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PSYCHO

Paroles d'adoptés

25 Mars 2011 par Catherine Viot

Si la parole des parents qui adoptent est souvent médiatisée, celle des enfants reste davantage dans l'ombre. Que disent-ils de leurs parents adoptifs, comment les «adoptent»-ils? Témoignages.

 


Quelques chiffres


4 000 enfants ont été adoptés en France en 2009.
La même année, il y a eu 700 000 naissances,
ce qui représente 5 à 6 enfants adoptés pour 1 000 naissances.
Plus de 80 % de ces enfants viennent de l'étranger en raison de la baisse constante du nombre d'enfants adoptables (pupilles d'État) dans notre pays depuis les années 1980.
Mais l'adoption internationale est elle aussi en baisse depuis quelques années,
28 000 couples ont demandé un agrément en 2007 et ce chiffre ne cesse d'augmenter.
Chiffres extraits de Destins de l'adoption


Une famille unique


Pour Cécile, 30 ans, née en Colombie et adoptée à 2 ans, sa relation avec ses parents adoptants ressemble à n'importe quelle relation parent-enfant. « Je me voyais blanche, française, leur ressemblant », dit-elle. « J'ai toujours su que j'étais adoptée mais c'est comme si ça ne me concernait pas », explique Sophie, 21 ans, venue du Salvador à deux mois. Aucun doute non plus pour Lætitia, 25 ans, pourtant adoptée plus tard, à l'âge de 7 ans. « J'attendais des parents et j'en ai eu. À partir du moment où ils m'ont vue, j'étais leur fille. Avant d'être adoptée officiellement, j'ai passé un premier Noël avec eux, je faisais déjà partie de toute la famille. Mes parents biologiques n'étaient pas des parents pour moi. Ils étaient incompétents. »
« Dans la grande majorité des situations d'adoption, l'enfant grandit au sein d'une famille qu'il ressent comme la sienne, comme son unique famille », écrit Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre, spécialiste de l'adoption*. N'en déplaise à ceux qui sacralisent les liens biologiques, les liens de filiation se tissent au quotidien. Alors, fin de l'histoire ? Pas tout à fait.

Des liens mis à l'épreuve


Car certaines situations peuvent mettre ces liens à l'épreuve. Il y a d'abord le regard des autres, de la société, qui idéalise l'adoption « Quelle chance tu as ! » ou, au contraire, la dévalorise. « Ce ne sont pas tes vrais parents, pas ton vrai frère ou ta vraie soeur ! », s'entend dire l'enfant adopté. À l'adolescence, c'est lui qui dira peut-être à ses parents adoptifs : « Tu n'es pas ma vraie mère ou mon vrai père. » Sans forcément le penser. « La façon dont ses parents ressentiront cette phrase et réagiront conditionnera leurs relations », remarque Françoise Peille**, psychologue, spécialiste de l'enfance, de l'adolescence et des problèmes de filiation. Car l'adolescent teste ses parents et la confiance qu'il peut avoir en la continuité de leur amour comme tout adolescent peut le faire. À la différence près qu'il a déjà vécu la blessure de l'abandon. « Si les parents adoptifs sont en difficulté dans leurs motivations, cela peut compromettre les relations, ce qui fait dire à certains ados : ˝ Je savais bien qu'ils ne m'aimaient pas, il faut que j'aille ailleurs chercher mes vrais parents ou d'autres parents!˝ », analyse Françoise Peille.
Pour le docteur Pierre Lévy-Soussan, « lorsque l'enfant se questionne sur ˝êtes-vous mes vrais parents ou pas ?˝, très souvent, cela fait écho à un problème de même nature chez les parents ». Lorsque les parents vacillent sur leurs bases de parents, une brèche est ouverte et l'enfant peut se sentir abandonné une deuxième fois. Jeff, 31 ans, né au Chili, adopté à 6 mois, a appris qu'il était un enfant adopté à 20 ans. Cette annonce a été pour lui comme un coup de tonnerre. Au moment où il s'apprête à prendre son autonomie, son père lui annonce :« Je ne suis pas ton vrai père et ta mère n'est pas ta vraie mère. » Commencent alors des années d'errance. Il abandonne ses études, part au Chili, y découvre que sa mère biologique et son frère jumeau sont décédés. Si ceux qu'il considère toujours comme ses parents lui ont caché la vérité, c'est par peur de dévoiler leur infertilité. « Je suis resté proche d'eux, commente-t-il, mais pas le plus proche qui soit. »

La quête des origines


Comme Jeff, de nombreux enfants cherchent une connexion avec leur pays d'origine. Au moins culturelle. Ainsi, Sophie regrette de ne pas avoir appris l'espagnol quand elle était petite. Mais la quête des origines, quand elle existe, n'est pas nécessairement la quête des parents de naissance. Sandra et Lætitia ont toutes deux revu leur mère biologique en Normandie, non loin de l'endroit où elles vivent. « Je cherchais mon histoire, pas une mère », explique Lætitia. Pour Sandra, 34 ans, adoptée à 2 ans, la question a surgi lors de sa deuxième grossesse. « J'ai eu peur d'abandonner ma fille aînée si j'avais un deuxième enfant. » Comme l'avait fait sa mère biologique. Rencontre pleine d'émotions et réparatrice : « Tu ne seras pas comme moi », la rassure-t-elle. Mais rencontre sans avenir. « Un jour, elle a voulu que je l'appelle maman. Je lui ai expliqué que j'avais des parents et que je ne pourrais pas avoir deux mamans. Elle m'a donné la vie et c'est tout. »
Même réaction de la part de Lætitia après une demande identique. Les liens avec les parents adoptifs en sortent renforcés, mais ces derniers l'ont vécu comme une épreuve. « Cela a été une souffrance pour eux », dit Sandra. « Ma mère avait peur que je retourne chez ma mère biologique », ajoute Lætitia. « Les parents ont été très peu préparés à la recherche des origines, même si les nouvelles générations le sont davantage, constate Cécile, elle-même adoptée, présidente de la Voix des adoptés et psychologue. Nous ne cessons de leur dire : « Laissez la porte ouverte aux questions. Votre enfant sera toujours votre enfant et l'adoption sera toujours là dans votre histoire. »

* Destins de l'adoption, éditions Fayard.
** Parent, enfant, à chacun sa place, éditions de boeck.



La Voix des adoptés


Comme son nom l'indique, cette association veut faire entendre la parole des adoptés. Ou plutôt les paroles, car elle est ouverte à tous les adoptés, de France ou d'étranger, quel que soit leur vécu de l'adoption. Elle veut également porter cette parole auprès de tous ceux qui le souhaitent : professionnels, (futurs) parents adoptifs. Elle propose à ses membres des rencontres régulières, des débats ainsi qu'un accompagnement s'ils souhaitent retrouver leurs origines.
Infos et contact sur www.lavoixdesadoptes.com.

 

 

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