est désormais en place, la Haute Qualité Alimentaire® accessible à tous au quotidien sera le vrai but à atteindre avant 2013.


Pour en savoir plus :


Bon, propre et juste de Carlo Petrini,
éditions Yves Michel, 2006.

Slow Food France
www.slowfood.france.fr

 

 

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