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SANTÉ
PANDÉMIE GRIPPALE
24 Septembre 2009 par Olivier Mariotte
Le directeur général de la santé Didier Houssin nous a accordé une interview: "Depuis quelques jours en métropole le seuil épidémiologique a, selon l'institut national de veille sanitaire, été franchi. Nous sommes préparés à cela."
Crise sanitaire, gestion politique de l'actualité, prises de positions contradictoires de scientifiques, la grippe A (H1N1) n'a pas fini de faire parler d'elle. En tout cas, au box-office des déclarations politiques et des communiqués ministériels, la pandémie est la vedette de la rentrée ! Tellement présente d'ailleurs, que l'on finit par ne plus savoir qu'en penser. Ne monte-t-on pas un scénario catastrophe pour détourner l'attention des Français des dures réalités de la crise ?
Certains y voient même un nouveau mode de gouvernement, peu respectueux des libertés individuelles. L'homme en charge de la gestion de la pandémie pour la France, le professeur Didier Houssin répond à nos questions.
L'épidémie est-elle déclarée ?
La pandémie a été déclarée au niveau mondial par l'OMS le 11 juin. Depuis quelques jours, en métropole, le seuil épidémiologique a, selon l'institut de veille sanitaire, été franchi. Nous sommes préparés à cela.
Justement, le nombre de déclarations n'est-il pas trop important ?
Nous avons pris la décision de tenir les Français au courant de l'évolution de la situation. Nous voulons informer pour que chacun puisse prendre conscience des précautions à prendre et de la situation. Mais il est vrai que les médias induisent une amplification des informations… Trop peut-être.
Quelle attitude faut-il avoir devant ce danger ?
Il faut prendre des précautions individuelles et collectives pour se protéger et protéger les autres. Les gestes d'hygiène doivent être appliqués, autant pour soi que pour sa famille ou son entourage professionnel. Nous avons tous une responsabilité vis-à-vis des autres. Une mesure citoyenne est l'éviction volontaire (le fait de ne pas se mettre au contact des autres), pour ne pas participer à la transmission du virus quand on est soi-même contaminé. Cela signifie ne pas aller travailler si l'on a la grippe ou ne pas envoyer son enfant en classe. Une autre attitude citoyenne : faire un bon usage du système de soins. Cela ne sert à rien de se précipiter à l'hôpital à la moindre fièvre, ni de saturer d'appels le 15 (ndlr : le numéro des urgences). Le médecin traitant est tout à fait compétent pour vous soigner. Inutile aussi de courir les pharmacies pour obtenir des vaccins ou des médicaments sans prescription. Enfin, il convient d'être attentif aux autres.
Pendant la canicule, de nombreuses personnes âgées sont mortes dans l'isolement le plus total. Cette situation risque-t-elle de se reproduire avec la grippe ?
L'enseignement de la canicule, comme celui du sida, ne doit pas être oublié. Une épidémie est un moment propice à la stigmatisation des autres, à un repli sur soi-même ou à des comportements peu sociaux. Pour lutter contre l'épidémie, il faut au contraire être attentif aux malades, aux personnes âgées ou isolées. Il faut aussi se préparer, réfléchir aux situations de la vie courante qui risquent de se trouver perturbées (la garde des enfants par exemple en cas de fermeture d'une classe). Un guide a été publié sur la vie quotidienne en cas de pandémie grippale. Se le procurer sur Internet est facile (www.pandemie-grippale.gouv.fr). Il donne de nombreuses solutions à des problèmes quotidiens.
Dans les déclarations gouvernementales, on a l'impression que tout est sous la coupe du ministère de l'Intérieur. La santé n'est donc pas prioritaire ?
D'abord, il y a une excellente collaboration entre les différents ministères pour gérer ce problème. Si le ministère de l'Intérieur coordonne l'ensemble des dispositifs, c'est qu'il a été désigné, comme le plan le prévoit, par le Premier Ministre. Il dispose de la chaîne préfectorale. C'est un gage d'efficacité en région. Mais le dispositif (cellule interministérielle de crise, EPRUS, directions des ministères) fonctionne en harmonie. Il est même efficace au niveau de la coopération européenne, notamment dans le champ de la santé.
La vaccination est censée protéger la population. Sera-t-on prêt à temps ? Qui devra être vacciné ?
Les premières doses de vaccins seront utilisables courant octobre. Le ministère de la Santé en a commandé un nombre largement suffisant pour notre pays (ndlr : 94 millions de doses). La recommandation actuelle est de proposer en premier la vaccination aux populations de santé fragiles et aux professionnels de santé afin qu'ils puissent continuer leur mission sanitaire. Ce ne sera pas une vaccination obligatoire. Il ne faut donc pas se précipiter pour se faire vacciner, comme il est sans intérêt de vouloir à tout prix se procurer des médicaments (Tamiflu®). Il convient de laisser les professionnels de santé faire leur travail et nous devrons suivre leurs prescriptions.
Quel rôle ont les professionnels de santé dans la prise en charge de la population ?
Il est essentiel. Je pense tout particulièrement aux médecins généralistes et aux pharmaciens. Leur implication est l'un des enjeux les plus cruciaux de cette crise sanitaire. Ils sont souvent isolés et nous savons que dans certains territoires ils ne sont pas très nombreux. La permanence des soins devra cependant être assurée. Nous avons aussi besoin des professionnels de la logistique du médicament afin que les médicaments ou les vaccins soient livrés dans tout le pays.
En conclusion, tout est sous contrôle ?
Rien n'est jamais complètement sous contrôle mais nous avons pris le maximum de précautions de notre côté. Cependant, tout cela ne sera rien sans des comportements individuels vigilants et responsables. Il va falloir du civisme pour affronter cette crise.
Interview réalisée le 24 septembre 2009
Grippe A, pourquoi tant de bruits ?
De l'avis même du Ministère de la Santé, le virus de la grippe A est « relativement peu sévère mais extrêmement contaminant ». Pas si simple.
2 raisons pour en parler
un virus relativement peu sévère, mais une des souches du virus peut rapidement muter et se révéler alors dangereuse. Il vaut donc mieux que chacun sache se préparer la connaissance des règles d'hygiène dans la population (et même chez les professionnels de santé) n'est pas optimale, loin de là : elles ne sont plus enseignées à l'école et encore moins dans les familles. Il serait temps de revoir l'éducation à la santé…
2 raisons pour en « faire » moins
le « sacro-saint » principe de précaution qui gouverne aujourd'hui toutes les actions des décideurs politiques. On privilégie le bruit, les déclarations, les plans d'action. On pourra dire plus tard que « tout avait été fait ». la crainte, alliée confortable d'une forme de gouvernance : sans aller jusqu'à (ce que certains médias et intellectuels ont dénoncé avec force) penser que le « management de la peur » est un outil efficace de calme social. On ne cherche plus du tout à rassurer et chaque occasion de « parler vrai » est savamment utilisée.
HPST : entreprendre et créer pour la santé
La loi portant réforme de l'hôpital (H) et relative aux patients (P), à la santé (S) et aux territoires (T) a été votée le 21 juillet 2009. Elle instaure une politique régionale de santé dont le « patron » sera le Directeur Général de l'Agence Régionale de Santé.
Cette loi a 4 vertus :
. Elle redéfinit clairement les responsabilités et des missions des professionnels pour rendre le soin plus efficace.
. Elle décrit « qui fait quoi » en fonction des urgences et des soins à prodiguer (le recours aux soins).
. Elle brise les frontières entre les institutions et les acteurs de santé : la séparation entre « sanitaire » et « médico-social » prend fin, l'hôpital s'ouvre sur la ville, les cabinets de médecins pourront se regrouper en maisons de santé.
. Elle oblige les acteurs de santé à signer des contrats avec l'Agence Régionale de Santé : le système de santé y gagnera en transparence et en qualité.
Pour tout savoir sur la loi article par article connectez-vous sur www.nile-consulting.eu
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